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19.04.2010

Liberté, égalité, sécurité ou l'égalité républicaine de Monsieur Gachet

« Ce qui serait ressenti ailleurs différemment peut provoquer un réel sentiment d'insécurité ici. » Ici, c’est le 16ème arrondissement de Paris. Ailleurs, c’est autour, le reste de Paris, le petit des 20 arrondissements, et le grand, la banlieue. La phrase elle, est prononcée par Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l'Intérieur et conseiller délégué à la sécurité dans le 16e arrondissement, en réponse à une question de 20minutes lui faisant remarquer « Pourtant, on ne peut pas dire que le 16e est particulièrement sujet à la délinquance, comparé à d'autres arrondissements de la capitale… » C’est une phrase qui rappelle celle de David Martinon, éphémère candidat UMP aux municipales, qui en 2007 qualifiait Neuilly d’ « écrin unique en France, qui reste à l’abri des dérives de l’agglomération parisienne.

»

Une phrase que je ne peux pas m'empêcher de mettre en parallèle avec celle de Claude Dilain, le maire Clichy-sous-bois, qui a « honte d’être le représentant impuissant de la République française » et qui a tant attendu un poste de police à Clichy-Montfermeil après les émeutes de 2005 (je ne sais même pas s'il est enfin là). Mais il est vrai qu'un clichois et un parisien du 16ème arrondissement, ce n'est pas la même chose. Il y a des citoyens plus égaux que les autres. Et oui, Claude Dilain a raison, la logique du ghetto arrange tout le monde; dans le ghetto on est habitué, les écoles poubelles, la violence, l'absence de services, l'enclavement, c'est "ressenti différemment". Dans sa dernière interview sur Paris est sa banlieue, Philippe Dallier déclarait que pour financer les politiques sociales du Grand-Paris, il fallait partager les richesses du Grand-Paris, ce à quoi Monsieur Gachet semble répondre que "Charité bien ordonnée commence par soi-même". Le rêve d'un Grand Paris solidaire est encore bien lointain. En attendant, un mur du çon de Paris est sa banlieue s'impose pour Monsieur Gachet...

Jean-Paul Chapon (avec mes remerciements au Dr Gonzo ;-)

22.01.2010

Régionales, Ile-de-France et Grand-Paris : les audaces "radicalement nouvelles" de Chantal Jouanno ;-)

Ce matin sur France-Info, on entend François Fillon, appeler les candidats UMP aux régionales à de l’audace. A la lecture de l’interview qu’elle a donné hier dans 20minutes, on se rend compte que Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie et tête de liste UMP à Paris, a pris de l’avance pour largement anticiper les attentes du Premier ministre.

chantal-jouanno.1264160617.jpg « Il faut automatiser les lignes 1, 4 et 14 » déclare bille en tête à 20minutes, Chantal Jouanno, dans une interview dont le titre en dit long : « des solutions radicalement nouvelles ». Les transports sont au cœur de la campagne de Valérie Pécresse, candidate UMP en Ile-de-France et sa tête de liste parisienne s’applique en première de la classe à décliner sur Paris cette priorité. Dommage, pour Chantal Jouanno, il faudra mieux préparer ses dossiers la prochaine fois, ou du moins vérifier le travail de ses équipes. La ligne 14 est la première ligne de métro automatique du réseau parisien, mise en service en …1998, il y a 12 ans. Quant à la ligne 1, son automatisation a été décidée il y a 5 ans et les travaux sont déjà en court. Si jamais Chantal Jouanno a la curiosité et surtout l’audace de descendre dans le métro, elle pourra ainsi constater de visu que les travaux avancent notamment avec l’installation de portes palières dans plusieurs stations de la ligne.

Chantal Jouanno, qui veut des "solutions radicalement nouvelles", comme « installer des pistes cyclables, des bouquinistes » sur les quais au niveau de la Tour Eiffel, veut organiser pour les mettre ne place un « Grenelle de Paris ». Original. Et de citer au passage, péage urbain, couverture du périphérique et densification, franchement moins original… On pourra sans doute faire l’économie d’un Grenelle.

Mais il y a quelque chose de plus inquiétant que l’ignorance de la secrétaire d’Etat, même si elle est assez choquante (avec une ligne on pense à une coquille, mais avec deux…), et que son manque de propositions "radicalement nouvelles", il y a une vision étroite de la ville. Pourquoi un Grenelle de Paris, et pas du Grand-Paris ? Peut-être pourrait-elle proposer de travailler avec Paris-Métropole, finalement. Nicolas Sarkozy nous annonçait une Agora du Grand-Paris pour le début de 2010. En attendant, plutôt que de boycotter le syndicat mixte d’études, elle pourrait l’utiliser et économiser l’organisation d’une nouvelle usine à gaz…

Mais Chantal Jouanno ne sait peut-être pas encore que Paris-Métropole existe, comme pour l’automatisation des lignes de métro. De même, Chantal Jouanno ne semble pas savoir qu’autour de Paris, il y a la banlieue, avec des gens dedans, qui bougent et même parfois vont à Paris. Ainsi quand on lui demande comment sensibiliser aux questions écologiques ceux qui n’habitent pas Paris mais en sont simplement usagers, elle répond « je prévois un clin d’œil en direction des touristes : ils pourraient bénéficier d’un passeport climat, qui leur donnerait accès à des coupe-file pour des musées ou des entrées gratuites s’ils utilisent les transports en commun. » Exit la question des banlieues, du rapport de Paris avec celles-ci, notamment dans la question des transports, des voitures, de la pollution. Un bon clin d’œil pour une candidate non pas aux municipales, mais aux régionales. Bref, un mur du çon en béton bio pour la secrétaire d’Etat à l’écologie ;-)

Jean-Paul Chapon

06.06.2009

Les préjugés d’Arlette Chabot, ou de la banlieue et des professionnels ( ?) de l’info, suite…

arlette-chabot.1244269447.jpgLa campagne des européennes avait du mal à faire les gros titres dans les médias jusqu’à l’émission de France 2 « A vous de juger » qui a vu le désormais célèbre affrontement verbal entre deux des candidats. Ce n’est pas parce que la campagne est officiellement finie que je ne reviendrai pas sur cet échange, somme toute bien dans la tradition, on en a vu d’autres dans l’histoire de la république. Non, ce qui est étonnant c’est ce commentaire d'Arlette Chabot à propos de la tournure que son débat a pris, « Je n'ai jamais vu ça. C'est la culture banlieue qui entre dans le débat politique. Tous les coups sont permis. »

