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17.02.2010

Megalopolis mag, le journal de la génération Grand-Paris

megalopolis-1.1266436855.jpg C’est suffisamment rare pour être salué, et même deux fois salué. D’abord parce qu’avec Mégalopolis mag, ils relèvent un défi devant lequel beaucoup ont déjà renoncé, parfois frileusement comme le Nouvel Observateur qui a sabordé son supplément ParisObs, sans essayer de lui donner plus de chance, parfois honteusement, comme le JDD, qui profite des vacances pour revoir la formule, supprime le supplément et le remplace par 4 pages en fin d’édition pour un pseudo et affligeant JDD Paris. Bref eux, une équipe de jeunes journalistes issus de Science-Po, ont osé et lancé lundi 15 février Mégalopolis mag, le journal du très Grand-Paris. Salué deux fois, parce qu’en plus de relever le défi de lancer un journal sur Paris, grand ou pas, ils ont osé le papier. Et ils s’en expliquent dans leur édito d’ouverture. « D’autres nous opposeront que la presse écrite est morte. Et si c’étaient les journalistes qui l’avaient tuée ? Mégolopolis refuse ce constat d’échec et renoue avec des formats délaissés. Le reportage, l’enquête, le récit sont la clé du succès, parce qu’ils sont le gage de la presse de qualité. » Avec ce qui ne gâche rien, une approche intelligente des médias en jouant d'emblée la complémentarité papier et internet dès le premier numéro.

megalopolis-2.1266436954.jpg Mais comment faire un journal sur le Grand-Paris, sujet qui ne semble pas vraiment passionner les foules ? En fait, ce qui être la clé du succès de Mégalopolis, c’est que malgré un édito que ne renierait pas Paris est sa banlieue, « le Grand-Paris s’il n’est pas encore formalisé, existe depuis longtemps dans les faits. Les politiques ont un métro de retard sur les citoyens. Eux ont déjà investi la métropole. Comme l’étudiant d’Issy qui suit ses cours à Nanterre ou le jeune actif de Bastille qui travaille à La Défense. Nous sommes la génération Grand-Paris, celle qui étouffe de vivre dans une ville qui n’a pas grandi depuis un siècle et demi », Mégalopolis n’est pas le journal du Grand ou du Très Grand-Paris, malgré le sous-titre (c’est vrai qu’ils ont fait fort pour le numéro 1 question TRES Grand Paris, avec Jean-François Copé et Meaux ;-). Mégalopolis, c’est un journal qui traite d’un peu tout sous l’angle ou dans la perspective du Grand Paris, avec une vision urbaine qui donne le cadre. Des articles variés, intéressants, politique, culture, avec notamment un dossier sur les régionales (je n'ai pas osé faire le test ;-) et une interview à la fois tonique et désespérée de Philippe Dallier, une belle qualité d’écriture (ça compte !), une maquette claire et attrayante, un bonne dose d’insolence et d’humour. Bref une réussite que Paris est sa banlieue est heureux de saluer.

Un reproche tout de même, la périodicité bimensuelle, tant on aimerait pouvoir trouver le numéro 2 de Mégalopolis mag en kiosque dès lundi prochain.

Jean-Paul Chapon

14.02.2010

Carte postale métropolitaine, avec violon, sopranos et nouvel an chinois

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J’avais déjà publié une photo de ce violon chinois que l’on peut croiser sur les quai du RER à la station des Halles. Alors aujourd’hui, une contribution de Paris est sa banlieue pour fêter le nouvel an chinois, avec une petite vidéo de ce même violon chinois des Halles.

Et puis un extrait de Iris dévoilée, du compositeur d’origine chinoise Qigang Chen. Le jour où j'ai découvert cette musique , elle m'a surpris bien sûr, confrontation des timbres et des modes, orchestre classique occidental et instruments chinois, et les voix de trois sopranos dont une traditionnelle chinoise. Surtout, cette musique m'a fasciné dès la première mesure, comme elle continue à le faire aujourd'hui. Ah j'oubliais, Qingang Chen qui a été l'élève d'Olivier Messiaen est aujourd'hui français, identité musicale, identité nationale ?

