25.04.2010
Carte postale de BHV ou quand le Grand Bruxelles menace de faire éclater la Belgique
La crise belge ouverte par la démission de son gouvernement jeudi 22 avril dernier est un nouveau rebondissement de la querelle communautaire entre Flamands néerlandophones et Wallons francophones. Et il est vrai que pour qui visite la Belgique, il y a toujours une incompréhension devant la dureté des positions de part et d’autre de la ligne qui partage le pays, rien dans l’autre langue, et seul Bruxelles est bilingue. Je me souviens par exemple d’un ubuesque trajet en train de Liège à Bruxelles où après chaque arrêt la langue des annonces changeait, passant du français au néerlandais, puis à nouveau au français et encore au néerlandais, la ligne zigzagant de part et d’autre de la frontière linguistique, le tout pour aboutir à une annonce enfin bilingue en arrivant à Bruxelles. On peut comprendre l’origine de cette opposition, le riche passé Wallon et le mépris pour les pauvres Flamands du Nord, puis le retournement économique, avec une Wallonie appauvrie et une Flandre plus dynamique et conquérante qui ne veut pas avoir à supporter le sud francophone du pays. Pourquoi pas, une solution fédérale semblait être la réponse, mais une réponse qui montre bien ses limites, car elle cristallise la séparation communautaire. La Belgique est encore un pays jeune, et fragile. Mais il y a le cas de Bruxelles, et aujourd’hui le problème BHV, c’est à dire l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde.
Le journal Le Soir a publié vendredi 23 avril un supplément de 12 pages consacré à la crise. La dernière page est consacrée à une explication du problème BHV, un cas qui devrait intéresser les lecteurs de Paris est sa banlieue, car il pose la question d’une métropole, des solidarités et du jeu politique (politicien ?) au péril de l’unité nationale de la Belgique.
« L’arrondissement électoral et judiciaire de Bruxelles-Hal-Vilvorde couvre les communes de Bruxelles et 35 communes du Brabant flamand. Sa particularité est donc d’être à cheval sur deux entités, Bruxelles et la province du Brabant flamand, et surtout d’être traversé par la frontière linguistique. Les francophones y ont le droit de voter et d’être jugés dans leur langue. Le problème, c’est qu’en 2002, le gouvernement a réorganisé les arrondissements électoraux pour donner à tous la taille d’une province. Sauf pour l’arrondissement de Louvain et BHV. En 2003, la Cour d’arbitrage, saisie par les nationalistes flamands, n’a pas contesté le fait qu’un arrondissement puisse s’étaler sur deux Régions mais elle a constaté l’anomalie de cet arrondissement par rapport aux autres qui ont la taille d’une province. Cet arrêt est interprété par les Flamands comme une obligation de scinder.. » Les Flamands veulent donc scinder cet arrondissement en deux, d’un côté les communes flamandes dans un arrondissement flamand Hal-Vilvorde et de l’autre côté les communes de Bruxelles qui deviendraient un arrondissement. Et Le Soir explique qu’il s’agit de mettre un terme à la francisation de la périphérie bruxelloise, en coupant les ponts entre les francophones de Flandre et Bruxelles. Il s’agirait continue le quotidien francophone belge de « faire en sorte que la frontière linguistique devienne une réelle frontière d’Etat ».
Les Francophones de leur côté veulent « sauvegarder les droits acquis des francophones en périphérie. Comme le droit de voter ou d’être jugé en français. Ils veulent aussi préserver les droits des francophones habitant dans les six communes à facilités de s’exprimer en français dans leurs relations avec l’administration communale, d’avoir des écoles, des clubs sportifs francophones. Or ils constatent que ces habitants font de plus en plus l’objet de tracasseries et de discriminations de la part de la Région flamande (attribution des logements, inspection flamande des écoles, circulaire Peeters…). Autrement dit, que les facilités accordées aux francophones sont de moins en moins respectées ». Et Le Soir ajoute que les francophones « craignent que la scission de BHV et, avec elle, le clivage de la frontière linguistique enferme définitivement Bruxelles en territoire flamand » du coup, ils demandent en contrepartie de la scission de BHV de préserver et même « bétonner » les facilités, et d’étendre ces facilités dans des communes à fort peuplement francophone.
