28.05.2008
RER, tours et gouvernance, nouvel épisode du feuilleton du Grand-Paris
Depuis qu’il a découvert le RER A le Président de la République semble avoir redécouvert le mot gouvernance, et vouloir laisser les grands gestes architecturaux à Patrick Devedjian. Le Président du Conseil Général du 92 est tout fier de sa nouvelle tour pour la Défense, la tour Signal, dont il dit, comme le rapporte le Monde, qu'elle «sera l'édifice de référence d'un Grand Paris qui est en train de se dessiner » et d’ajouter, ce qui ne manque pas de sel ou au moins de certitude que « le cœur de ce Grand Paris, il battra naturellement ici, à La Défense, à la fois centre d'affaires et symbole de la puissance économique qui fait la force de nos sociétés ». Une bonne suite pour Charité bien ordonnée… Quant à la bataille du Grand-Paris sera-t-elle aussi une bataille de tours ? Entre celles que Bertrand Delanoë veut ériger en bordure de Paris intra-muros et celles que les communes limitrophes voudraient construire, on risque d’avoir une double anneau de tour autour du périphérique ;-)
Mais revenons au RER et aux nouveaux échanges entre les présidents, cette fois de la République et de la Région/STIF. A Orléans, Nicolas Sarkozy avait découvert le mauvais état de la ligne A, à Rungis, il comprend qu’il faut tout de même financer tout cela et du coup il annonce sur RTL en rentrant une rallonge de 250 à 300 millions d’euros via la RATP dont l’Etat est actionnaire. Au passage il en profite, avec des arguments assez Paris est sa banlieue je dois avouer, pour renvoyer le mistigri du côté de Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon : « Je veux bien avoir les épaules larges, mais enfin je ne peux pas être le seul à assumer les responsabilités. On ne peut être non plus président de la région, maire de Paris, dirigeant de collectivité territoriale et dire "excusez-moi, ce n'est pas ma faute, c'est les autres." »
Réponse immédiate de Jean-Paul Huchon Président de la région Ile-de-France et à ce titre du STIF, le Syndicat des Transports d’Ile-de-France , disant en substance que ce n’est pas 300 millions qu’il faut mais 17 milliards d’euros. Et de lister les besoins, pas moins de 7 milliards d’euros pour l’urgence (ligne 13, RER infrastructures et rames y compris la ligne A) et surtout d’appeler à la mise en œuvre d’un « projet pour les dix ans à venir, de 17 milliards d’euros, cohérent avec notre projet d’aménagement de la Région, à la mesure des défis environnementaux auxquels nous sommes confrontés. » Ah bon, c'était pas réglé par le SDRIF ?
Et Jean-Paul Huchon de préciser : « Au-delà des 7 milliards d’euros déjà évoqués, ce sont les crédits nécessaires à la réalisation du contrat de projets (signé avec l’Etat en mars 2007) et du "plan Banlieues " qu’il faut mobiliser et ce sont de grands projets qu’il faut financer, le prolongement du tramway des Maréchaux vers l’Est, le prolongement du RER E (Eole) à l’ouest ou encore les travaux de la future rocade ferrée Arc Express, par exemple. Je me propose donc de réunir autour de moi, ici à la Région, le maire de Paris et les autres Présidents de conseils généraux qui m’accompagnent au STIF et les représentants des sociétés nationales SNCF, RATP et RFF et j’invite les ministres concernés à se joindre à nous, pour convenir de nos participations respectives à ce plan et élaborer un modèle de financement original et complet. Nos collectivités sont prêtes à y prendre toute leur part. Je demande à l’Etat une contribution à la hauteur des enjeux ; je lui demande aussi de prendre ses responsabilités sur les plans technique et législatif pour accélérer les procédures, pour préparer les modes de financements innovants nécessaires à notre projet. J’attends bien sûr des entreprises nationales qu’elles participent à cet effort… »
Jean-Paul Huchon n’exclut pas le recours à l’emprunt comme les partenariats publics-privés (PPP) et il ajoute « dans ce cadre, que je veux efficace ; constructif et conclusif, je vous propose que les parties se réunissent dans les prochains jours et se donnent l’objectif de définir ce plan de 17 milliards d’ici l’été dans ses principes, et d’ici la fin de l’année dans ses modalités opérationnelles et financières. Là, à la fin de l’année, nous verrons qui est qui et qui peut faire quoi. »
Tout cela est vraiment intéressant et étonnant. Nicolas Sarkozy a raison quand il dit qu’il y a un problème de gouvernance. Si la proposition de Jean-Paul Huchon mérite d'être étudiée, comment expliquer que jusqu’à l’emballement médiatique autour du RER et des transports en communs parisiens en général, il considérait que le STIF faisait bien son travail, en témoigne l’ahurissante campagne de publicité que le STIF se paie en ce moment et que les banlieusards découvrent médusés sur les quais en attendant leur rame. De même pourquoi cet affolement quand jusqu’à aujourd’hui, on croyait que la réponse à la question des transports était réglée pour les 30 ans à venir par le SDRIF, le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France. Et aujourd’hui le SDRIFne suffit plus, il faut déjà réviser la révision en urgence ;-)
Plus sérieusement, oui, il faut un plan d’urgence, oui, il faut une vision globale et cohérente, oui, il faut recourir à l’emprunt et au PPP, et ne pas vouloir régler la question des transports dans l’agglomération parisienne à la petite semaine, avec un fonctionnement plan-plan de budget annuel chichement reconduit, après avoir pleuré et négocié des miettes de rallonges. Il était temps de se réveiller ! Et finalement, oui, il y a un problème de gouvernance de l’agglomération, puisque ce n’est qu’à travers des crises que l’on accepte de réagir, le dos au mur de la galère des usagers, et au bord de l’embolie de la ville. Un problème de gouvernance que met d’ailleurs piteusement en lumière cette continuelle rengaine de la défausse, entonnée par l’un puis par l’autre, pour finir en un vilain chorus de l’inefficacité et de l’immobilisme. Oui, Philippe Dallier a raison, "trop de pilotes dans l’avion". Et cela devient une habitude (que j’assume ;-), mais une fois de plus je dois signaler la réaction du sénateur Philippe Dallier qui dans un communiqué de presse se félicitait hier des déclarations de Nicolas Sarkozy sur la gouvernance du Grand-Paris, parce qu’aujourd’hui « personne ne sait qui décide ». J’aimerais sincèrement pouvoir saluer une déclaration similaire de représentants de gauche, du parti auquel j’appartiens par exemple, le PS, non pas pour politiser le débat, mais pour montrer que la question transcende les clivages politiques et que certains à gauche comme à droite ont compris que l’objectif du Grand-Paris et du besoin d’une nouvelle gouvernance répondait à la nécessité de donner son sens à une ville séparée, de la réunifier et de lui donner cohérence et solidarité, de la rendre gouvernable, non cela pas pour le destin politique personnel d’untel ou de tel autre, mais pour le bien de tous, de nous tous parisiens, banlieusards, tous grands-parisiens de part et d’autre du périphérique. Ne désespérons pas….
