La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

13.05.2010

Inaugurer une ligne de bus en banlieue, c'est moins glamour qu'un tram sur les maréchaux, ou le bruit des uns et le silence des autres

pas-de-service.1273764440.jpg Ce matin, on peut lire dans Le Parisien le témoignage de la chauffeur de bus agressée à Aulnay. Elle raconte le crachat, puis les coups qui pleuvent, sa fille qui a tout vu, et la fille qui dit que « c’est difficile de voir sa mère se faire taper ». C’est dur à lire aussi, et c’est révoltant. Pourquoi cette agressivité et cette violence, pour un arrêt de bus, ou un détour ? Comment la société en arrive là et qu'espérer de ces jeunes qui n’ont pas d’autre schéma mental et social que la violence ? Alors on lit dans Libération du 11 mai par exemple que l’Etat a décidé pour répondre à cette violence et cette insécurité, de mettre en place « une police des transports dédiée à la sécurité dans les bus de Seine-Saint-Denis… », et le couplet habituel de la CGT « l’Etat continue de privilégier le court terme plutôt que de créer des unités de police territoriale dans les quartiers… » Et dans Le Parisien du 12, sur une double page, Brice Hortefeux, le ministre de l’intérieur campe une posture martiale sur double page. A propos du Tremblay-en-France et de la sécurisation des bus par la police il déclare : « On va faire de Tremblay un exemple ! On ne reculera pas d’un centimètre, nous resterons le temps qu’il faudra, nous prendrons toutes les mesures nécessaires, avec détermination et obstination. J’y suis déjà allé trois fois, j’y retournerai. Ce combat sera très dur, mais nous allons le gagner. Parallèlement, il faudra mettre d’autres moyens en place, comme la video-protection, afin de mieux assurer la sécurité des conducteurs de bus comme des passagers. » Mais pas de bus supplémentaires parmi les mesures envisagées.

arret-reporte.1273764416.jpg Dommage, car la lecture de l'article que Libération consacre à l'attaque du bus d'Aulnay, sans donner raison ou même excuser l’attitude des trois jeunes filles, donne une clé qui permet peut-être de mieux comprendre une autre origine de cette violence. « Cet acte de violence pourrait être lié au changement de l’itinéraire du 610. Depuis près de trois semaines, à partir de 19 heures, les bus ne desservent plus la gare des Beaudottes, à Sevran, où plusieurs attaques contre des bus ont eu lieu récemment, notamment des caillassages. Selon la TRA, les trois passagères, qui voulaient se rendre à l’hôpital Robert-Ballanger, à proximité de la gare, auraient piqué un coup de sang contre la conductrice qui appliquait les consignes de sa direction. "La modification des itinéraires est une question très sensible", indique un responsable du CIF (Courriers d’Ile-de-France), une compagnie qui dessert le même secteur. "Quand le bus dépose des passagers à quelques centaines de mètres de l’arrêt habituel, cela passe. Mais, quand les gens doivent marcher deux kilomètres pour rallier la gare RER, ça provoque des réactions de colère et peut entraîner de sérieux problèmes pour les chauffeurs." » On pourrait aussi lire l'interview du sociologue Laurent Mucchielli dans Le Parisien du 11, "Il y a un processus de ghettoïsation qu'aucun gouvernement n'est parvenu à enrayer... L'amélioration de la vie dans les quartiers n'a jamais été une priorité malgré les discours..." Il ne s’agit pas ici d’excuser la violence, mais de comprendre que cette violence, répond aussi à une autre violence, celle de l’exclusion et de l’enclavement. J’entends d’ici les réactions et je m’attends à des commentaires violents, mais il est parfois confortable de juger, sans savoir ou subir. Et on pourrait d’ailleurs se demander pourquoi les attaques contre les bus ont lieu à certains endroits et pas à d’autres, pourquoi ces banlieues du 93 ou du 91, pourquoi ces cités et pas Neuilly ou le 7ème arrondissement de Paris… Fadela Amara, experte en banlieue, avec son plan Espoir-Banlieue qui patine pourrait peut-être apporter une réponse ?

Mais voilà, aujourd’hui la question des transports en Ile-de-France se résume à une bagarre entre un gouvernement de droite autiste et une région de gauche revancharde, un bras de fer stérile autour de deux projets, le Grand-Huit du Grand-Paris de le secrétaire d'Etat à la région-capitale Christian Blanc contre Arc-Express du président de la région Jean-Paul Huchon, alors que comme le demande le MEDEF, les deux projets devraient être combinés avec des arguments de bon sens, notant par exemple que le projet du Gouvernement « ne profite pas ou peu à l'hyper-centre de la région (sauf le prolongement de la ligne 14) ni même au coeur d'agglomération (75-92-93-94)…alors que celui-ci regroupe sur 5% du territoire francilien plus de 50% de la population régionale, 70% des emplois et enregistre 90% des déplacements de la région. »