Avant de revenir au Grand-Paris et ses multiples épisodes dès lundi avec notamment la sortie du premier numéro de Megalopolismag ;-)

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Jean-Paul Chapon

03.10.2009

Carte postale du Grand-Paris, avec Nuit Blanche métropolitaine et incinérateur dans la Ville

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nanterre_simulterrasses.1254565780.jpg Visiblement, Libération a du mal à concevoir la culture hors d’une certaine branchitude parisienne, un Libération qui publie aujourd’hui les cartes détaillées des trois parcours parisiens intra-muros de l’édition 2009, et renvoie dans une petite note de bas de page sur www.paris.fr et www.macval.fr pour les « neuf villes de banlieue, sept de province, Bruxelles et Malte » qui organisent aussi une Nuit Blanche. Il aurait d’ailleurs été plus simple de renvoyer directement sur le site de la Nuit Blanche, mais Libération ne l’avait peut-être pas…

saint_denis_nouveau_visuel_cry_dit_lab_au_2.1254565748.jpg Alors, au-delà des trois parcours de l’intra-muros, au-delà du périphérique, il y aura le parcours de Paris-Métropole, Arcueil, Aubervilliers, Clichy-la-Garenne, Gentilly, Les Lilas, Nanterre, Romainville, Saint-Ouen l’Aumone et Saint-Denis, sans oublier cet après-midi le MAC/VAL à Vitry-sur-Seine pour le lancement de cette Nuit blanche 2009, dont l’organisation avait été confiée aux conservateurs du musée, Alexia Fabre et Franck Lamy, par Christophe Girard, l’adjoint à la culture du maire de Paris, Bertrand Delanoë. Ce qui fait dire à un autre adjoint au maire de Paris, Pierre Mansat, en charge des rapports Paris-Banlieue, « Nuit Blanche prend, cette année, une dimension toujours plus métropolitaine. De nouveaux espaces deviennent le théâtre et l’objet de la création artistique. En changeant d’échelle, en élargissant son horizon, Nuit Blanche retrouve sa vocation: agir sur les spectateurs comme un profond stimulant, interroger leur rapport à la Ville. »

Paris est sa banlieue s’associe donc à cette Nuit Blanche à dimension métropolitaine, et paradoxalement, comme Libération ne mentionne qu’un événement parisien ;-) Mais je le fais avec plaisir parce que Mattéo Galan, l’organisateur de ce projet s’est adressé à Paris est sa banlieue, et les habitués de ce blogue, qui ont déjà vu et entendu les notes sur Gavin Bryars ou le Portsmouth Sinfonia, ou encore Patti Smith, ne seront pas surpris de ce choix. Il s’agit de Transe en Chaire, à l’église luthérienne de la Trinité dans le 13ème arrondissement de Paris. Mattéo Galan explique que son projet « est basé sur l'ostinato et l'improvisation, et la transe qu'ils provoquent (mantras, musiques rituelles ou prières psalmodiées, basses techno, par exemple). Des musiciens improvisent et jouent des phrases écrites toute la nuit, en se relayant et s'interpellant de différents endroits dans l'église. Le projet part de la simplicité, du dépouillement et du recueillement, pour aller vers la complexité harmonique et rythmique, la transe, la rapidité, puis retourner vers l'équilibre enfin. Un ostinato est diffusé en continu, pendant qu'une installation géante diffuse un magma sonore composé de chants et prières rituelles, et vibre comme une chair vivante aux fréquences diffusées. »

Vous demanderez sans doute aussi pourquoi une photo de l’incinérateur d’Ivry pour illustrer cette carte postale ? Peut-être parce que pendant longtemps, la Nuit Blanche en banlieue se résumait à ces illuminations industrielles, comme cette étrange et sublime monstruosité architecturale ? Peut-être parce qu’à chaque fois que je passe devant cet incinérateur je ne peux m’empêcher de l’admirer une forme d'horrible beauté, tout en me demandant si un incinérateur à ordures au cœur d’une métropole peut-être admirable ? Une façon de s’interroger sur « le rapport à la Ville » comme dirait Pierre Mansat…

