18.10.2008
"C'est la banlieue, et il y en aura de plus en plus !"
Je n'aime pas écrire deux notes dans la même journée, mais cette note est comme le pendant involontaire mais complémentaire de la note précédente, à la fois dans son apparente contradiction, et dans son illustration de l'impasse où s'engage notre société à ne plus vouloir/savoir gérer son évolution, impasse qui se traduit à Paris par le refus de la métropole dans sa diversité. Au contraire, on privilégie la ségrégation spatiale et sociale, ethnique aujourd'hui, le renferfement dans l'entre-soi, le traitement à base d'exception. Un mauvais cocktail se met en place qui ne pourra se traduire que par plus de violence, comme celle que l'on voit périodiquement exploser, soit en banlieue, soit dans le centre, à laquelle répondra une violence d'exception, comme celle présentée dans la note précédente, le tout dans un engrenage stérile et mortifère.
La soirée risque d’être chaude aux Halles. Lorsque je sors de la FNAC vers 19h00 la porte Berger est encombrée plus que de coutume, difficile de se dégager le haut des escalators. De l’autre côté, un périmètre de sécurité avec plusieurs dizaines de policiers autour du commissariat qui fait face à cette entrée des Halles. Que se passe-t-il ? Rien me répond une jeune policière. C’est pour faire joli que vous êtes là, alors ? Oui, c’est ça. Comment veut-on établir dialogue et confiance entre forces de l’ordre et citoyens ? Un flic un peu moins obtus que sa jeune collègue lâche quelques mots, bandes, affrontements, coups, tirer, c’est tout ce que je saurai. Eux sont là, Flash-balls à la main, la rue barrée de voitures et fourgons de police. En m’éloignant vers la Fontaine des Innocents, d’autres policiers avec boucliers escortent deux jeunes qu’ils ont arrêtés, ils sont protégés sur leur arrière par un cordon de policiers qui marchent à reculons, faisant face à la foule. Je reviens trois quart d’heures plus tard. Les positions ont changé. La tension est toujours aussi vive. Harcèlement des uns, auquel répondent les provocations des autres. De gros attroupements de jeunes, les policiers indiquent quelqu’un, tous l’ont vu, là-bas de l’autre côté de la place. L’excitation retombe. L’accès au RER est barré par la police mais si on contourne gentiment, l’accès est possible. Allez comprendre. La foule continue de sortir du Forum des Halles, jeunes, vieux, couples avec poucettes et gamins. De temps en temps on entend comme une détonation. Ils ont déjà utilisé les Flash-Balls me dit quelqu’un qui regarde comme moi. Les magasins accélèrent la fermeture. Je décide de prendre le RER pour rentrer à Fontenay.
Lorsque j'étais arrivé, une heure plus tôt, j'étais allé acheter le Monde au kiosque, en demandant ce qui se passait. C’est la banlieue, dit la dame, ils vont supprimer le jardin et il y en aura de plus en plus, voyez le résultat. Moi aussi je viens de banlieue, ça vous dérange ? La dame continue à hurler qu’elle, elle habite ici depuis 35 ans et que c’est chez elle. Une jeune fille noire dit qu’elle aussi vient de la banlieue, et que pourtant elle ne fait rien de mal. Et une dame qui ne se revendique pas de banlieue, vole dans les plumes de celle qui est ici chez elle depuis 35 ans.
Ce soir je suis en colère, car ces jeunes, ces bandes rivales, ces « banlieusards » désignés, font tout pour donner raison à la dame qui habite les Halles depuis 35 et refuse les autres, calfeutrée dans son entre soi. Ils sont des dizaines ce soir, ce sont des jeunes, ce sont des noirs surtout. Sont-ils des voyous ces jeunes qui s’affrontent ou font semblant pour provoquer la police ? Qu’importe, certains le sont certainement, tous ne le sont certainement pas. Mais surtout ils sont jeunes, ils sont la jeunesse de la France aussi. Et dans quelle société allons-nous vivre si nos jeunes sont des voyous, si nous devons enfermer notre jeunesse pour pouvoir vivre, comme la dame le fait tranquille et égoïste depuis 35 ans aux Halles. En rentrant je lis le papier du Monde consacré à la Marseillaise sifflée et aux réactions de Lilian Thuram. « Ce n’est pas un hasard si les sifflets surgissent lors de confrontations contre la Tunisie ou l’Algérie. Ils dénotent que ces jeunes ont malheureusement intégré le discours que leur renvoie la société, basé sur l’apparence : "Vous n’êtes pas d’ici, vous êtes des étrangers" Jeudi, j’ai croisé un gamin de 5 ans. Le gosse, qui est né en France, me dit qu’il est ivoirien et me demande ma nationalité. Je lui réponds que je suis français. Il me rétorque : "Mais tu es noir !" Combien de personnes dans la société française pensent spontanément qu’un Karim ou un Zinédine est français s’il ne joue pas en équipe de France ? »
Jean-Paul Chapon
21:28 Publié dans 2 - Société, vous, moi, nous... et la banlieue aus | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note















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