paris-en-toutes-lettres.1244269588.jpgPauvre Arlette, une vieille routière de la politique qui n’a jamais vu ça ! Et visiblement notre grande journaliste professionnelle n’a pas vu grand chose et n’est jamais beaucoup sortie de son microcosme politico-parisien. A moins qu'Arlette Chabot n'ait pris comme archétype de la "culture de banlieue" le désormais célèbre "Casse toi, pauv' con" proféré par un ancien élu de ladite banlieue ? Les clichés ont vraiment la peau dure, surtout quand ils sont entretenus par les soit disant professionnels de l’information, qui malheureusement propagent et entretiennent vers la plus grande audience ces clichés. Oser dire quand un débat politique mal maîtrisé tourne à l’affrontement verbal que c’est la « culture de banlieue » qui se manifeste, c’est ahurissant, au point de ne pas trouver de qualificatif : discrimination, stigmatisation, élitisme, mépris, égoïsme, ignorance et pour finir bêtise et inculture. Arlette Chabot, le plus minable dans cette histoire, c’est votre commentaire. Vous méritez hors concours le « mur du çon » de Paris est sa banlieue et je vous invite à venir en banlieue, vous savez, juste de l’autre côté du périphérique ou des millions (oui des millions, 8 et des poussières) de téléspectateurs vous attendent pour vous montrer leur culture ;-)

Jean-Paul Chapon

Tout mes remerciements à Pierre D pour son mail qui m’a fait sortir de mon tunnel professionnel de la semaine avec cette vilaine perle de l’info. Et j’en viens à me demander si je ne dois pas ajouter une nouvelle catégorie à Paris est sa banlieue consacrée qui s’appellerait la banlieue et les médias.

Et puis un autre "mur du çon" pour la Mairie de Paris et son affiche pour l'opération "Paris en toutes lettres", courageusement critiquée sur le site de Pierre Mansat, adjoint du maire de Paris Bertrand Delanoë, en charge des relations de Paris et de la banlieue. Une symbolique géographique bien caricaturale de la "culture de Paris" opposée à la "culture de banlieue" chère à Arlette...

ps: Devant l'absence de commentaires et le faible nombre de visites depuis quelques temps, la publication de Paris est sa banlieue sur 20minutes.fr va prochainement s'arrêter. Si vous souhaitez conserver les liens que vous avez établis avec ce blogue, vous pouvez les rediriger vers la version du Monde.fr de Paris est sa banlieue http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr

03.05.2009

"Une rame automatique est-ce que ça vaut un musée ?" ou Grand-Paris et petits médias, suite

grand-pari-4.1241373423.jpg Si l'on voulait prouver par l’absurde l'utilité du discours de Nicolas Sarkozy sur le Grand-Paris, il fallait regarder Ça se dispute sur Itélé samedi soir. Que l’on soit d’accord ou non avec les propositions annoncées par le président urbaniste, là n’est pas la question. Mais en écoutant cette courte séquence de débat on a pu voir à quel point il y a urgence à traiter sérieusement la question du Grand-Paris, à savoir celle d’une métropole de 11 millions d’habitants, et que les médias sont loin (et c'est un euphémisme) d'être à la hauteur du débat. A se demander même s'ils y comprennent vraiment quelque chose, à quelques exceptions près que j'ai déjà saluées ici ;-)

grand-pari-0.1241373438.jpg" Une rame automatique est-ce que ça vaut un musée ?" c’est par cette question que Victor Robert, animateur plus inspiré à l’ordinaire introduit le sujet, après avoir rappelé que Pompidou et Mitterrand avaient eux laissé un musée, alors que Sarkozy ne laisserait qu'une ligne de métro... Les réponses sont du même niveau. Nicolas Domenach de Marianne explique qu’il y a beaucoup de choses dans le discours, mais s’arrête sur le Havre, port du Grand-Paris, comme le voulait déjà Napoléon fait remarquer Eric Zemmour, et embraye sur la mégalomanie des présidents. Eric Zemmour du Figaro accorde un satisfecit au projet de métro rapide jusqu’à Roissy, « c’est très très bien », rappelant son émerveillement dans une capitale(sic) comme Hong-Kong où on va de l’aéroport au centre ville en 30 minutes, puis finit en attaquant Sarkozy qui « lui aussi se met du côté des modernes comme Delanoë » et veut construire des tours dans Paris, « scandaleux » alors que les parisiens se sont prononcé contre. Bref, l’un comme l’autre ne retiennent pas grand chose du Grand-Paris version Sarkozy, si ce n’est qu’en fait de rupture, tous les présidents rêvent de laisser leur marque architecturale. Fermez le ban…

grand-pari-reseau-1.1241373382.jpg Question : ce sont ces journalistes qui devraient aider le public à se faire une idée sur la vie politique, sociale, économique ou culturelle du pays, et au passage sur le Grand-Paris ? Une fois de plus Grand-Paris et petits médias. Et la nullité de ces commentaires finit même par donner justice à la mise en scène qui entourait le discours de Sarkozy qui semble s’être pris d’affection pour la Cité de l’architecture et du patrimoine. Retenir uniquement une ligne de métro, même de 130 km qui rappelons-le est la longueur moyenne des lignes de RER actuelles, c’est un peu léger même lorsque l’on aime bien manier l’ironie. Ne pas être capable de voir que ces 130 km de métro, traversant les 8 « pôles d’excellence » répartis autour de Paris, ce n’est pas une ligne de métro de plus, même automatique, mais c’est une volonté de structurer la métropole en prenant en compte sa réalité, au-delà de l'étroite ceinture du périphérique. Faute de voir cet enjeu majeur, ils auraient pu voir le jeu politique qui entoure cette affaire, c’est leur registre habituel, et analyser le bras de fer autour du Grand-Paris et de la région, dans la perspective des régionales, la reconstitution d’un axe tacite entre Sarkozy et Delanoë. Mais non, on en reste à la psychanalyse du président, avec en prime une vision étroite, parisienne au mauvais sens du terme, mais tellement répandue dans les médias. Car il n’y avait là ni « mégalomanie », ni même « marque architecturale ». Juste la volonté légitime de relancer, enfin, l’aménagement d’une métropole laissée sans projet et sans vision depuis maintenant plus de 40 ans.

grand-pari-5.1241373473.jpg Et si Eric Zemmour aime les métros qui vont des aéroports au centre ville en à peine 30 minutes, le tracé de ce ligne structurante, qui mélange des portions de grande couronne au sud-ouest et nord-est et de petite couronne au sud-est et nord-ouest, pourra lui rappeler qu’entre les aéroports et les hyper centres, il y quelque chose, qui s’appelle la ville. Et pourquoi ne pas rappeler à nouveau la phrase de Sarkozy : « le Grand-Paris cessera d’être une agglomération pour devenir une ville quand on ne parlera plus de banlieues. » Quant à l’accusation de « modernisme », étonnant péché, le cadre dans lequel a été prononcé ce discours devrait rappeler à notre journaliste qui aime tant le patrimoine, pourvu qu’il soit un peu vieux, que chacun des bâtiments dont on peut voir moulages ou maquettes à la Cité de l’Architectures, qu’ils soient romans ou gothiques, renaissance, baroques ou classiques, haussmaniens ou industriels, art nouveau et art déco, high-tech ou post-moderne, tous ont un point commun, celui d’avoir été modernes et nouveaux à leur époque, et d’avoir dessiné et construit le patrimoine français.