temps-d-attente.1273764464.jpg Et il est visiblement aussi difficile d’apporter une réponse intelligente, libre de toute approche partisane à la question des transports, qu’il est difficile de le faire pour la gouvernance de la métropole, l’un et l’autre allant de pair. Il faut dire que dans les transports parisiens, au STIF par exemple, c’est le règne de l’idéologie mal placée ou de l'écologisme de façade, du culte du tram présentée comme la panacée des transports urbains à celui des navettes fluviales, comme le désastreux et inutile Voguéo, en passant par Vélib’ ! C’est ainsi qu’on peut lire dans Le Parisien du 12 mai que Voguéo, la navette fluviale entre Maisons-Alfort et la Gare d’Austerlitz à Paris, réussit le tour de force de transporter en moyenne 340 voyageurs par… jour et qu’en presque deux ans, il a réussi selon le STIF a transporter 290.000 voyageurs. Et 340 voyageurs par jour pour un coût annuel de 4,6 millions d’euros ça met tout de même (avec un calcul plus symbolique que sérieux) le passage à 37€ pour 20 minutes entre Maisons-Alfort et Gare d’Austerlitz. On peut lire d’ailleurs que pour faire progresser de 43% le nombre de passagers au cours des premiers mois de 2010(soit en moyenne 5 à 6 passagers par bateau selon le témoignage d’un usager ;-) , le STIF n’a pas hésité à faire passer la cadence de 20 à 15 minutes aux heures de pointe et à abaisser le tarif en rendant le trajet accessible au forfait 1-2 de Passe Navigo quand Maisons-Alfort est en zone 3. Mon bus 124 a lui une fréquence de 25 minutes aux heures de pointe… Plus de bus, plus fréquents, plus de lignes, une desserte plus serrée, voilà une réponse qu'il faudrait apporter aux plus vite en banlieue.

Avant de conclure, je voudrais tout de même dire ma déception vis à vis des Verts ou d’Europe Ecologie. Lors de la campagne des régionales, Cécile Duflot avait dit que si elle était élue, sa première mesure en matière de transports serait la mise en place en urgence de 60 lignes de bus express en banlieue. Il est peut-être temps de rappeler ces engagements et ne pas laisser une seule réponse sécuritaire à la question des transports, même s'il ne faut pas éluder ce point . Dans l’exécutif régional, le Vert Jean-Vincent Placé, est 2ème vice-président chargé des transports et de la mobilité, quant au Vert Pierre Serne, il préside la Commission Offre de Transport au STIF. Alors c’est peut-être le moment de se faire entendre, car l’isolement et l’enclavement sont aussi une violence, une violence faite par la société à une partie d’elle-même. Et qu’ils ne disent pas « on vient juste d’arriver », la chanson que Jean-Paul Huchon chante depuis des années. Une prise de position et de parole ne demande pas des années pour être audible. La droite s’en fiche, ne s’intéresse qu’à son Grand-Huit arc-bouté sur un projet, et pour le reste s’en remet au tout sécuritaire sans intelligence.

Mais il est vrai qu’inaugurer une ligne de bus de banlieue, c’est moins glamour que de le faire sur le tram des maréchaux ou sur Voguéo…

Jean-Paul Chapon

25.04.2010

Carte postale de BHV ou quand le Grand Bruxelles menace de faire éclater la Belgique

l-union-fait-la-force-anver.1272218899.jpg

La crise belge ouverte par la démission de son gouvernement jeudi 22 avril dernier est un nouveau rebondissement de la querelle communautaire entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones. Et il est vrai que pour qui visite la Belgique, il y a toujours une incompréhension devant la dureté des positions de part et d’autre de la ligne qui partage le pays, rien dans l’autre langue, et seul Bruxelles est bilingue. Je me souviens par exemple d’un ubuesque trajet en train de Liège à Bruxelles où après chaque arrêt la langue des annonces changeait, passant du français au néerlandais, puis à nouveau au français et encore au néerlandais, la ligne zigzagant de part et d’autre de la frontière linguistique, le tout pour aboutir à une annonce enfin bilingue en arrivant à Bruxelles. On peut comprendre l’origine de cette opposition, le riche passé Wallon et le mépris pour les pauvres Flamands du Nord, puis le retournement économique, avec une Wallonie appauvrie et une Flandre plus dynamique et conquérante qui ne veut pas avoir à supporter le sud francophone du pays. Pourquoi pas, une solution fédérale semblait être la réponse, mais une réponse qui montre bien ses limites, car elle cristallise la séparation communautaire. La Belgique est encore un pays jeune, et fragile. Mais il y a le cas de Bruxelles, et aujourd’hui le problème BHV, c’est à dire l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde.

Le journal Le Soir a publié vendredi 23 avril un supplément de 12 pages consacré à la crise. La dernière page est consacrée à une explication du problème BHV, un cas qui devrait intéresser les lecteurs de Paris est sa banlieue, car il pose la question d’une métropole, des solidarités et du jeu politique (politicien ?) au péril de l’unité nationale de la Belgique.

bhv-le-soir-23-04-2010.1272218923.jpg

« L’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde couvre les communes de Bruxelles et 35 communes du Brabant flamand. Sa particularité est donc d’être à cheval sur deux entités, Bruxelles et la province du Brabant flamand, et surtout d’être traversé par la frontière linguistique. Les francophones y ont le droit de voter et d’être jugés dans leur langue. Le problème, c’est qu’en 2002, le gouvernement a réorganisé les arrondissements électoraux pour donner à tous la taille d’une province. Sauf pour l’arrondissement de Louvain et BHV. En 2003, la Cour d’arbitrage, saisie par les nationalistes flamands, n’a pas contesté le fait qu’un arrondissement puisse s’étaler sur deux Régions mais elle a constaté l’anomalie de cet arrondissement par rapport aux autres qui ont la taille d’une province. Cet arrêt est interprété par les Flamands comme une obligation de scinder.. » Les Flamands veulent donc scinder cet arrondissement en deux, d’un côté les communes flamandes dans un arrondissement flamand Hal-Vilvorde et de l’autre côté les communes de Bruxelles qui deviendraient un arrondissement. Et Le Soir explique qu’il s’agit de mettre un terme à la francisation de la périphérie bruxelloise, en coupant les ponts entre les francophones de Flandre et Bruxelles. Il s’agirait continue le quotidien francophone belge de « faire en sorte que la frontière linguistique devienne une réelle frontière d’Etat ».