Jean-Paul Chapon

27.09.2009

Carte postale du Grand-Paris, avec tour Montparnasse et revue d’architecture

tour-montparnasse.1254070029.jpg

L’autre jour je suis allé au cinéma du côté de la tour Montparnasse. Ceux qui me connaissent bien savent que l’événement est assez rare pour justifier une note, mais c’est la sortie du numéro 4 de la revue Criticat qui motive cette nouvelle carte postale. Criticat consacre à sa façon sa dernière édition au Grand Paris, avec des Fragments métropolitains. Plusieurs textes dont une évocation du Grand-Paris par Françoise Fromonot illustrée par Martin Etienne, la petite maison dans le grand Paris qui autour de cette maison G et du RER B qui passe au bout du jardin de la rue de Lozère à Orsay revisite Les passagers du Roissy Express de François Maspéro, précurseur grand parisien il y a près de 20 ans déjà. Et surtout Meilleurs souvenirs du grand Paris signé David Liaudet*, huit cartes postales commentées, du centre de Paris à la Porte océane au Havre, assez dans la veine Paris est sa banlieue ;-) Une vue d’avion d’abord, avec la Tour Eiffel et le Front de Seine, « l’ancien Nouveau Paris », et la remarque de David Liaudet, « au dos une image en noir et blanc repère avec ses pastilles numérotées ce que l’on voit dans ce paysage. Et c’est troublant, elles indiquent l’Ecole militaire, les Invalides, mais un seul bâtiment parmi les dizaines du Front de Seine. Signe des temps : on montre, mais en même temps on renie. » D’autres cartes de banlieue, une barre HLM de Fontenay-aux-Roses, « la carte date de l’époque où le logement social s’affiche », la pyramide de la préfecture de Bobigny, ou encore le carrefour de la Boule à Nanterre, « une Renault 16 dessinée par Philippe Charbonneau attend son tour au feu. Deux rampes métalliques se croisent au milieu du cadre défini par les lampadaires. Il faut croire que les nœuds routiers étaient suffisamment spectaculaires pour qu’un éditeur choisisse d’en faire une image qui dit de Nanterre sa modernité, toute tournée vers l’automobile et la fluidité. »

Mais c’est la carte postale de la tour Montparnasse qui m’a d’abord fait réagir. La tour injustement mal aimée des parisiens aujourd’hui, « la tour Maine-Montparnasse, ce monolithe noir planté dans Paris, qui depuis son bar à la déco pompidolienne, offre une vue sur la ville sans pareille.» David Liaudet commente la photo et la mise en perspective de la tour sur la carte postale, « Ses 210 mètres de verre fumé surgissent d’un coup. C’est puissant. » Et pour revenir au cinéma du début de la note, c’est ce que j’ai ressenti l’autre jour en arrivant au pied du monolithe de 210 mètres de verre fumé, c’est puissant !

* David Liaudet est artiste et enseigne l’estampe à l’Ecole supérieure des beaux-arts du Mans. Il est collectionneur de cartes postales d’architectures. Et l’auteur du blog Architectures de carte postales.

Jean-Paul Chapon

26.07.2009

Carte postale de banlieue, avec musée et bateau

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Sarkis, Le bateau Kriegsschatz

Lorsque l'on rentre de vacances, on a toujours découvert ce petit musée tellement sympa que personne ne connaît et où, à part vous bien sûr, personne ne va ;-) L'an dernier, je n'avais pas failli à la règle avec le musée Auguste Chabaud à Graveson, et une note promise qui n'est jamais venue... Alors cet été, si vous ne partez pas de Paris et que vous vous lassez des rayures de Paris-Plages, allez (re)découvrir le MacVal, le musée d'Art contemporain de Vitry. L'exposition temporaire dédiée à Noël Dolla se termine le 2 août, et mérite à elle seule le déplacement, même si le bateau de Sarkis sera "ma" rencontre de cette visite des collections du MacVal (qui tournent régulièrement). Pour y aller, ce n'est pas si compliqué, Vigtry c'est après Ivry en sortant de Paris, métro et RER, puis bus jusqu'au MacVal... le centre d'art contemporain le plus accessible et le plus ludique, et l'occasion de profiter du jardin et du café pour avoir une autre vision de la banlieue...