grand-pari-3.1241374054.jpg Alors oui, Victor Robert, construire un réseau de transports à l’échelle d’une métropole, ça vaut un musée. Et oui, Eric Zemmour, les cathédrales gothiques ont aussi été des prouesses d’innovation technique et de modernité, et nos ancêtres ne craignaient ni la hauteur ni l’audace pour exprimer leur génie. Et oui, Nicolas Domenach, il faut rouvrir un dictionnaire de temps en temps pour faire la différence entre mégalomanie et volontarisme (qui aurait cru que je défendrais un jour Sarkzoy sur Paris est sa banlieue ;-)

groupe-descartes.1241373796.jpg Et pour éviter de rester aussi obtus que nos trois compères et au contraire s’ouvrir l’esprit sur un horizon métropolitain, il faut aller voir l’exposition consacrée aux dix scénarios proposés par les équipes d’architectes pour ce Grand-Paris. D’abord pour voir des cartes, qui rendent à la métropole sa véritable dimension. Pas uniquement celle du petit Paris que l’on dessine comme un rond sur une base aplatie, traversé par la courbe d’une rivière qui n’a ni d’amont ni d’aval, et ne semble servir qu’à séparer la rive droite de la rive gauche. Il faut revoir la Seine, la Marne et l’Oise et les autres rivières réintégrées dans la ville. Il faut voir la population de la ville cartographiée avec des carrés représentant 18 grandes villes d’Europe pour en comprendre l’échelle.

jean-nouvel.1241373844.jpg Pour voir aussi la réflexion sur l’organisation de la ville, les transports, les gares, les nouvelles centralités. Pour voir que laisser sa marque architecturale, ce n’est pas forcément un grand geste architectural, mais optimiser l’existant. « Ce qui serait extraordinaire serait d’améliorer l’ordinaire » (Groupe Descartes), une approche retenue à peu près par tous, comme Jean Nouvel qui propose d’arrêter les démolitions des grands ensembles et de transformer radicalement l’existant par addition, extension, diversification. Voir aussi les réflexions sur la mixité sociale et le dézonage, mais aussi sur l’intégration de l’agriculture urbaine, ou les réflexion sur la densité. Bref, aller voir l’exposition du grand pari de l’agglomération parisienne pour s’approprier le débat sur la Ville, et préparer la suite, le débat sur la gouvernance, qui pourrait bien ressurgir très vite, bien avant « nos successeurs » comme annoncé par Nicolas Sarkozy mercredi dernier, « il a le droit d'avoir de l'humour » commente Christian Blanc, son secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale dans le JDD aujourd’hui. Les autres acteurs du débat sur le Grand-Paris devraient sans doute méditer sans attendre ce trait d’humour, mais c'est une autre histoire…

à suivre évidemment…

Les photos ont été prises mercredi 29 avril lors de l'inauguration de l'exposition à la Cité de l'architecture et du patrimoine. Les deux dernières illustrations sont extraites du Spécial Grand-Paris du Moniteur. Carte du groupe Descartes, et thématique quartier,cité,grands ensembles de Jean Nouvel.

A signaler, le Moniteur a publié un livre présentant les travaux des dix équipes, "Le grand pari(s) - Consulation internationale sur l'avenir de la métropole parisienne. Indispensable et très beau.

Jean-Paul Chapon

25.04.2009

Grand-Paris J-4, ou le débat confisqué

pythie.1240682367.jpgA J-4 des annonces du président-architecte Nicolas Sarkozy sur le Grand-Paris les médias s’agitent un peu sur la question. Amusant. C’est en effet le 29 avril prochain, à l’occasion de l’exposition consacrée aux travaux des dix cabinets d’architectes mandatés pour imaginer « le grand pari de l’agglomération parisienne », que le Président de la République doit parler. Et dans de désordre savamment organisé par les uns et les autres autour de la question du Grand-Paris, qui concerne pourtant directement 11 millions de personnes dans leur vie quotidienne et un pays entier, vu le rôle moteur de la métropole et de la région, on attend les paroles de Nicolas Sarkozy comme celles de la Pythie de Delphes. Avant que l’oracle ne s’exprime, peut-être en signe de conciliation, le président de la république a reçu deux des protagonistes du débat. Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France, et Bertrand Delanoë, le maire de Paris, tous les deux socialistes. La démarche ne saurait être innocente, souvenons-nous de la façon partisane et stérile dont le PS a rejeté en bloc les propositions du rapport Balladur sur la réforme des collectivités territoriales. Jean-Paul Huchon a qualifié l’entretien « important et utile » . "Il a reconnu l'intérêt de notre plan de mobilisation (pour les transports) qu'il considère comme nécessaire et a par ailleurs évoqué les propositions du secrétaire d'Etat (Christian Blanc), avec l'affirmation assez claire qu'il n'y avait pas de contradictions entre ces documents", rapporte le Figaro, de son côté le maire de Paris a publié un communiqué sibyllin soulignant tout de même l’étrange calendrier de la rencontre « Cet échange, consacré à l’avenir de la métropole parisienne, s’est tenu moins d’une semaine avant l’intervention sur le sujet du Président de la République qui, le 29 avril, inaugurera l’exposition « Le grand Pari(s) de l’agglomération parisienne. Bien entendu, je ne réagirai aux intentions et annonces de Nicolas Sarkozy, qu’une fois celles-ci exprimées publiquement à cette occasion ».

rer-carte.1240682942.jpgBref, il n’y a qu’à attendre et meubler. Comme le Monde qui consacre son supplément le Monde 2 à l’invention du Grand-Paris, ou encore le Figaro qui dévoile en « avant-première » le projet d’une ligne de 140 km de métro automatique, Fabrice Amedeo qui ne doit pas avoir vu de plan du réseau de transports en commun parisien écrit à l’occasion que « le nouveau métro va d’ailleurs multiplier par deux la longueur du réseau métro et RER ». Et hop un mur du çon métropolitain, quand on sait que la longueur du réseau du métro dépasse les 200 km, que 140 km c’est la longueur moyenne des lignes de RER existantes, au nombre de 5 et portant à près de 600 km la longueur du réseau RER. Cela montre soit que le journaliste n’y connaît rien et ne vérifie pas, ou pire encore qu’il considère 140 km comme un chiffre important et donc qu’il n’a aucune vision de la réalité de la métropole parisienne comme la plupart de ses confrères, (ce qui ne l’empêche pas d’écrire) leur horizon étant limité à la seule réalité de Paris intra-muros, la banlieue n’étant qu’objet de reportage socio-ethnologique et faits divers à base d’émeutes et de voitures brûlées. Sans commentaire, ou plutôt si.