Les Francophones de leur côté veulent « sauvegarder les droits acquis des francophones en périphérie. Comme le droit de voter ou d’être jugé en français. Ils veulent aussi préserver les droits des francophones habitant dans les six communes à facilités de s’exprimer en français dans leurs relations avec l’administration communale, d’avoir des écoles, des clubs sportifs francophones. Or ils constatent que ces habitants font de plus en plus l’objet de tracasseries et de discriminations de la part de la Région flamande (attribution des logements, inspection flamande des écoles, circulaire Peeters…). Autrement dit, que les facilités accordées aux francophones sont de moins en moins respectées ». Et Le Soir ajoute que les francophones « craignent que la scission de BHV et, avec elle, le clivage de la frontière linguistique enferme définitivement Bruxelles en territoire flamand » du coup, ils demandent en contrepartie de la scission de BHV de préserver et même « bétonner » les facilités, et d’étendre ces facilités dans des communes à fort peuplement francophone.

Puis on arrive dans le dur territorial, avec la proposition d’ « un élargissement de Bruxelles pour éviter son enclavement en Flandre. Concrètement, cela signifierait annexer des communes de la périphérie sud (les plus riches) pour rendre Bruxelles financièrement viable et non plus dépendante du gouvernement fédéral et des autres Régions. Ou plus simplement créer un « corridor » – même réduit à quelques centaines de mètres – à Rhode-Saint-Genèse pour établir un lien territorial entre la Région wallonne et Bruxelles. » Autant la question de la viabilité financière de Bruxelles peut se comprendre. Mais le plus ahurissant est certainement la proposition de corridor et la logique d’encerclement de la ville. Les Flamands voudraient en enclavant Bruxelles, garder la ville comme une possible capitale d’un Etat flamand explique Le Soir. Les Francophones voudraient la création d’un corridor pour relier physiquement Bruxelles à la Wallonie. La continuité territoriale est elle nécessaire à ce point pour garantir des droits ? La Belgique est une démocratie, ce n’est pas dans un pays en guerre, même froide. Ce n’est pas Berlin-Ouest isolé en RDA, Sarajevo en guerre ou Chypre divisée entre grecs et turcs. C’est simplement la Belgique, un des membres fondateur de l’Union Européenne. Un pays ouvert, créatif, et qu’on croirait tolérant lorsqu’on se promène dans les rues cosmopolites d’Anvers. Tout cela est attristant et encore plus atterrant. Je n’ai pas de parti pris dans cette crise, et je ne connais pas assez la réalité belge pour juger, les uns ou les autres. Mais en rentrant d’une petite semaine passée à Anvers, ville flamande que j’aime et d’une semaine de travail avec mes collègues belges que j’apprécie, la lecture du dossier du Soir m’a profondément choqué, et m’a renvoyé au Grand Paris, aux affrontements stériles et égoïstes, à l’incapacité de voir l’intérêt général, de la ville, de la métropole, de ses habitants, des citoyens et ici d’un pays.

Pour finir, voici les premières lignes de l'éditorial de ce numéro spécial du Soir. "La Belgique ce matin est toujours debout. Ou du moins ses restes. Son corps tuméfié. Elle respire mais par saccades, profitant du petit intervalle d’air qu’on lui a laissé jusqu’à jeudi prochain. Elle se relève et repart à l’attaque mais le cœur n’y est pas. Est-ce d’ailleurs raisonnable d’y croire encore ?" écrit Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, en ouverture de cet éditorial qui fait la une de ce numéro spécial, titré Ce pays a-t-il encore un sens ?

Un dernier commentaire, je viens de réaliser en regardant la photo de la devise belge, "l'Union fait la force", prise dans la gare centrale d'Anvers, que c'est la seule chose écrite en français que j'ai vu pendant mon séjour à Anvers. En même temps, on pourrait se demander pourquoi, au-delà de l'origine historique de cette devise, elle n'est pas écrite dans les deux langues...

Sur le dossier BHV dans Le Soir

Jean-Paul Chapon

19.04.2010

Liberté, égalité, sécurité ou l'égalité républicaine de Monsieur Gachet

« Ce qui serait ressenti ailleurs différemment peut provoquer un réel sentiment d'insécurité ici. » Ici, c’est le 16ème arrondissement de Paris. Ailleurs, c’est autour, le reste de Paris, le petit des 20 arrondissements, et le grand, la banlieue. La phrase elle, est prononcée par Gérard Gachet, porte-parole du ministère de l'Intérieur et conseiller délégué à la sécurité dans le 16e arrondissement, en réponse à une question de 20minutes lui faisant remarquer « Pourtant, on ne peut pas dire que le 16e est particulièrement sujet à la délinquance, comparé à d'autres arrondissements de la capitale… » C’est une phrase qui rappelle celle de David Martinon, éphémère candidat UMP aux municipales, qui en 2007 qualifiait Neuilly d’ « écrin unique en France, qui reste à l’abri des dérives de l’agglomération parisienne.

»

Une phrase que je ne peux pas m'empêcher de mettre en parallèle avec celle de Claude Dilain, le maire Clichy-sous-bois, qui a « honte d’être le représentant impuissant de la République française » et qui a tant attendu un poste de police à Clichy-Montfermeil après les émeutes de 2005 (je ne sais même pas s'il est enfin là). Mais il est vrai qu'un clichois et un parisien du 16ème arrondissement, ce n'est pas la même chose. Il y a des citoyens plus égaux que les autres. Et oui, Claude Dilain a raison, la logique du ghetto arrange tout le monde; dans le ghetto on est habitué, les écoles poubelles, la violence, l'absence de services, l'enclavement, c'est "ressenti différemment". Dans sa dernière interview sur Paris est sa banlieue, Philippe Dallier déclarait que pour financer les politiques sociales du Grand-Paris, il fallait partager les richesses du Grand-Paris, ce à quoi Monsieur Gachet semble répondre que "Charité bien ordonnée commence par soi-même". Le rêve d'un Grand Paris solidaire est encore bien lointain. En attendant, un mur du çon de Paris est sa banlieue s'impose pour Monsieur Gachet...