Puis on arrive dans le dur territorial, avec la proposition d’ « un élargissement de Bruxelles pour éviter son enclavement en Flandre. Concrètement, cela signifierait annexer des communes de la périphérie sud (les plus riches) pour rendre Bruxelles financièrement viable et non plus dépendante du gouvernement fédéral et des autres Régions. Ou plus simplement créer un « corridor » – même réduit à quelques centaines de mètres – à Rhode-Saint-Genèse pour établir un lien territorial entre la Région wallonne et Bruxelles. » Autant la question de la viabilité financière de Bruxelles peut se comprendre. Mais le plus ahurissant est certainement la proposition de corridor et la logique d’encerclement de la ville. Les Flamands voudraient en enclavant Bruxelles, garder la ville comme une possible capitale d’un Etat flamand explique Le Soir. Les Francophones voudraient la création d’un corridor pour relier physiquement Bruxelles à la Wallonie. La continuité territoriale est elle nécessaire à ce point pour garantir des droits ? La Belgique est une démocratie, ce n’est pas dans un pays en guerre, même froide. Ce n’est pas Berlin-Ouest isolé en RDA, Sarajevo en guerre ou Chypre divisée entre grecs et turcs. C’est simplement la Belgique, un des membres fondateur de l’Union Européenne. Un pays ouvert, créatif, et qu’on croirait tolérant lorsqu’on se promène dans les rues cosmopolites d’Anvers. Tout cela est attristant et encore plus atterrant. Je n’ai pas de parti pris dans cette crise, et je ne connais pas assez la réalité belge pour juger, les uns ou les autres. Mais en rentrant d’une petite semaine passée à Anvers, ville flamande que j’aime et d’une semaine de travail avec mes collègues belges que j’apprécie, la lecture du dossier du Soir m’a profondément choqué, et m’a renvoyé au Grand Paris, aux affrontements stériles et égoïstes, à l’incapacité de voir l’intérêt général, de la ville, de la métropole, de ses habitants, des citoyens et ici d’un pays.
Pour finir, voici les premières lignes de l'éditorial de ce numéro spécial du Soir. "La Belgique ce matin est toujours debout. Ou du moins ses restes. Son corps tuméfié. Elle respire mais par saccades, profitant du petit intervalle d’air qu’on lui a laissé jusqu’à jeudi prochain. Elle se relève et repart à l’attaque mais le cœur n’y est pas. Est-ce d’ailleurs raisonnable d’y croire encore ?" écrit Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir, en ouverture de cet éditorial qui fait la une de ce numéro spécial, titré Ce pays a-t-il encore un sens ?
Un dernier commentaire, je viens de réaliser en regardant la photo de la devise belge, "l'Union fait la force", prise dans la gare centrale d'Anvers, que c'est la seule chose écrite en français que j'ai vu pendant mon séjour à Anvers. En même temps, on pourrait se demander pourquoi, au-delà de l'origine historique de cette devise, elle n'est pas écrite dans les deux langues...
Sur le dossier BHV dans Le Soir
Jean-Paul Chapon

















Commentaires
"pourquoi, au-delà de l'origine historique de cette devise, elle n'est pas écrite dans les deux langues..."
Par ce que jusqu'en 1898 la Belgique était Francophone unilingue. C'était à l'époque un état centralisé bâti sur le modèle français très en vogue à cette époque (centralisation + révolutions libérales), la langue Française aussi était en vogue et les bourgeois de l'époque parlaient tous français wallons, brabant (Bruxelles), et bien sûr flamand. L'histoire à fait que les flamands ne se sont pas trop fransicé alors que les wallons si.
De plus Gand et Anvers sont les deux villes de Flandres ayant accueillis les plus grandes communautés francophones, pas wallonnes, francophone en Flandre. Les bourgeois flamands évoqué si dessus donc. Aujourd'hui"hui la plupart se sont soit cassé lassé par le contexte* ou attiré vers de plus riche contrées comme Bruxelles, soit on été reflamandisé.
*Anvers c'est le bastion des néo nazis du vlam's belang.
Écrit par : guilui | 28.04.2010
La démocratie est le problème en Belgique, comme dans beaucoup de pays... et parler de la beauté, de l'utilité, de l'avant-gardisme de l'Europe n'a jamais eu moins de sens...à moins que le monde entier s'oriente vers une crise économique aggravée ou les états font faillites, et ou les guerres civiles font florès! Finalement, c'est peut-être cela le modèle européen!!
Écrit par : ma chaussette | 29.04.2010
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