La question du Grand-Paris est confisquée depuis le début par deux types d’acteurs. D’un côté les politiques, élus de tous niveaux de la proximité au national, maires et élus municipaux, conseillers généraux, régionaux, président de région, mais aussi les représentants de l’Etat, secrétaires d’Etat, ministres, président de la république, préfets, et plus récemment commission ad hoc avec le comité Balladur. Une deuxième catégorie est celle des experts, experts acteurs ou experts conseils, parmi les premiers, il faut compter les opérateurs des transports, RATP et SNCF, et les différents syndicats comme le STIF, mais aussi le SYCTOM ou le SEDIF, Chambres de commerce, Conseil économique et social régional, etc. Dans la catégorie des experts, il y a aussi les non-politiques, les économistes, les géographes, les aménageurs, les ingénieurs, les corps comme les Ponts, les acteurs des politiques de la Ville, l’ANRU, etc. Et plus récemment les urbanistes et les architectes, pendant longtemps assez silencieux sur le sujet, à l’exception de Rolland Castro à qui il faut reconnaître un rôle de précurseur.

Chacun de ses groupes a ses logiques, ses objectifs et ses priorités. Il y a une interaction assez intéressante entre les deux groupes, les politiques se servant des experts pour justifier leurs visées, les experts contents de pouvoir servir les politiques pour développer et exercer leurs expertises.

le-monde-2-invention-grand.1240682645.jpgA ces deux types d’acteurs, il faut en ajouter un troisième. Celui des médias, journalistes qui ont du mal à comprendre le dossier et se contentent souvent de commenter de façon immédiate, superficielle et sans distances, privilégiant l’effet d’annonce « 140 km de métro automatique », la petite phrase politique des uns et des autres, voir par exemple l’interminable et nullissime feuilleton du SDRIF, ou encore s’attachent au côté spectaculaire des choses, « l’invention du Grand-Paris » vu par le Monde 2 avec de belles images, comme aimerait en voir plus souvent ;-) Pas tous les journalistes bien sûr, mais la grande majorité. Ceux qui essaient d’expliquer comme Sibylle Vincendon de Libération ou Gurvan Le Guellec du Nouvel Observateur, souvent cités par Paris est sa banlieue, peuvent se heurter à l’incompréhension des patrons de rédaction, à leur ignorance parfois, quand ce n’est pas à leur désintérêt allant jusqu’à faire disparaître ParisObs, le seul hebdo qui parlait un peu de la question du Grand-Paris. Reste les blogues, mais je dois avouer qu’avec Paris est sa banlieue, après plus de 4 ans d’effort je me sens parfois un peu découragé…

tour-montparnasse-le-figaro.1240683394.jpgPourtant dans ce débat, il y a un manque criant, énorme, puisqu’il représente pas moins de 6 à 11 millions de personnes, les grands-parisiens, que personne n’a jamais cru bon d’informer, ni d’interroger. Que diraient-ils ces parisiens, et que répondraient-ils si on leur demandaient ce qu’ils pensent de la situation aujourd’hui ? S’ils ont l’impression qu’on les informe sur les débats les concernant, du SDRIF au Grand-Paris ? S’ils se sentent concernés par les grands gestes architecturaux ou par le prolongement des lignes de métro ou les créations de rocades de métro en banlieue ? Et lorsqu’on les aura mieux informés, pourquoi pas reposer la question sur le Grand-Paris et sa gouvernance ? « Rien ne doit se faire sans les élus », entend-on répéter à loisir par les uns et les autres, la formule est devenue une tarte à la crème, un sésame de pacification du débat, mais d’un débat réservé à un club, fermé, très fermé. Celui des élus et des experts, qui en ont exclu les intéressés. Bien sûr, il y a des réunions participatives, qui sur des pistes cyclables ou l’extension de vélib’ ici ou là, qui sur une canopée, ou sur la hauteur des tours. Mais quel lecteur se souvient d’avoir lu lors des dernières municipales et cantonales une proposition ou un engagement sur le Grand-Paris ? Quelle vision détaillée et argumentée a été présentée dans un programme électoral ? Il y a deux semaines 20minutes a publié un « sondage » dans lequel le quotidien demandait à ses lecteurs leur « avis sur le Grand-Paris ». Une bonne initiative qu’il convient de saluer en ce qu’elle est exemplaire. Mais on ne peut pas accorder de valeur aux réponses qui ne sont basées que sur des réponses des lecteurs, et non pas sur un panel représentatif. Et dans notre monde où le sondage fait la loi, il paraît bien étonnant que personne n’en ait commandité un, partisan ou non du Grand-Paris, de Paris-Métropole, de la région. Et s’il fallait souligner le désintérêt des médias de la question, il faut noter qu’aucun n’a eu l’idée de financer directement un sondage et de le publier sans attendre que la commande vienne d’un politique. Bref plutôt que de poser des questions sur la hauteur des tours, ou de « ces bâtiments dont vous ne voulez plus » (voir le Figaroscope de la semaine du 22 avril), il serait intéressant de demander aux grands-parisiens ce qu’ils penseraient d’élire au suffrage universel direct un maire du Grand-Paris, qu’ils habitent le 5ème arrondissement ou La Courneuve, ou de désigner au suffrage direct pour des institutions et des programmes pour leurs transports ou leur logement ? Ou alors quelle est leur opinion sur la différence de desserte de transports entre Paris intra-muros et la banlieue, ou sur la tarification par zones, sur les différences entre les niveaux de taxes locales, etc. A part que ce genre de sondages aient été réalisés, mais pas publiés ?