Jean-Paul Chapon (avec mes remerciements au Dr Gonzo ;-)

10.04.2010

Carte postale du Grand-Paris, avec colère et honte partagées

phare-1.1270917779.jpg

Je m’apprêtais à écrire une de ces cartes postales de week-end après une visite auprès de ma mère. La maladie d’Alzheimer est une étrange saloperie, qui parfois crée un répit. Ma mère va mieux, si j’ose dire. Depuis quelques mois, elle est plus présente, son regard nous suit, je pense même avoir vu un sourire s’esquisser à plusieurs reprises sur son visage. Bien sûr, elle ne parle toujours plus, cela fait  bien plus d'un an maintenant. Mais elle n’a plus sur le visage cette grimace d’angoisse et de douleur. C’est déjà ça, et c’est énorme. Et puis je voulais écrire une carte de soulagement, après l’intervention chirurgicale qu’a subi mon père. C’est en allant le voir hier, que j’ai garé ma voiture auprès de ce phare que j’avais oublié, étonnante vigie près des voies de Montparnasse, qui annonce un grand commerce de poissons. Etonnant contraste aussi avec les tours de Montparnasse dans le lointain.

claude-dilain.1270918123.jpg Mais ce soir, j’ai ouvert Le Monde et je suis tombé sur « le cri d’alarme du maire de Clichy-sous-bois », Claude Dilain qui signe en page 3 du Monde daté du 11 avril 2010 une violente tribune, un cri de colère « Moi, Claude Dilain, maire de Clichy-sous-bois, j’ai honte ». Dans cette tribune, il raconte comment le 29 mars il accueillait avec le maire de Montfermeil, Xavier Lemoine, une délégation de parlementaires dans le cadre d’une « mission d’évaluation des politiques publiques dans les quartiers en difficultés. » Il raconte comment à peine la journée commencée, il doit quitter la délégation, à cause d’un feu dans un immeuble. Il raconte la montée dans cet immeuble.

clichy-sous-bois-forestier.1270917840.jpg « Au 4e étage, nous visitons le logement d'un "marchand de sommeil". Nous y rencontrons trois familles dans un trois-pièces dans un état effarant. L'un des enfants est hospitalisé avec sa maman. Les familles, africaines, avec enfants en bas âge, paient 420 € de loyer par mois pour une chambre de 10-15 m2. La famille qui occupe le salon paie 700 € par mois. Le business du sommeil est rentable. Le père, en situation régulière, travaille en France depuis onze ans. Il me montre les quelques feuilles volantes, écrites à la main, qui lui servent de reçus pour le paiement de ses loyers. Aucune de ces familles n'a de bail. Elles partagent la cuisine, une salle de bains. Plusieurs fenêtres sont brisées, les murs sont noirs d'humidité.

Cas isolé ? Non. Ce logement vient d'être acheté par un nouveau marchand de sommeil après avoir été mis en vente par l'administrateur judiciaire de la copropriété parce que le propriétaire précédent ne payait plus ses charges. Dans ma commune, ce sont des centaines de logements qui appartiennent ainsi à ces profiteurs de la misère. En toute impunité, ou presque. J'invite les parlementaires, accompagnés du sous-préfet, à venir voir cette réalité. Nous nous retrouvons donc à grimper avec des lampes de poche dans les étages. Nouvelle visite de logement au 4e étage et rencontre hallucinante dans la cage d'escalier, noir complet, avec de nombreux voisins descendus ou montés pour l'occasion, venus crier une nouvelle fois leur désespoir, devant cette arrivée impromptue de représentants de la mairie, de l'Assemblée nationale et de l'Etat...

clichy-sous-bois-tour-1.1270917890.jpg Cette scène, dans une cage d'escalier étroite, à la seule lumière des lampes de poche, prend des allures surréalistes. Des personnes arrivent, toujours plus nombreuses, du dessus, du dessous... Dans ce capharnaüm, une femme monte lentement et silencieusement l'escalier, elle est pliée en deux, sous le poids d'un caddie plein, qu'elle porte avec une lanière sur le front. Elle habite au 8e étage. Nous sommes à 15 km de Paris, est-ce possible ? Dehors, une trentaine de jeunes sont venus voir le maire et ces "politiques" qui ne "font rien". Les parlementaires et les policiers qui nous accompagnent ne sont pas très à l'aise. Il faut dire que la semaine dernière un de leurs collègues a reçu, ici même, un projectile sur la tête (dix points de suture). »

clichy-sous-bois-halls.1270917857.jpg Claude Dilain continue en écrivant « les jeunes comparent le Chêne- Pointu aux favelas… » et il explique qu’il ne peut pas laisser dire cela et qu’il évoque devant eux « les plans de sauvegarde » signés et les travaux qui doivent avoir lieu. La tribune continue et Claude Dilain repose comme il le fait si souvent la question qui devient obsédante « Qu’attendons-nous ? De nouvelles émeutes ? Que la Cocotte-Minute explose ? » Il revient sur le taux d’abstention dans sa ville aux dernières élections « Mais comment reprocher aux électeurs clichois de se désintéresser d'élections pour des institutions dont ils se sentent exclus, sur ce territoire abandonné de la République ? J'espère que les députés et représentants de l'Etat, témoins de cette journée ordinaire dans ma ville, seront porteurs de cette réalité au plus haut niveau de l'Etat. Parce qu'aujourd'hui, moi, maire de Clichy-sous-Bois, j'ai honte d'être le représentant impuissant de la République française." »

Le plus dur est certainement le Post-Scriptum qui conclut la tribune : « une réunion sur le "plan de sauvegarde" du Chêne- Pointu devait avoir lieu vendredi 9 avril. Elle a été annulée au dernier moment, la plupart des représentants institutionnels n'ayant pas pu se rendre disponibles. »

Cette tribune, je voudrais la rapprocher d’une autre déclaration que j’ai lue dans Le Parisien cette semaine. C’est celle de Fadela Amara, la secrétaire d’Etat à la ville, dont le plan Espoir-Banlieue, le fameux « plan Marshall » de Sarkozy a une drôle de gueule après la lecture de la tribune de Claude Dilain, qui réunissait à Nice des associations acteurs de la banlieue. Voici deux questions et leurs réponses de cette interview.