à suivre...
Jean-Paul Chapon
Photos: L'illustration de la Défense avec la tour Signal est celle publiée en une par le Monde daté du 28 mai 2008 Photo de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Rungis, AFP Nice-Matin Photo de Jean-Paul Huchon et Bertrand Delanoë, Stephane de Sakutin AFP/Archives 20minutes















Commentaires
Du fric, toujours du fric , il en faut toujours plus , tout est déterminé par çà, soit disant! Tous ces grands projets seraient utiles pour l'évolution et la rénovation de Paris , c'est indéniable. Où trouver ces milliards??? D'abord changer l'impot sur le revenu , mais pas comme d'habitude; il faut plafonner l'impôt sur le revenu à 40% pour les plus gros revenus, pour que la majorité des français milliardaires qui se sont expatriés depuis longtemps à cause des impôts reviennent dépenser et investir en France. Ce sont des centaines de milliards qui pourraient rentrer , et s'ils vivaient en France , les plus riches, ils dépenseraient en France aussi, d'où TVA, d'où recettes pour l'état, travail et richesse pour l'économie des Français. Et puis vendre aux enchères mondiales aux plus riches de la planète et aux gros investisseurs tous les palais , résidences , sites exceptionnels , propriétés , domaines etc ... qui ne sont pas absolument nécessaires à l'état, sont souvent sous-utilisés et couteux, et ramèneraient encore en France quelques milliards et leur heureux acheteurs!... Faire une refonte complète du fonctionnement de la caisse d'allocations familiales et ses coûts astronomiques, en favorisant strictement les français, en assurant un revenu décent simple et unique pour tous les vrais nécessiteux, à égalité, et virer tous les délinquants étrangers.Ne plus encourager les familles trop nombreuses qui pululent comme des chancres aux frais de la société . Faire une justice dure avec ceux qui ne respectent pas les lois, en les frappant là où çà fait mal: le porte -monnaie, y compris celui de leur famille et de tous ceux qui profitent de leurs méfaits. Reprendre aux voleurs, escrocs etc... les milliards qu'ils ont piqués, puis les neutraliser définitivement, les bannir. Là, encore, une justice efficace, juste, intransigeante avec la loi , de grosses amendes des peines sous caution comme aux USA, et des milliards récupérés pour le bien-être de peuple français qui en est digne. Des investissements massifs dans la recherche à haut profit (moteurs électriques , à hydrogènes, centrales électriques alternatives, médicaments, design, hautes technologies...) pour ne plus dépendre tant du pétrole et des créations de certains pays intelligents, et garder l'argent correspondant pour nous , en France. Et pour avoir les coudées franches pour établir ces programmes puissants, se désengager de la communauté européenne qui nous bloque, et coute plus qu'elle ne rapporte, en frais divers, taxes, amendes et chômage... Enfin , avec les milliards récupérés, le rachat par l'état et la nationalisation des meilleures entreprises ,implantées en France, qui font le plus de profit, pour que ce profit soit redistribué et bénéficie à tout le peuple Français. Et avec tout çà, on sort de la merde définitivement, comme la Suisse , en plus grand!!! Mais pour faire çà, pour le bien des Français, faut du courage, et nos minables politicards engraissés pour pas grand chose , au frais du peuple qu'ils méprisent , n'ont pas les couilles ni l'intelligence de le faire!!! Alors, virons les! A la place, des chercheurs, des scientifiques, des designers, des créateurs de génie, des ingénieurs , artistes et techniciens spécialisés brillants : beaucoup sont Français mais ils ont foutu le camp par manque de moyens pour travailler bien ici et à cause des impôts.... Changeons çà, et on sera les plus forts et les plus accomplis.... Cà vaudrait le coup, non?
Écrit par : Eric Basior | 08.06.2008
Prolixe mais intéressant:qui oserait le faire?et pourtant il faudrait qu'on osât le faire,ça c'est une vraie réforme!
Écrit par : jordan | 10.06.2008
la modernité n'est pas à rejeter si elle est respectueuse du patrimoine passé!
Écrit par : jordan | 10.06.2008
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