Jean-Paul Chapon

Grand-Paris J-4, ou le débat confisqué

pythie.1240682367.jpgA J-4 des annonces du président-architecte Nicolas Sarkozy sur le Grand-Paris les médias s’agitent un peu sur la question. Amusant. C’est en effet le 29 avril prochain, à l’occasion de l’exposition consacrée aux travaux des dix cabinets d’architectes mandatés pour imaginer « le grand pari de l’agglomération parisienne », que le Président de la République doit parler. Et dans de désordre savamment organisé par les uns et les autres autour de la question du Grand-Paris, qui concerne pourtant directement 11 millions de personnes dans leur vie quotidienne et un pays entier, vu le rôle moteur de la métropole et de la région, on attend les paroles de Nicolas Sarkozy comme celles de la Pythie de Delphes. Avant que l’oracle ne s’exprime, peut-être en signe de conciliation, le président de la république a reçu deux des protagonistes du débat. Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France, et Bertrand Delanoë, le maire de Paris, tous les deux socialistes. La démarche ne saurait être innocente, souvenons-nous de la façon partisane et stérile dont le PS a rejeté en bloc les propositions du rapport Balladur sur la réforme des collectivités territoriales. Jean-Paul Huchon a qualifié l’entretien « important et utile » . "Il a reconnu l'intérêt de notre plan de mobilisation (pour les transports) qu'il considère comme nécessaire et a par ailleurs évoqué les propositions du secrétaire d'Etat (Christian Blanc), avec l'affirmation assez claire qu'il n'y avait pas de contradictions entre ces documents", rapporte le Figaro, de son côté le maire de Paris a publié un communiqué sibyllin soulignant tout de même l’étrange calendrier de la rencontre « Cet échange, consacré à l’avenir de la métropole parisienne, s’est tenu moins d’une semaine avant l’intervention sur le sujet du Président de la République qui, le 29 avril, inaugurera l’exposition « Le grand Pari(s) de l’agglomération parisienne. Bien entendu, je ne réagirai aux intentions et annonces de Nicolas Sarkozy, qu’une fois celles-ci exprimées publiquement à cette occasion ».

rer-carte.1240682942.jpgBref, il n’y a qu’à attendre et meubler. Comme le Monde qui consacre son supplément le Monde 2 à l’invention du Grand-Paris, ou encore le Figaro qui dévoile en « avant-première » le projet d’une ligne de 140 km de métro automatique, Fabrice Amedeo qui ne doit pas avoir vu de plan du réseau de transports en commun parisien écrit à l’occasion que « le nouveau métro va d’ailleurs multiplier par deux la longueur du réseau métro et RER ». Et hop un mur du çon métropolitain, quand on sait que la longueur du réseau du métro dépasse les 200 km, que 140 km c’est la longueur moyenne des lignes de RER existantes, au nombre de 5 et portant à près de 600 km la longueur du réseau RER. Cela montre soit que le journaliste n’y connaît rien et ne vérifie pas, ou pire encore qu’il considère 140 km comme un chiffre important et donc qu’il n’a aucune vision de la réalité de la métropole parisienne comme la plupart de ses confrères, (ce qui ne l’empêche pas d’écrire) leur horizon étant limité à la seule réalité de Paris intra-muros, la banlieue n’étant qu’objet de reportage socio-ethnologique et faits divers à base d’émeutes et de voitures brûlées. Sans commentaire, ou plutôt si.

La question du Grand-Paris est confisquée depuis le début par deux types d’acteurs. D’un côté les politiques, élus de tous niveaux de la proximité au national, maires et élus municipaux, conseillers généraux, régionaux, président de région, mais aussi les représentants de l’Etat, secrétaires d’Etat, ministres, président de la république, préfets, et plus récemment commission ad hoc avec le comité Balladur. Une deuxième catégorie est celle des experts, experts acteurs ou experts conseils, parmi les premiers, il faut compter les opérateurs des transports, RATP et SNCF, et les différents syndicats comme le STIF, mais aussi le SYCTOM ou le SEDIF, Chambres de commerce, Conseil économique et social régional, etc. Dans la catégorie des experts, il y a aussi les non-politiques, les économistes, les géographes, les aménageurs, les ingénieurs, les corps comme les Ponts, les acteurs des politiques de la Ville, l’ANRU, etc. Et plus récemment les urbanistes et les architectes, pendant longtemps assez silencieux sur le sujet, à l’exception de Rolland Castro à qui il faut reconnaître un rôle de précurseur.

Chacun de ses groupes a ses logiques, ses objectifs et ses priorités. Il y a une interaction assez intéressante entre les deux groupes, les politiques se servant des experts pour justifier leurs visées, les experts contents de pouvoir servir les politiques pour développer et exercer leurs expertises.

le-monde-2-invention-grand.1240682645.jpgA ces deux types d’acteurs, il faut en ajouter un troisième. Celui des médias, journalistes qui ont du mal à comprendre le dossier et se contentent souvent de commenter de façon immédiate, superficielle et sans distances, privilégiant l’effet d’annonce « 140 km de métro automatique », la petite phrase politique des uns et des autres, voir par exemple l’interminable et nullissime feuilleton du SDRIF, ou encore s’attachent au côté spectaculaire des choses, « l’invention du Grand-Paris » vu par le Monde 2 avec de belles images, comme aimerait en voir plus souvent ;-) Pas tous les journalistes bien sûr, mais la grande majorité. Ceux qui essaient d’expliquer comme Sibylle Vincendon de Libération ou Gurvan Le Guellec du Nouvel Observateur, souvent cités par Paris est sa banlieue, peuvent se heurter à l’incompréhension des patrons de rédaction, à leur ignorance parfois, quand ce n’est pas à leur désintérêt allant jusqu’à faire disparaître ParisObs, le seul hebdo qui parlait un peu de la question du Grand-Paris. Reste les blogues, mais je dois avouer qu’avec Paris est sa banlieue, après plus de 4 ans d’effort je me sens parfois un peu découragé…