Jean-Paul Chapon

06.06.2009

Les préjugés d’Arlette Chabot, ou de la banlieue et des professionnels ( ?) de l’info, suite…

arlette-chabot.1244269447.jpgLa campagne des européennes avait du mal à faire les gros titres dans les médias jusqu’à l’émission de France 2 « A vous de juger » qui a vu le désormais célèbre affrontement verbal entre deux des candidats. Ce n’est pas parce que la campagne est officiellement finie que je ne reviendrai pas sur cet échange, somme toute bien dans la tradition, on en a vu d’autres dans l’histoire de la république. Non, ce qui est étonnant c’est ce commentaire d'Arlette Chabot à propos de la tournure que son débat a pris, « Je n'ai jamais vu ça. C'est la culture banlieue qui entre dans le débat politique. Tous les coups sont permis. »

paris-en-toutes-lettres.1244269588.jpgPauvre Arlette, une vieille routière de la politique qui n’a jamais vu ça ! Et visiblement notre grande journaliste professionnelle n’a pas vu grand chose et n’est jamais beaucoup sortie de son microcosme politico-parisien. A moins qu'Arlette Chabot n'ait pris comme archétype de la "culture de banlieue" le désormais célèbre "Casse toi, pauv' con" proféré par un ancien élu de ladite banlieue ? Les clichés ont vraiment la peau dure, surtout quand ils sont entretenus par les soit disant professionnels de l’information, qui malheureusement propagent et entretiennent vers la plus grande audience ces clichés. Oser dire quand un débat politique mal maîtrisé tourne à l’affrontement verbal que c’est la « culture de banlieue » qui se manifeste, c’est ahurissant, au point de ne pas trouver de qualificatif : discrimination, stigmatisation, élitisme, mépris, égoïsme, ignorance et pour finir bêtise et inculture. Arlette Chabot, le plus minable dans cette histoire, c’est votre commentaire. Vous méritez hors concours le « mur du çon » de Paris est sa banlieue et je vous invite à venir en banlieue, vous savez, juste de l’autre côté du périphérique ou des millions (oui des millions, 8 et des poussières) de téléspectateurs vous attendent pour vous montrer leur culture ;-)

Jean-Paul Chapon

Tout mes remerciements à Pierre D pour son mail qui m’a fait sortir de mon tunnel professionnel de la semaine avec cette vilaine perle de l’info. Et j’en viens à me demander si je ne dois pas ajouter une nouvelle catégorie à Paris est sa banlieue consacrée qui s’appellerait la banlieue et les médias.

Et puis un autre "mur du çon" pour la Mairie de Paris et son affiche pour l'opération "Paris en toutes lettres", courageusement critiquée sur le site de Pierre Mansat, adjoint du maire de Paris Bertrand Delanoë, en charge des relations de Paris et de la banlieue. Une symbolique géographique bien caricaturale de la "culture de Paris" opposée à la "culture de banlieue" chère à Arlette...

ps: Devant l'absence de commentaires et le faible nombre de visites depuis quelques temps, la publication de Paris est sa banlieue sur 20minutes.fr va prochainement s'arrêter. Si vous souhaitez conserver les liens que vous avez établis avec ce blogue, vous pouvez les rediriger vers la version du Monde.fr de Paris est sa banlieue http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr

17.09.2008

Cette fois c'est décidé, j'arrête d'acheter Libération !

Cela pourrait être amusant si ça ne devenait agaçant. On se souvient de l'obscène double page de publicité que Libération avait publiée en pages 2 et 3 juste après la libération d'Ingrid Betancourt. La une annonçait que l'on saurait tout sur le scénario du retour à la liberté de la franco-colombienne, mais avant de savoir ce qui s'était passé, il fallait passer par le sas obligé d'une double page de pub pour SFR. L'argent n'a pas d'odeur, ni de honte, et Libération en a besoin, au risque de ses lecteurs.