"Quel nouveau message souhaitez-vous adresser ce matin à tous les acteurs de la banlieue réunis à Nice et qui attendent de véritables changements dans leurs cités ? Fadela Amara. Les quartiers ne doivent pas toujours être dans le rattrapage, il faut aussi qu'ils soient moteurs dans certains domaines pour ne plus être regardés comme des boulets de la société. Je pense à la formation professionnelle, au numérique, à l'éducation. Je propose que dix établissements classés en ZEP soient choisis pour y expérimenter des projets pédagogiques novateurs. On peut par exemple décider dans un lycée que les jeunes iront le matin en classe et que l'après-midi sera consacré aux sorties culturelles, à la pratique de la musique ou du sport, comme cela se fait en Allemagne. Il est urgent de créer des dispositifs qui redonnent envie aux jeunes d'aller en cours. L'école doit être un plaisir.

Faut-il poursuivre le débat sur l'identité nationale ? Fadela Amara. Sur la forme, je regrette certains dérapages. Mais sur le fond, je suis d'accord avec ce débat. Il doit se poursuivre même si la priorité des priorités pour les Français, ce n'est pas ça mais plutôt les fins de mois difficiles. Il est bon de savoir qu'est ce qui fait qu'on est Français. Y compris pour moi, par exemple, qui pratique le ramadan, même pendant un conseil des ministres !"

Claude Dilain a honte d'être le représentant impuissant de la République française, et demande comment les scènes qu’il décrit sont possibles à 15 km de Paris. Fadela Amara dit que l’Ecole doit être un plaisir, que l’après-midi doit être consacrée aux activités culturelles, à la musique et au sport, et qu’il est bon de savoir ce qui fait qu’on est Français ! Téléscopage terrifiant.

clichy-sous-bois-la-foresti.1270917878.jpg Les lecteurs de Paris est sa banlieue connaissent mon admiration et mon estime pour Claude Dilain, et ont déjà lu à plusieurs reprises des critiques sur Fadela Amara. Mais je voudrais ici dire à quel point, il faut savoir se départir d’une attitude partisane systématique, comme on le voit dans le déplorable débat autour du projet de Grand-Paris, déplorable autant de la part des acteurs de gauche, à part certains, comme justement Claude Dilain ou Stéphane Gatignon, que de celle des acteurs de droite, à part certains autres comme Philippe Dallier, dont on peut revoir la récente interview sur Paris est sa banlieue. Et ce soir, la lecture du témoignage de Claude Dilain me rappelle finalement pourquoi j’ai encore envie de tenir ce blog, et de continuer à faire vivre Paris est sa banlieue. C’est pour pouvoir à mon tour apporter une petite contribution au combat de ces hommes, comme Claude Dilain (PS), comme Stéphane Gatignon (EE), ou comme Philippe Dallier (UMP). J’ai souvent écrit à propos de la nécessité absolue de créer un Grand-Paris, démocratique et solidaire, que l’on ne supporterait pas de dire que dans ce Grand-Paris, cette ville monde comme le projet de loi du gouvernement la qualifie, on ne tolèrerait pas que l’on puisse dire qu’il y a des quartiers comme Clichy-sous-bois où le taux de pauvreté est de 70%, où règnent les marchands de sommeil, où « une femme monte lentement et silencieusement l'escalier, elle est pliée en deux, sous le poids d'un caddie plein, qu'elle porte avec une lanière sur le front ». Une nouvelle fois Claude Dilain a raison lorsqu’il dit que « la logique du ghetto arrange tout le monde » comme le rappelle encore Luc Bronner dans le portrait de Claude Dilain qu’il dresse en marge de cette tribune. « La concentration des populations pauvres et immigrées dans certaines villes, certains quartiers, arrange la société, en particulier les classes moyennes et favorisées, qui évitent ainsi d’avoir à cohabiter – et à scolariser leurs enfants – avec des populations plus fragiles. » Alors pas de carte postale d'apaisement, mais le partage de la colère et de la honte de Claude Dilain.

Les photos qui illustrent cette notent ne sont pas celles du Chêne-Pointu mais de la Forestière, une autre cité de Clichy-sous-bois à laquelle Paris est sa banlieue avait consacré la note "Carte postale de banlieue, sans minarets ni identité nationale"

Jean-Paul Chapon

31.12.2009

Carte postale de banlieue, avec illuminations de fêtes et aspiration au bonheur...

montreuil-29-12-2009.1262289300.jpg

Dernier soir de l'année 2009. Illuminations de fête en banlieue, ici à Montreuil. En attendant comme chaque fin de nuit entre 31 décembre et petit matin du 1er janvier, que d'autres illuminations sinistres, violentes et vaines s'embrasent, peut-être au pied de ces mêmes immeubles et de ces mêmes illuminations de fête. Malaise de banlieues ou malaise de société, qu'aucun plan Espoir Banlieue, ni politique de la ville n'arrive à soulager et à faire disparaître ? En attendant, ce soir, je regarde tous les balcons illuminés des cités de banlieues, on dirait autant de signaux et de témoignages envoyés à la société pour crier l'aspiration à la vie et au bonheur, une fois de plus "être et avoir", comme les autres, comme tout le monde, rien de plus.