tour-montparnasse-le-figaro.1240683394.jpgPourtant dans ce débat, il y a un manque criant, énorme, puisqu’il représente pas moins de 6 à 11 millions de personnes, les grands-parisiens, que personne n’a jamais cru bon d’informer, ni d’interroger. Que diraient-ils ces parisiens, et que répondraient-ils si on leur demandaient ce qu’ils pensent de la situation aujourd’hui ? S’ils ont l’impression qu’on les informe sur les débats les concernant, du SDRIF au Grand-Paris ? S’ils se sentent concernés par les grands gestes architecturaux ou par le prolongement des lignes de métro ou les créations de rocades de métro en banlieue ? Et lorsqu’on les aura mieux informés, pourquoi pas reposer la question sur le Grand-Paris et sa gouvernance ? « Rien ne doit se faire sans les élus », entend-on répéter à loisir par les uns et les autres, la formule est devenue une tarte à la crème, un sésame de pacification du débat, mais d’un débat réservé à un club, fermé, très fermé. Celui des élus et des experts, qui en ont exclu les intéressés. Bien sûr, il y a des réunions participatives, qui sur des pistes cyclables ou l’extension de vélib’ ici ou là, qui sur une canopée, ou sur la hauteur des tours. Mais quel lecteur se souvient d’avoir lu lors des dernières municipales et cantonales une proposition ou un engagement sur le Grand-Paris ? Quelle vision détaillée et argumentée a été présentée dans un programme électoral ? Il y a deux semaines 20minutes a publié un « sondage » dans lequel le quotidien demandait à ses lecteurs leur « avis sur le Grand-Paris ». Une bonne initiative qu’il convient de saluer en ce qu’elle est exemplaire. Mais on ne peut pas accorder de valeur aux réponses qui ne sont basées que sur des réponses des lecteurs, et non pas sur un panel représentatif. Et dans notre monde où le sondage fait la loi, il paraît bien étonnant que personne n’en ait commandité un, partisan ou non du Grand-Paris, de Paris-Métropole, de la région. Et s’il fallait souligner le désintérêt des médias de la question, il faut noter qu’aucun n’a eu l’idée de financer directement un sondage et de le publier sans attendre que la commande vienne d’un politique. Bref plutôt que de poser des questions sur la hauteur des tours, ou de « ces bâtiments dont vous ne voulez plus » (voir le Figaroscope de la semaine du 22 avril), il serait intéressant de demander aux grands-parisiens ce qu’ils penseraient d’élire au suffrage universel direct un maire du Grand-Paris, qu’ils habitent le 5ème arrondissement ou La Courneuve, ou de désigner au suffrage direct pour des institutions et des programmes pour leurs transports ou leur logement ? Ou alors quelle est leur opinion sur la différence de desserte de transports entre Paris intra-muros et la banlieue, ou sur la tarification par zones, sur les différences entre les niveaux de taxes locales, etc. A part que ce genre de sondages aient été réalisés, mais pas publiés ?

Jean-Paul Chapon

01.04.2009

Transports en commun, quand le STIF et Jean-Paul Huchon "accélèrent le changement"

tramway-1.1238589500.jpgC’est vrai que c’est toujours mieux d’avoir le choix, et c’est certainement ce que doit se dire Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France. Maintenant qu’il n’a plus le choix et semble avoir une marge de manœuvre plus que réduite, notamment pour contrer les projets de réseau de Christian Blanc, le secrétaire d’Etat au développement du Grand-Paris du gouvernement Sarkozy, Jean-Paul Huchon décide enfin de lancer ses projets, sans l’Etat et déclare : « Aujourd’hui le gouvernement ne veut pas s’engager à nos côtés. J’ai donc décidé avec les conseils généraux d’Ile-de-France de mettre en oeuvre notre plan sans l’Etat. On va lancer Arc Express, mettre fin au scandale de la ligne 13 et lancer plusieurs projets attendus avec impatience par les usagers franciliens. » Ouf, il était temps qu’il se décide, au bout de près de 5 ans à la tête du STIF… Mais on imagine que ça n’a pas dû être facile pour lui, tant par exemple il est venu à reculons sur le projet de rocade de banlieue, le seul projet structurant qui permet d’avoir une approche cohérente des transports dans la métropole. Que l’on relise l’interview du président de la région et du STIF dans 20minutes, il y a presque deux ans jour pour jour début avril 2007. Pour mieux rejeter le projet Métrophérique porté par la RATP, Huchon ne craignait pas de déclarer : « nous n'avons pas besoin d'un métro qui fasse entièrement le tour de Paris. En revanche le Stif, c'est-à-dire les élus, va lancer des études pour une rocade intitulée Arc Express, desservant la proche banlieue par portions seulement ». Deux ans après on n’a guère avancé...

tramway-4.1238589558.jpgAlors en attendant, pourquoi ne pas se payer une jolie campagne de pub pour occuper les murs du métro et du RER, faute de pouvoir inaugurer de nouvelles lignes. La bataille des régionales est bel et bien lancée. Mais revenons à cette publicité. « C’est toujours mieux d’avoir le choix ! » avec l’explication du choix en question « 5 nouvelles lignes de tramway seront mises en service d’ici 4 ans ». il va falloir tout de même patienter encore avant de choisir. Et on imagine ce choix tant attendu, entre tous ces beaux trams, prendre un joli tram bleu, ou un jaune, un orange, ou un rose, ou même un vert ? N’en jetez plus, le réseau sature. La deuxième affiche garde le slogan, mais le choix devient moins évident, car pour choisir entre ces trams, il faudra choisir d’aller à Vélizy, ou à Saint-Denis, ou à la Défense, ou à Villejuif, et imaginer comment faire entre ces « bouts » de réseau. Et le choix véritable aujourd’hui semble devoir être entre un « réseau structurant » poussé par Christian Blanc mais qui ne dessert pas les zones denses, et un réseau non structuré sans vision d’ensemble du côté de Jean-Paul Huchon. Nous voilà bien…

p1040032.1238589540.JPGEt pour en finir avec cette nouvelle campagne inutile de la région et du STIF, une mention spéciale à la signature qui dans le style « foutage de gueule », vaut un mur du çon publicitaire de Paris est sa banlieue à cette pub et à ses auteurs « On accélère le changement ». Accélération du changement à bien ressentir et méditer la prochaine fois que vous êtes coincés dans le métro ou le RER ;-)

Jean-Paul Chapon

17.02.2009

Vivre et braquer au pays, ou quand le Figaro se désole que "Paris importe plus de la moitié de ses délinquants"

Ce matin, France-Info me réveille en annonçant que les « évadés de Moulins » ont été arrêtés dans le Val-de-Marne, à côté de Nogent-sur-Marne, près de Paris… Mais pas à Paris, bourgeois et bobos parisiens, dormez tranquilles même rétrospectivement ;-) Et cela me renvoie directement à l’article que le Figaro publiait lundi dernier. Le Figaro nous apprenait que la Préfecture de police de Paris bossait depuis un an sur un logiciel pour identifier « le lieu de résidence des voyous qui écument la capitale ». Et Christophe Cornevin, l’auteur de l’article auquel il aurait été dommage de ne pas décerner un mur de çon de Paris est sa banlieue* continue en expliquant que « l’enjeu est de taille pour cette ville mastodonte (sic) théâtre de quelque 236 527 crimes et délits l’année dernière. », et de préciser que ce « travail de bénédictin » permet de dire de façon statistique que « le franchissement du périphérique est devenu un sport habituel pour les malfaiteurs venus de banlieue ou de province. ». Bref, tout ça pour dire que « seules 47% des personnes mises en cause dans les vingt arrondissements sont originaires de la capitale » et que « Paris importe donc plus de la moitié de ses délinquants. » Après le slogan "vivre et travailler au pays", l’ineffable Christophe Cornevin, va-t-il lancer un "vivre et braquer au pays" ? A moins qu’il ne regrette dans un style "c’était mieux avant" lorsqu'il écrit « les métamorphoses de l’agglomération francilienne, qui compte désormais dix millions d’habitants, ont inversé la donne : la délinquance parisienne intra-muros représentait 1,5 fois celle de la banlieue en 1972. Elle ne cumule plus à présent que 25% des délits régionaux depuis que les bassins de délinquance ont germé dans le terreau des cités "sensibles" ! »