Aujourd'hui, après ce titre accusateur en une : "DSK, Lagarde, Greenspan... Krach : ils n'ont rien vu venir", et avant de savoir pourquoi "la finance mondiale est en roue libre", il faut à nouveau passer par un sas de décompression, pédiluve publicitaire : la double page d'un publireportage, en pages 2 et 3, qui jette des "Regards croisés sur le jeu et le loto". Doit-on considérer que Libération ne manque pas d'humour ou d'esrit d'à propos ? Faire la promotion des jeux de hasards, refuge des périodes de crise, ou parabole de la gesion financière mondiale ? C'est drôle, c'es énorme, mais c'est honteux aussi. Libération n'est plus mon Libé ! Et pour moi, aujourd'hui c'est la double page de trop. Après des dizaines d'années de fidélité, 30 peut-être, j'arrête. Je n'achèterai plus Libération, en attendant qu'il redevienne mon Libé...

Jean-Paul Chapon

27.04.2008

Interlude et promenade en banlieue avec statue et tulipe

Romainville, le 26 avril 2008 romainville-1.1209316224.jpg

En préparant la courte interview sur Bleu Ile-de-France, je discutais avec la journaliste Caroline Lafargue qui me demandait quels endroits je conseillerais aux habitants de Paris intra-muros de visiter pour découvrir l'autre Paris, extra-muros. Je lui citais les boucles de la Marne, la Varenne, Chennevières, le plateau d'Avron ou celui de Vitry (ce n'est pas interdit non plus aux parisiens extra-muros ;-). Mais il y a aussi un "tourisme" que l'on peut faire en banlieue, celui du "laboratoire d'architecture" que celle-ci a constitué d'une certaine façon pendant l'entre deux guerre, avec par exemple la construction de nombreux superbes établissements publics dans lesquels se développe une architecture moderniste, art-déco, et qui se continue jusque dans les années 50. Romainville fait partie de ses villes et mérite une petite promenade architecturale, du cinéma le Trianon, aux différentes écoles et dispensaires.

à suivre...

Jean-Paul Chapon

Autre lien sur la banlieue laboratoire d'architecture à Maisons-Alfort

18.04.2008

C’est quoi aimer sa ville ? ou Petit traité sur les villes par Sibylle Vincendon

petit-traite-sibylle-vincendon.1208527443.jpg« Ce genre de choses, enfant, j’adorais. On passait devant un café – ou un magasin, je ne sais plus -, où il y avait une bouteille gigantesque et on criait : « T’as vu la grosse bouteille ?! » Trop beau. Je me souviens aussi d’un panneau publicitaire immense où une main versait, d’un paquet en relief, de la lessive figurée par des fils métalliques qui frissonnaient dans le vent et donnaient l’impression que la poudre tombait vraiment dans la bassine. Extraordinaire. » Mais voilà la petite Sibylle a grandi et maintenant elle ne voit plus la ville avec ses yeux d’enfant émerveillés. C’est dommage. Mais que cela ne vous empêche pas de lire son Petit traité des villes à l’usage de ceux qui les habitent. Les journalistes qui comprennent la ville, s'y intéressent et savent en parler sont trop rares. Et même si on n'est pas à 100% d'accord, tant mieux finalement, ça enrichit le débat. Alors, il ne faut pas bouder son plaisir et parcourir les pages de ce livre « écrit à la première personne » comme une promenade urbaine, et une invitation à la réflexion sur la ville d’aujourd’hui.

logo-val-de-fontenay.1208527500.jpgLors de la présentation qu’elle en faisait mardi dernier à la librairie le Genre Urbain, Sibylle Vincendon qui a longtemps dirigé les cahiers Villes de Libération, présente son projet. Expliquer la ville, telle qu’elle la voit aujourd’hui, une ville en proie à une « privatisation » faisant passer l’initiative en terme de développement et d’urbanisme ou plutôt d’urbanisation, de la sphère publique et politique, à celle du privé, des enseignes, comme la « ville franchisée » de David Mangin, une banalisation des centres villes, avec les mêmes enseignes et les mêmes rues piétonnes, les mêmes entrées de ville avec centres commerciaux, et Carrefours dans les deux sens du terme, le rond-point et la grande surface, les lotissements symboles de la non-urbanisation, bref, une ville qui n’est plus vraiment la ville.