Alors, passez de bonnes fêtes et surtout Bonne Année 2010 !

Jean-Paul Chapon

13.12.2009

Carte postale de banlieue, sans minarets ni identité nationale...

clichy-sous-bois-la-foresti.1260725706.jpg

Ce n’est pas une photo de Sarajevo ou d’une ancienne cité de la déroute soviétique. Non, c’est juste le quartier de la Forestière à Clichy-sous-bois, à une dizaine de kilomètres de Paris intra-muros, en Seine-Saint-Denis, dans le Grand-Paris ou encore dans Paris-Métropole. Jusqu’à aujourd’hui je n’ai pas voulu publier ce genre de photos, qui me semblent trop stigmatiser la banlieue, ou une certaine image de la banlieue, celle des cités, des cagoules et des voitures brûlées. Mais la tribune du journaliste du Monde Luc Bronner, Pourquoi la France n'a pas de leçon à donner à la Suisse dans l’édition du 11 décembre, passée dans l’indifférence quasi générale, m’a fait prendre mon appareil photo ce matin, et me diriger à nouveau à Clichy-sous-bois.

clichy-sous-bois-tour-1.1260725791.jpg Jusqu’aux émeutes de 2005, Clichy-sous-bois pour moi c’était au mieux un panneau, dans un coin où je n’allais pas souvent, voire jamais. Après les émeutes j’ai voulu aller voir sur place, à quoi cette ville de banlieue pouvait ressembler. Aller à Clichy, la première fois c’est un choc, on découvre une autre France, avec d’autres standards. Le maire, Claude Dilain, fait ce qu’il peut. Les lecteurs de Paris est sa banlieue connaissent mon estime et mon admiration pour lui. Mais ce n’est pas avec les ressources d’une des communes les plus pauvres de l’agglomération si ce n’est de France que le rattrapage peut être fait, malgré les chantiers de rénovation en cours.

clichy-sous-bois-forestiere.1260725853.jpg Stigmatiser avec un photo, peut-être, mais finalement stigmatiser qui ? Car la question est plutôt comment une société peut-elle accepter cela, comment l’a-t-on accepté et pourquoi ne fait-on rien. Le plan Espoir Banlieue de Fadela Amara ? Il a une drôle de gueule devant la résidence de la Forestière. Combien de temps attendra-t-on pour désenclaver ce plateau ? Faire un tram, ou le Grand-Huit de Christian Blanc ? Il y a urgence. Qu’attend-on ? Des discussions sans fin, c’est moi qui ai raison, mon programme est le meilleur, mon projet contre l’autre, le Grand-Paris du gouvernement contre le Plan d’urgence de la région ? Le bras de fer, sur le dos de qui ? La Forestière, je crois que c’est ce que j’ai vu de pire, c’est le « là-haut » des interviews le jour de l'installation de Paris-Métropole en juin dernier, quand les habitants parlaient de là où "c'est dur" à Clichy. Et si le Grand-Paris, ou simplement un Paris étendu à sa banlieue existait, simplement à sa petite couronne, comment oserait-on, comment accepterait-on, comme assumerait-on que de telles photos circulent avec la mention, « vues de Paris » ?

Depuis l’automne 2005, je passe régulièrement par Clichy, quitte à faire un détour, parce que ce détour me maintient en alerte, et entretient une révolte. Et aujourd’hui, je reprends volontiers à mon compte la tribune de Luc Bronner.

clichy-sous-bois-halls.1260725774.jpg « Où va nous conduire notre aveuglement collectif sur les quartiers sensibles ? Nous sommes au bord du vide et cela ne semble émouvoir personne, en dehors des élus de banlieue fatigués de crier dans l'indifférence. Alors oui, on peut continuer de disserter sur l'identité nationale, sur l'islam, sur le communautarisme. On peut critiquer la votation suisse interdisant la construction de nouveaux minarets et s'inquiéter du mouvement général de crispation des sociétés européennes vis-à-vis des immigrés et de l'islam. Mais comment ne pas voir que la société française participe tous les jours à un référendum contre les "jeunes à capuche" ? Non pas avec des bulletins glissés dans les urnes. Mais un vote avec nos pieds, dans nos choix d'employeurs, d'élus, de parents, de voisins…

clichy-sous-bois-forestier.1260726201.jpg Sans se l'avouer, nous avons basculé dans une société de la peur et du rejet vis-à-vis d'une jeunesse perçue comme une nouvelle "classe dangereuse". Nous, collectivement, sans passer par un vote comme les Suisses, mais par nos pratiques, nos attitudes sociales. Un chiffre témoigne de la gravité de cette coupure : dans les zones urbaines sensibles (ZUS), 41,7 % des hommes de 15 à 24 ans sont au chômage, soit le double de la moyenne nationale pour les garçons du même âge, déjà très élevée par rapport au reste de l'Europe. Un tel niveau de discriminations traduit un choix collectif, pas simplement une accumulation d'accidents ou de dérives individuelles. Nous ne sommes pas dans le "fait divers" de la discrimination mais bien dans un phénomène de société : même s'il existe des exceptions, même si des grandes écoles et des entreprises jouent le jeu de la diversité, les jeunes de banlieue, en particulier les hommes, peinent toujours autant à trouver leur place…

"Le métissage, c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme, c'est le choix de vivre séparément", écrit justement Nicolas Sarkozy dans sa tribune publiée dans Le Monde (daté 9 décembre). Mais qui, dans la France actuelle, choisit de vivre séparément ? Pas tant les habitants des quartiers, assignés à résidence, empêtrés dans la pauvreté au point que la moitié des mineurs vit sous le seuil de pauvreté. "La logique du ghetto arrange tout le monde", résume Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois. Surtout les classes moyennes et supérieures, en réalité. »

Alors après avoir regardé ces photos prises ce matin à Clichy-sous-bois, pourquoi ne pas relire la tribune de Luc Bronner ?