Etrange analyse, car dans son décompte, le rapport précise que 20% proviennent de proche banlieue, 10% de la grande couronne et le reste soit 22,5% « sont composés d’individus débarquant de province, de l’étranger ou sans domicile connu. » Et finalement, on pourrait aussi bien écrire que la plus grande partie de la délinquance à Paris intra-muros provient des 20 arrondissement avec 47% pour 2 millions d’habitants, alors que la banlieue n’arrive qu’en seconde position avec seulement 30% pour 8 millions d’habitants, et que par le nombre, la proximité géographique et la facilité des déplacements on pourrait s'attendre au contraire…

Etrange et surtout mauvaise analyse, symbole du NIMBY (not in my backyard, pas derrière chez moi), cultivé par certains avec étroitesse d’esprit et égoïsme, qui aimeraient ignorer les autres, ceux de l’autre côté du périphérique, incapables de reconnaître la réalité métropolitaine et ses conséquences aujourd’hui. La Ville est une, de part et d’autre du périphérique. Ce qui n’échappe pourtant pas à la Ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie qui demande une « pratique de la coordination qui soit systématique, quotidienne, permanente et renforcée », et qu’est mis en place un plan régional anti braquage.

Alors on peut se demander pourquoi le Figaro, sous la plume de Christophe Cornevin juge utile un pareil article qui ne fait que stigmatiser une partie de la ville contre l’autre, le Paris intra-muros, sans doute peuplé d’anges, et le Paris extra-muros peuplé de démons… Et il serait certainement plus intelligent et même urgent de se demander pourquoi la violence dans le 15ème, le 13ème, le 19ème et le 20ème la délinquance est à plus de 60% et même 74% pour le 20ème le fait de « locaux ». On peut aussi se demander parmi les causes de cette violence pourquoi il y a des guerres de territoires, pour défendre les trafics de drogue notamment, et se poser la question de la consommation de la drogue y compris dans Paris intra-muros, plutôt que de dresser d’autres frontières mentales, alors qu’elles sont déjà suffisamment fortes, rappelons-nous un article du Monde qui voyait dans le 19ème arrondissement "une banlieue intra-muros" !

à suivre…

Jean-Paul Chapon

* Merci au commentateur qui a suggéré cette attribution ;-)

29.12.2008

Grand-Paris et petits média*, ou les frontières mentales du Petit-Paris

Mise à jour du 31 décembre 2008 **

Le JDD Ile-de-France ne reparaîtra pas, quant à ParisObs, il change de formule pour se fondre avec TéléObs et ne traiter de Paris que l’information culturelle, mais de « manière plus riche », annonce ParisObs dans un article intitulé Paris, un porte-poisse pour la presse ? L’article reprend l’histoire des médias centrés sur Paris pendant ces 20 dernières années et constate sans donner vraiment d’explication, l’hécatombe, mis à part le Parisien, qui fait de la proximité aux dépens d’une vision métropolitaine avec ses éditions départementales, et paradoxalement, le JDD Ile-de-France qui pourtant s’arrête, et intègrera 4 pages sur Paris et la région Ile-de-France dans son cahier principal, économie de fabrication sans doute.

Parmi les pistes explorées pour comprendre ce phénomène, ParisObs donne la parole à Jean-Christophe Mikhaïloff, ancien éditeur de Zurban, dont les déclarations méritent un mur de çon hors concours de Paris est sa banlieue ;-) «Tous nos titres échouent sur le même écueil : ils tablent sur un lectorat de 8 millions d'habitants. Mais Paris n'est pas Londres. Il n'y a pas de culture métropolitaine. Le lectorat parisien, c'est 2 millions. L'intra-muros.» déclare Mikhaïloff à ParisObs, qui précise que «Zurban», comme la plupart de ses concurrents, n'a jamais réussi à passer le périphérique (70% de la diffusion à Paris). «L'habitant de Chatou n'en a rien à faire de ce qui se passe à Créteil. Et la plupart des banlieusards n'ont qu'une consommation très ponctuelle de la culture à Paris. Il y a des frontières mentales que l'on n'imagine pas...»

Comment peut-on pousser jusqu’à ce point une vision aussi caricaturale, étroite et élitiste de Paris, avec d’un côté ces 2 millions de parisiens intra-muros cultivés, consommant de la culture de façon soutenue, et de l’autre côté, ces « banlieusards » qui n’ont qu’une consommation « très ponctuelle » de la culture à Paris, et par dessus le marché oser un « il y a des frontières mentales que l’on n’imagine pas » ! Comment peut-on se leurrer devant le miroir aux alouettes de l’entre-soi et s’enfermer dans ses propres « frontières mentales ». Et qu’est-ce cela veut dire aujourd’hui « la culture à Paris », ne se passe-t-il vraiment rien au-delà du périf, amusant alors que la Comédie Française essaie de mettre la main sur la MC93 de Bobigny ! Mais c’est surtout le jugement sur « les banlieusards », les habitants de Chatou ou ceux de Créteil, qui n’ont sans doute d’intérêt que pour leur clocher et leur petite vie banlieusarde à l’horizon étroit et inculte. La « consommation » de culture tient à beaucoup de choses, parmi lesquelles la facilité d’accès à la culture, les moyens économiques, et le temps aussi. Je ne suis pas sûr que tous les 2 millions de parisiens intra-muros ont les moyens de se « payer » une consommation culturelle assidue, quant aux banlieusards qui le voudraient et le pourraient, il y a aussi d’autres obstacles que les « frontières mentales » de Jean-Christophe Mikhaïloff qui entrent en compte. Et si « l’habitant de Chatou » ne s’intéresse pas à ce qui se passe à Créteil ou à Paris intra-muros, ce n’est pas forcément parce qu’il est inculte, mais peut-être parce que l’accès à la culture n’est pas facile pour lui, à commencer par l’accès physique. Aller le soir à Bobigny, ou à Ivry au théâtre Antoine Vitez depuis Fontenay-sous-bois n’est pas évident, si l’on ne prend pas sa voiture. C’est ça aussi l’accès à la culture.