montreuil-plage-6.1208527644.jpgEt jusqu’à un jugement sur les entrées de villes que ne renierait pas notre président urbaniste, Nicolas Sarkozy, lorsqu’elle écrit, « mais là, de l’alignement, il n’y en a plus du tout. C’est le n’importe quoi généralisé. Pas un élément ne contribue à une unification quelconque des lieux… L’invraisemblable bordel qui jalonne les routes est-il une forme de ville intéressante ? J’ai peur que non. J’ai beau regarder partout, je ne perçois pas une once de quoi que ce soit qui porte un imaginaire dans ces lieux. C’est juste massacré point à la ligne. » Au-delà de ce désamour - peut-être trop raisonné ou théorisé - pour les entrées des villes, une question est omniprésente dans le livre, formulée de multiples façons, sans que la réponse ne soit donnée : qu’est-ce qu’une ville ? Question qui se traduit par des expressions comme « toutes les vraies villes », comme s’il y en avait de fausses, ou ces « endroits que l’on croyait urbains par nature, ancrés dans la ville et dans l’histoire », la ville neuve peut-elle être urbaine ? Avec en corollaire, la question de la limite de ce qui fait ville et de ce qui ne l’est pas la ville, « le propre de ce fond d’arrondissement est de fonctionner comme une banlieue ». Où commence la ville, où finit la banlieue, dans l’espace ou dans la tête ?

vitry-rue-watteau-1.1208531879.jpgQuoi qu’il en soit, il faut lire le Petit Traité des Villes riche peut-être parce que schizophrène, entre la Sibylle qui raisonne la ville et celle qui l’aime vraiment. D’un côté la Sibylle qui raisonne la ville s’emporte contre sa privatisation, son uniformisation et sa banalisation. De l’autre, celle qui se souvient de son émerveillement d’enfant, « petite, j’admirais les immeubles modernes. Adulte, j’ai bien dû admettre qu’ils avaient poussé sur des destructions » et qui malgré tous ses préjugés sait encore magnifiquement retranscrire son émerveillement de petite fille devant la grosse bouteille et les fils d’argent qui « frissonnaient dans le vent ». Une des plus belles pages du livre, est celle consacrée à Dunkerque, avec le port, le Carnaval, la pluie, les SDF, les « drôles de plages dont sept sites industriels Seveso à risques forment l’arrière plan ». Mais aussi peut-être la réponse à la question, c’est quoi la ville ? « J’ai entendu deux retraitées dire à Dunkerque que leur port était beau. Les grues surtout… C’est quoi aimer sa ville ? Mentir à son sujet ? Prétendre qu’elle peut se mouler dans les rêves standard ? Ou l’aimer comme elle est, avec les rêves qu’elle a portés pour chacun ? Les intriques du carnaval, le port, les grues, c’est selon. On parlait d’attachement, ce jour-là à Dunkerque. »

Jean-Paul Chapon

Le Petit traité des villes à l'usage de ceux qui les habitent est publié chez Hachette-Littérature

02.03.2008

Paris a la pyramide de Pei, Fontenay a celle des Rigollots ;-)

La fontaine du carrefour des Rigollots, Fontenay-sous-bois, le 1er mars fontaine-des-rigollots-1.1204484939.jpg Quelque chose entre le monolithe de 2001 Odyssée de l’espace et la Meta sudans de la Rome antique est venu se poser au carrefour des Rigollots, entre Fontenay-sous-bois et Vincennes. Le monolithe était rectangulaire et la monolith2001a.1204485237.jpgfontaine romaine conique, mais comme le monolithe, la fontaine des Rigollots est sombre et brillante, et comme la fontaine de Rome elle est couverte de l’eau qui sourd de son sommet. La fontaine des Rigollots est une pyramide de granite, avec des diodes lumineuses, du blanc au bleu en passant par le vert, qui éclairent la masse sombre de la pierre et l’eau qui ruisselle sur ses côtés. Il paraît que l’accueil est plutôt mitigé, et là, la pyramide redevient monolithe…

fontaine-des-rigollots-2.1204485335.jpgfontaine-rigollots.1204485212.jpgmeta-sudans.1204485194.jpgfontaine-des-rigollots-3.1204485260.jpg

Jean-Paul Chapon

La photo de jour de la Pyramide des Rigollots vient du blogue de David Dornbusch mon "candidat" et ami dans le Val-de-Marne ;-)

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