Jean-Paul Chapon

09.11.2009

Grève du RER, Gatignon à Europe-Ecologie, Berlin 20 ans après... il y a des jours comme ça…

Il y a des jours comme ça, où l’on aurait beaucoup de choses à dire, et aussi des jours où on ne saurait pas ce qui est le plus important et par où commencer. Et aussi des jours où parce qu’il y a tout cela, on n’aurait pas le temps. C’est le cas aujourd’hui. Alors je commencerai par ce qui m’a empêché d’avoir du temps.

greve-rer-09-11-09.1257800808.jpg Aujourd’hui 9 novembre 2009, Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France a beau jeu de dénoncer « la gestion sociale interne à l’entreprise » et regrette « qu’une réorganisation au rabais pousse les syndicats à l’action ». Une bonne occasion pour lui de s’en prendre à Pierre Mongin, le président de la RATP, et on peut effectivement s’étonner que plus de deux ans après que le STIF ait voté la suppression de l’interconnexion* et du changement de conducteur RATP-SNCF en juillet 2007, la mise en place de ce changement soit l’une des raisons invoquées pour la grève d’aujourd’hui, qui paralyse les deux artères cardinales des transports en commun de la métropole, dont on peut rappeler comme le fait le Parisien ce matin qu’elles transportent 1 million de voyageurs par jour pour le RER A et 700.000 pour le RER B. Des chiffres que les médias commencent heureusement à prendre en compte et qui montrent à quel point il n’y a pas d’offre alternative, si ce n’est malheureusement la voiture. Et une nouvelle fois, une petite équation : comment faire entrer 1 million de voyageurs du RER A dans une ligne 1 du métro qui sature déjà à 600.000 voyageurs par jour… Et pour ceux qui comme le président de la République pensent qu’aujourd’hui, quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit, voici une petite brève tirée des la page entreprise du Monde de ce soir.‘La gare Saint-Lazare saturée suite à la grève dans le RER. La Gare SNCF de Paris-Saint-Lazare était « saturée » dans la matinée du lundi 9 novembre, conséquence indirecte de la grève qui touche les lignes A et B du RER. « Nous avons récupéré 100 trains supplémentaires qui s’ajoutent aux 300 que nous avons habituellement le matin », explique Guillaume Ancel, directeur des lignes Transilien de Paris-Saint-Lazare, ajoutant : « C’est comme si toute la population de la ville de Lyon [650 000 habitants] passait dans une gare longue de 210 mètres », a-t-il ajouté. Juste pour continuer avec les ordres de grandeur…

stephane-gatignon.1257799917.jpg Aujourd’hui 9 novembre 2009, Stéphane Gatignon, le maire encore PCF de Sevran envoie une lettre aux habitants de sa ville et s’exprime dans Libération pour annoncer qu’il sera candidat aux élections régionales sur la liste d’Europe Ecologie, et « pourquoi pas ? » Comme il le concède dans Libération comme tête de liste en Seine-Saint-Denis. Plutôt une bonne nouvelle en ces temps de crispation gauche droite dans le débat sur le Grand-Paris, parce que Stéphane Gatignon est capable de pragmatisme sans pour autant renier ses convictions et ses engagements. Et c’est le même Stéphane Gatignon qui peut écrire qu’il faut « face au projet de Nicolas Sarkozy, installer un Grand Paris démocratique fondé sur le suffrage universel, un service public efficace et l’égalité fiscale » mais qui sait aussi ne pas fermer les portes et écrire que « depuis 2001, nous administrons la commune en nous battant quotidiennement pour défendre nos projets, au sein de l’ANRU ou en discutant avec le ministre Christian Blanc sur le Grand-Paris, par exemple. » Dans sa lettre aux habitants de Sevran, Stéphane Gatignon dit s'engager à "combattre les inégalités entre territoires... combattre pour l'égalité fiscale... combattre pour le mieux vivre ensemble... et combattre la ghettoïsation...", et il sait de quoi il parle. En espérant redonner très rapidement la parole à Stéphane Gatignon, que les lecteurs de Paris est sa banlieue connaissent déjà bien.

murs-le-monde-09-11-09.1257799969.jpg Aujourd’hui 9 novembre 2009, c’est le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Il y a 20 ans, je n’étais pas à Berlin, qui semble pourtant avoir été le rendez-vous le plus couru de tout l’UMP d’aujourd’hui. Non, il y a 20 ans, le 9 novembre 1989, j’écoutais France Info en rentrant en voiture de Vélizy, et dans les embouteillages du soir, j’écoutais en direct, avec émotion, ces nouvelles incroyables, énormes de ces rassemblements autour du mur, la nouvelle que des manifestants étaient sur le mur. Je me souviens parfaitement de ce soir, comment peut-on l’oublier. Mais ce soir 9 novembre 2009, je suis fatigué du barnum médiatique autour de cette commémoration. Je ne comprends pas pourquoi Radio France diffuse le même programme sur toutes ces chaînes et impose, quelle démocratie hertzienne, le même programme affligeant à ses auditeurs. Mais qu’a-t-on à faire ce soir des états d’âmes de Pierre, Paul ou Jacques, si important qu’ils méritent que l’on supprime les infos sur France Info, paradoxe absolu, la censure pour saluer le retour à la liberté. Ne se serait-il rien passé de plus important aujourd’hui que la chute de dominos de polystyrène devant la porte de Brandebourg ! Alors pour saluer les 20 ans de la chute du mur de Berlin, appelons ce soir de nos vœux la chute des autres murs, ceux de Corée, de Chypre, d’Israel, des Etats-Unis, et puis plus sournois, car invisibles à part quelques barbelés à Ceuta, ceux qui séparent le Sud du Nord, les ventres creux des ventres pleins.