Pour répondre à Mikhaïloff, on pourrait s’appuyer sur les chiffres de diffusion de 3 quotidiens nationaux, taxés de concurrence avec les Zurban et compagnie, parce que leurs rubriques culturelles sont « largement consacrées aux grands événements de la capitale » pour montrer qu’on sait aussi lire en banlieue. Ainsi Le Monde a une diffusion de 48% en Ile-de-France (dont 37% à Paris), Le Figaro de 59% en Ile-de-France (42% à Paris) et Libération de 42% en Ile-de-France (27% à Paris). Mais ces chiffres ne veulent pas dire grand-chose, si ce n’est que ce sont des parts de diffusion nettement supérieure à la part de population de l’Ile-de-France (20% de la population française) justifiant sans doute le fait que ces médias s’intéressent à leur lectorat parisien, intra et extra-muros. Concernant la part Paris intra-muros par rapport à la banlieue, l’écart plus réduit entre diffusion Paris et Ile-de-France pour le Monde, en comparaison des deux autres titres reflète certainement la difficulté à trouver le Monde en banlieue, comme je l’ai souligné à plusieurs reprises dans Paris est sa banlieue, et peut-être aussi le fait que de nombreux banlieusards, travaillant à Paris achètent Le Monde - quotidien du soir - près de leur lieu de travail avant de rentrer chez eux en banlieue. J’achète le Monde tous les jours, 5 jours à Paris et 1 seul en banlieue où j’habite.

Il y a des frontières mentales que l’on n’imagine pas, c’est vrai, mais surtout dans l’esprit étroit, borné et méprisant de certains Petits-Parisiens de l’intra-muros qui se pensent l’élite intellectuelle de la Ville aujourd’hui et vivent enfermés dans un rempart d’un autre temps. La construction d’un Grand-Paris, en passant par Paris-Métropole, est nécessaire aussi pour faire tomber ces « frontières mentales » C’est ce à quoi depuis bientôt 4 ans Paris est sa banlieue essaie de contribuer, pour faire émerger cette culture métropolitaine, riche et diverse, mais qui a tant de choses en commun, et qui est celle de la Ville réunifiée, de part et d’autre du périphérique n’en déplaise à Jean-Christophe Mikhaïloff.

* Titre d’un mail que Gurvan Le Guellec, journaliste de ParisObs (un des auteurs de l’article en question) m’avait envoyé et que je salue amicalement ;-)

** Il m'a fallu trois points de vente de presse ce matin à Fontenay-sous-bois, pour trouver trois journaux. Dans le premier je n'ai trouvé que le Canard, mais pas de Libération ni de Parisien. Dans le second à Vincennes, je trouve le Parisien, mais pas de Libération, et enfin dans le troisième de retour à Fontenay, je trouve Libération. Plutôt que de gloser pendant des heures sur les difficultés de la presse quotidienne, la concurrence d'Internet, les attentes des lecteurs en terme de contenu, on pourrait peut-être se pencher sur les attentes des lecteurs en terme de distribution, dont la première est de trouver son ou ses quotidiens favoris ;-)

Jean-Paul Chapon

28.09.2008

L'ancien président de la RATP (n')aime (plus) le métro, ou Christian Blanc, le visionnaire du long terme éphémère ;-) suite

martine-metropherique-2.1222616841.jpgPour ceux qui auraient encore un doute, Christian Blanc fait bien partie du gouvernement Sarkozy dans lequel il est secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale. Comme ses collègues, Christian Blanc pratique en effet le rétropédalage d’urgence après ses sorties. Et donc après avoir déclaré devant la commission économique de l’Assemblée nationale que Métrophérique aurait été « aurait été très bien il y a quinze ans », la nuit ou peut-être un remontage de bretelles (pas d’autoroutes ;-) par quelque conseiller qu'on imagine élyséen portant conseil, le lendemain, Christian Blanc déclare devant le Conseil Général des Hauts-de-Seine qu’il est « favorable à une rocade de transport en commun de métro automatique, dont le positionnement reste à définir ». Et comme le rapporte encore le Journal du Dimanche, que « Métrophérique est un beau projet qui a les faveurs de beaucoup et que pour l’instant il n’est ni pour ni contre. »

Suivent les éternelles considérations sur le calendrier, le SDRIF a été adopté par l’Assemblée Régionale cette semaine contre l’avis de Christian Blanc qui reproche le manque d’ambition du document. Christian Blanc aurait voulu que Jean-Paul Huchon président de la région repousse de quelques mois l’adoption du SDRIF, rappelle le Journal du Dimanche et de citer Christian Blanc : « J’ai dit au président Huchon : "on se met autour de la table en janvier-février". C’est du bon sens. La réponse a été "non". Tant pis, on ne va pas se fâcher. » Soit, le SDRIF (Schéma Directeur de la Région Ile-de-France) manque d’ambition, c’est vrai. Mais ce ne sont pas les arguments d’un Christian Blanc comme sa sortie sur Métrophérique soi-disant dépassé de 15 ans qui donnent envie de s’asseoir à table. Quant au bras de fer sur la date, on peut tout de même se poser la question du fait du prince ou au moins du Gouvernement. L’adoption du SDRIF a suivi une procédure légale, et qu’on aime ou non le texte (on connaît les réserves de Paris est sa banlieue), il faut le reconnaître et faire avec. Mais qu’un gouvernement arrive en disant, ça ne me plait pas, ce n’est pas le bon calendrier, ce n’est pas non plus acceptable. Là, au-delà des arguments contestables de Christian Blanc sur Métrophérique, ou sur sa volonté d’attaquer le dossier « territoire après territoire » (admirons au passage la vision d’ensemble et la recherche de cohérence du secrétaire d’Etat), c’est une question de respect des institutions et de confiance dans l’application de la règle du jeu qui est posée.

Bref, avec ce rétropédalage pas très glorieux du secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale on comprend pourquoi il n’aime pas sortir de son mutisme. Quant au petit jeu de poker menteur sur le calendrier entre l’Etat et la Région, il est franchement nul. Si l’on veut encore plus embrouiller et troubler le grand-public qui a du mal à s'y intéresser et ne comprend pas grand-chose à ce débat continuons. D’ailleurs on se demande ce que les lecteurs du Journal du Dimanche comprendront, page de droite Christian Blanc essaie de réparer sa boulette sur Métrophérique et se raccroche aux branches avec un "ni pour ni contre", quand sur la page de gauche, sa collègue du gouvernement Valérie Pécresse, candidate UMP à la présidence de la région déclare que « le projet le plus structurant, c’est Métrophérique. Il coûte 6 milliards d’euros. La région prévoit de le réaliser…dans vingt ans, alors que selon la RATP, il peut sortir de terre dans dix ans. Faisons-le en dix ans ! »

Les Parisiens, qu’ils soient du petit Paris intra-muros, ou du Grand-Paris intra et extra-muros et l’ensemble des habitants de la région-capitale, habitants de la région Ile-de-France méritent une nouvelle fois mieux que ce mauvais jeu de pouvoir, stupide et destructeur.

Jean-Paul Chapon

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