* à propos de l'interconnexion, on peut relire la note STIF et Grand-Paris, ou de l'absurdité comme principe de gouvernement ;-)

Jean-Paul Chapon

Illustration sur les murs parue dans Le Monde daté du 10-11-O9 et donc parue "aujourd'hui, 9 novembre 2009"

02.11.2009

Carte postale de banlieue, avec chrysanthèmes et drapeaux

Monument au morts de Fontenay-sous-bois, Toussaint 2009

toussaint-monument-aux-mort.1257102800.jpg

Une petite contribution de Paris est sa banlieue au débat sur l'identité nationale qui s'ouvre poussivement aujourd'hui (?) en France. Fleurissement des monuments aux morts, chrysanthèmes de la Toussaint, drapeaux tricolores des fêtes nationales, un peu de cette identité française que d'aucuns voudraient retrouver aujourd'hui, comme si elle avait disparu. Sans commentaire ;-)

Jean-Paul Chapon

20.07.2009

"Le plan Banlieues est un échec"

Qui dit ce matin dans le Parisien que « le plan Banlieues est un échec » ? Ce n’est personne au PS trop occupé par les dommages collatéraux occasionnés par les « tirs amis », de Dray en Valls et de BHL en Aubry. Non, c’est une nouvelle fois Henri Guaino qui enfonce le clou, après avoir déclaré au début du mois que le plan Banlieues n’avait pas « abouti ». Le conseiller spécial du Président de la République Nicolas Sarkozy, malgré son récent caillassage est retourné à Montfermeil, en Seine-Saint-Denis, mais cette fois sans incident. Pas de ballade nocturne, mais une vraie visite de 6 heures (peu de politiques doivent y être restés si longtemps) avec le maire UMP Xavier Lemoine et le préfet du 93 Nacer Meddah, rapporte le Parisien, il a « traversé le quartier à pieds » et rencontré une cinquantaine d’habitants et de représentants associatifs.

Et surtout il déclare après sa visite, « le plan Banlieues est un échec. Ce n’est pas du tout la faute de Fadela Amara. On n’est pas arrivés à franchir la barrière des bureaucrates. »

Alors, même si au début du mois ou pouvait comme le Canard Enchaîné se poser la question de savoir si le caillassage de Montfermeil était téléphoné ou non, tout cela n’a finalement que peu d’importance. Et il serait dommage de ne voir la démarche d’Henri Guaino que par le petit bout de la lorgnette. Comment en effet interpréter la démarche d’Henri Guaino ? Fadela Amara avait survécu au remaniement sans pour autant que l’on remarque vraiment sa présence, après comme avant, même si elle est allée soutenir la candidature de l’UMP Maryse Joissains à Aix-en-Provence, et qu’elle doit recevoir aujourd’hui une délégation de commerçants et d’habitants victimes des émeutes de Firminy dans la Loire.

Alors que Brice Hortefeux communique sur la reprise de la délinquance, met en garde les préfets, pas assez efficaces, mais le ministère de l'intérieur interdit à ces derniers d’additionner publiquement le nombre de voitures brûlées les 13 et 14 juillet, on peut se demander quel est le sens de la démarche atypique d’Henri Guaino. Lui peut aller en banlieue et y retourner, y rester, mais en toute discrétion finalement, si l’on met à part cette brève du Parisien, on ne peut pas pour l’instant considérer cela comme une opération de communication (faute de caillassage sans doute). D’autres annonces se préparent-elles ? Un remaniement ? Un nouveau plan pour les banlieues, un de plus, ou une approche différente ? Et qu’entend-il exactement par les « bureaucrates ». On sait que c’est le genre d’excuses avancées par Fadela Amara sur la difficulté à mobiliser les autres ministères. Alors à suivre, en se rappelant qu’après sa première visite à Montfermeil, le même Henri Guaino déclarait qu’il fallait « arrêter la machine à exclure de la société », et parlait de cette « partie de la jeunesse que nous sommes en train de perdre parce qu’elle est totalement désocialisée, sans repères, ni intellectuels ni moraux. » Mais alors comment faire si « le plan Banlieues est un échec » ?

En tout cas une démarche atypique qui finalement ne manque pas d'intérêt. A quand une rencontre d'Henri Guaino avec les maires de l’association Villes & Banlieues, présidée en ce moment par Claude Dilain, le maire de Clichy-sous-bois ? Cette association est force de propositions intéressantes sur la question des banlieues et mériterait elle aussi qu’on lui accorde plus d’attention, et ce serait au moins l'occasion de confronter sa vision du plan Espoir Banlieues avec celle de Claude Dilain, qui faisait le même constat dès le mois de février...

 

à suivre…

Jean-Paul Chapon

13.07.2009

Carte postale de banlieue, avec poubelle en flamme par veille de Fête Nationale...

montreuil-13-juillet-2009.1247507848.jpg

Retour à Montreuil, sur ce même carrefour avec "jolis parterres" et "rond-points décorés" comme le soulignait un commentaire d'une note récente. Ce soir, c'est différent, c'est une poubelle qui brûle, en ce 13 juillet au soir. Il est près de 19h00, veille de Fête nationale, les festivités vont bientôt commencer. Pour le reste on attendra le bilan demain. Sans commentaires...

Jean-Paul Chapon

Toutes les notes

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu