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02.07.2009

"Nous devons arrêter la machine à exclure de la société"

Aujourd’hui, premier épisode des procédures judiciaires après les émeutes de Villiers-le-Bel en 2007. Dix personnes comparaissent au tribunal de Pontoise pour « jets de pierre avec guet-apens contre la police » peut-on lire dans Libération. Depuis quelques jours, on sent monter la tension dans les cités et dans les colonnes des journaux. Voir par exemple Le Monde daté du 1er juillet qui titrait « Banlieues : le face-à-face entre jeunes et police se tend à l'approche du 14 Juillet ». Dans ce contexte, il est intéressant de revenir sur les déclarations d’Henri Guaino, le conseiller spécial du Président de la République Nicolas Sarkozy, dans le Parisien hier matin. Loin des racailles et lois anti-cagoules, loin des réactions vindicatives de Fadela Amara ou de Nicolas Sarkozy face à la voyoucratie après chaque attaque de police ou nuit d’émeute, Henri Guaino, s’il parle de la « sensation d’une violence énorme » décrit ce caillassage comme « un épisode ordinaire de la vie des policiers et des habitants de ces quartiers où se concentrent toutes les difficultés de la vie ».

Et lorsqu’on lui demande ce qu’il retient de la situation dans les banlieues, il répond : « Elle est très tendue. Il y a dans les banlieues une jeunesse formidable. Il y a aussi une partie de la jeunesse que nous sommes en train de perdre parce qu’elle est totalement désocialisée, sans repères, ni intellectuels ni moraux. Pour en venir à bout, il faudra beaucoup de générosité, beaucoup de fermeté aussi et beaucoup de République. Sinon, nous aurons la violence et les tribus. Ce serait une catastrophe. Nous devons arrêter la machine à exclure de la société. Sinon, quel monde laisserons-nous à nos enfants ? »

Des phrases encore ? Je ne sais pas, mais des phrases différentes, rappelez vous des réactions après les émeutes de Villiers-le-Bel, reprises dans une note de décembre 2007 de Paris est sa banlieue que j’avais titrée «Qu’attend-on pour fermer la fabrique à voyous ? » Fabrique à voyous, machine à exclure de la société, les mots comptent. A tel point que l’on peut lire aujourd’hui dans le Parisien, une nouvelle déclaration d’Henri Guaino « très impressionné » par le travail des policiers qui « accomplissent un travail extraordinaire dans des conditions extrêmement difficiles. Ils sont impliqués, professionnels, ils agissent avec beaucoup de sang-froid alors que leur sécurité est constamment menacée. Chaque jour ils évitent un drame. » Avec l’impression d’une mise au point pour contrebalancer l’interview de la veille.

Beaucoup de générosité, beaucoup de fermeté et beaucoup de République ? Il serait temps. Où en est ce fameux plan Marshall des banlieues ? Que fait Fadela Amara avec son plan Espoir Banlieues ? Peut-être qu’Henri Guaino, comme Paul sur le chemin de Damas a eu une révélation sur les routes de Montfermeil… A ce titre, il faut réécouter la chronique des Bosquets, la cité entre Clichy-sous-Bois et Montfermeil, qui passe aujourd’hui sur France-Info en illustration de l’ouverture du procès de Poissy, pour mieux comprendre.

Jean-Paul Chapon

10.06.2009

Paris-Métropole vu de Clichy-sous-bois

clichy-1.1244656132.jpg "Il est beau mon immeuble, hein, c’est ça il est beau !" cri de colère, quand je prends en photo la petite affiche qui indique le chemin vers l’Espace 93 Victor Hugo de Clichy-sous-bois, lieu du baptême de Paris-Métropole avec l’élection de son président. Le cri ne vient pas d’un jeune, d’un "encagoulé" ou d’une "racaille", comme ou pourrait s’y attendre à la lecture des journaux. Non, c’est une dame retraitée, élégante qui se rend avec ses amies dans un foyer pour le déjeuner. Je lève le malentendu, non je ne prends pas en photo son immeuble mais la petite pancarte Paris-Métropole, et j’essaie de faire un micro-trottoir à Clichy-sous-bois à propos de Paris-Métropole. Paris-Métropole, vous savez ce que c’est ? Et vous savez ce qui se passe aujourd’hui à Clichy ? Je lui montre l’affiche. Ah oui, c’est la seule qui est au courant, elle l'a noté sur son agenda avec un point d’interrogation, parce qu’on lui en a parlé, mais elle ne sait pas du tout ce que c’est. La discussion s’engage. Le problème ici c’est qu’on voudrait être tranquille, chez nous. Mais il y a "des sagouins. Des sagouins, pas des racailles… ils crachent dans les ascenseurs, ils dégradent tout, regardez le parc est beau, mais ça ne va pas durer, ils jettent leurs papiers", un groupe d’adolescentes passe en riant fort. « Quand ils ont 4 ans, ils nous disent bonjour, après c’est fini. Je ne sais pas pourquoi ». Des problèmes ? il y en a encore, là haut côté Montfermeil, et puis il y a aussi des cages d’escaliers qui brûlent, mais il ne faut pas en parler, pour ne pas tout relancer. Elle continue, « Monsieur le maire (Claude Dilain) a un cœur d’or, il est très généreux », et de préciser que bien sûr, la ville est pauvre, mais que ce n’est pas de cette générosité là qu’elle veut parler. Elle a lu le livre du maire, « Chronique d’une proche banlieue », et aussi celui de Bromberger, qui est venu chez elle pour lui poser des questions sur Clichy. Mais finalement, ce sont les transports le problème, le tram, quand va-t-il arriver ? Il y a bien les bus, mais le tram ça serait mieux, si l’autre maire le laisse passer.

clichy-2.1244656193.jpg Le micro-trottoir se fera sans vidéo, les gens me parlent mais ne veulent pas être filmés, tant mieux, ça évitera les clichés sur les couleurs et origines. J’ai rencontré des blancs, des noirs, d’origine française et étrangère, métropole et Antilles, turcs, portugais, etc ; sauf cas particulier, je ne le mentionnerai pas,. Tout de même pour mieux comprendre ce Clichy-sous-bois, tant symbolique à une quinzaine de kilomètres de Paris : dans la galerie commerciale il y a le Parisien au marchand de journaux, mais pas Libération, et à côté du présentoir du Parisien, il y a deux quotidiens turcs. Dans la boulangerie de la galerie, il y a des croissants, au café, tenus par des turcs, il n’y a pas de croissant, pour manger, le garçon me propose de la soupe de lentille.

clichy-3.1244656259.jpg Dans la galerie je rencontre un jeune, peut-être 25 ans, étudiant. Il m’explique qu’il est là depuis 10 ans, Paris-Métropole il n’a pas entendu parler. Le Grand-Paris ? pourquoi pas, mais pour ici ce qui manque d’abord, c’est la police de proximité. Les jeunes qui font des problèmes, c’est surtout une question d’éducation, des parents qui ne remplissent par leur rôle. "Ils sont surtout occupés au problème des revenus, avoir de l’argent, et le soir, ils font manger les enfants mais n’ont pas le temps de s’occuper des devoirs, ou de vérifier si les enfants vont bien à l’école. C’est dommage". Dans son pays, tout le monde est plus ou moins parent, alors dans la rue, on peut dire à un enfant d’arrêter les bêtises, et de retourner à l’école. Mais lorsque je lui demande pourquoi les parents ne pensent qu’à trouver de l’argent, il me dit que c’est difficile pour eux, "c’est la détresse", et alors c’est normal que ça occupe toute leur attention. Le cercle vicieux.

Vous habitez Clichy, "non, j’habite Sevran, mais je travaille ici à Clichy, à la poste". Paris-Métropole ? pas entendu parler. Comme d’autres, elle a bien vu qu’il y avait beaucoup de voitures garées entre la mairie et l’Espace 93, mais elle ne sait pas pourquoi. Je lui explique Paris-Métropole, le Grand-Paris et lui demande comment elle se définit. « "Sevrannaise" », pas parisienne, Paris elle n’y va pas souvent, c’est loin. Elle vient de Sevran à Clichy en voiture, parce que les transports elle n’aime pas, c’est compliqué, il faut changer.

clichy-4.1244656245.jpgElle a aussi remarqué les voitures, mais ne savait pas pourquoi. Paris-Métropole ? le Grand-Paris, pourquoi pas. "Si ça peut faire avancer les choses". Lesquelles ? "les transports". C’est le sujet qui vient en premier ou en second, lorsque le premier souci est la sécurité ou la police. Comme cet homme qui me dit qu’il a noté comme les gens sortent des gares des villes voisines en courant pour prendre les bus, de peur de ne pas avoir de place pour monter à Clichy. La ville, il y habite depuis longtemps, il aime bien, "c’est agréable", surtout maintenant qu’il a changé de quartier. Avant, il était du côté de la galerie commerciale. Les immeubles sont trop grands, il y a toujours des problèmes, mais maintenant il est un peu plus bas, dans des immeubles plus petits, et c’est bien. De toute façon, Clichy, à part il y a deux ans, c’est calme. Il n’y a que là-haut, du côté de Montfermeil, "là-bas, c’est dur". Paris-Métropole, il ne connaît pas non plus, le Grand-Paris, c’est peut-être trop grand pour être bien géré, mais en discutant, sur le projet de tram jusqu’à Clichy, il dit qu’effectivement, ce n’est pas Clichy tout seul qui va peser assez lourd pour qu’il arrive. Et quand je lui dit qu’il arrive bientôt, il éclate de rire, en disant que depuis qu’on l’attend, on n’est pas près de le voir à Clichy, qu’on a dépensé tout l’argent pour faire un tram qui passe dans les pavillons au lieu d’en faire un ici où il y a beaucoup de monde et pas de transports, mais que de toute façon, le maire de Livry-Gargan ne veut pas que le tram traverse sa ville pour aller à Clichy. Finalement, si le Grand-Paris peut aider là, c’est pas mal. De toute façon, il se sent parisien, il y va, y travaille, et quand il parle de là où il habite c’est Paris. Comme cette autre qui me dit que bien sûr elle est parisienne, même si elle habite Aulnay. Paris-Métropole, le Grand-Paris ? elle ne connaît pas. Mais quand elle est à Marseille, elle dit bien qu’elle habite Paris !

Elle, elle a longtemps habité Paris, dans le 17ème, c’était bien. Mais trop cher, trop petit. Ici elle a un F4 pour elle et ses deux filles. Elle a une alliance, j’imagine un mari aussi. Je ne l’ai pas demandé. Elle son problème à Clichy se sont les autres. Elle est la seule locataire dans son immeuble et la seule noire. Elle pense que c’est pour ça que les gens ne sont pas sympas avec elle, qu’il y en a même qui se dépêchent de fermer la porte quand elle arrive. Pourtant, à la Guadeloupe elle aussi elle est propriétaire, elle construit une petite maison. Alors elle voudrait aller ailleurs, déménager, pas à Paris forcément mais dans un endroit où les gens sont sympas. Paris métropole, non, elle ne sait pas ce qui se passe aujourd’hui à Clichy.

clichy-5.1244656424.jpg Après ces rencontres, je me retourne à l’Espace 93 pour suivre la partie ouverte de la réunion et la conférence de presse. Léger décalage lorsque le maire de Nogent, Jacques JP Martin (UMP)déclare que « Paris-Métropole doit parler à tous les habitants au travers de leurs élus », il y a visiblement encore beaucoup de travail à faire. Mais pour être honnête, il y a aussi des habitants de Clichy-sous-bois dans la salle, qui eux savent désormais ce qu’est Paris-Métropole. Et aussi une belle déclaration de Claude Dilain, le maire PS de Clichy, qui souligne à quel point il est important d’un point de vue symbolique d’avoir tenu cette séance à Clichy, pour le lancement de Paris-Métropole, et témoigner ainsi que même des villes comme la sienne ne sont pas oubliées dans les travaux du nouveau syndicat. Il n’y a pas longtemps, j’avais dit que Neuilly sur Seine aurait aussi été très symbolique pour tenir cette première séance. Je n’étais pas si loin de la réalité, puisque l’on a appris que Claude Dilain, maire de Clichy-sous-bois et Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly, se retrouvent en charge de la Commission Développement et Solidarité, plus qu’un symbole, ou peut parler de rupture.

c-dilain-j-jp-martin-p-mans.1244656645.jpg Beaucoup d’émotion et de remerciements pendant cette séance, hommage mérité à Pierre Mansat (PC) en particulier dont la ténacité est saluée, l’adjoint du maire de Paris, Bertrand Delanoë (PS) en charge des relations avec les collectivités, dont c’est un peu une consécration aujourd’hui. Amertume à peine voilée de Philippe Laurent le maire de Sceaux (NC), qui a retiré sa candidature à la présidence de Paris-Métropole au profit de celle d’Yves Le Bouillonnec (PS), maire de Cachan. Applaudissements du sénateur des Pavillons-sous-bois, Philippe Dallier (UMP) après la déclaration du maire de Sevran, Stéphane Gatignon (PC) lorsqu’il déclare qu’ "on ne peut pas en rester avec un syndicat mixte d’études basé sur le plus petit dénominateur commun" mais travailler à une structure politique démocratique. Et puis tout de même étrange séance, après les élections européennes, et certaines phrases qui font bien sentir qu’on est vraiment déjà en campagne pour les régionales.

Bref à suivre dans une prochaine note, mais avant, un point amusant sur les médias et la banlieue. Je me mêle à une conversation de journalistes dans la salle, c’est leur première venue à Clichy, l’une est venue en transports en commun, maintenant elle sait dit-elle, l’autre en voiture par la N3. Ils découvrent Clichy. Au moins, ils sont venus, mais je me demande comment on peut écrire sur les problèmes de la métropole et du Grand-Paris sans faire « du tourisme en banlieue », comme je le leur explique.

à suivre…

Jean-Paul Chapon

ps: Devant l'absence de commentaires et le faible nombre de visites depuis quelques temps, la publication de Paris est sa banlieue sur 20minutes.fr va prochainement s'arrêter. Si vous souhaitez conserver les liens que vous avez établis avec ce blogue, vous pouvez les rediriger vers la version du Monde.fr de Paris est sa banlieue http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr

06.06.2009

Les préjugés d’Arlette Chabot, ou de la banlieue et des professionnels ( ?) de l’info, suite…

arlette-chabot.1244269447.jpgLa campagne des européennes avait du mal à faire les gros titres dans les médias jusqu’à l’émission de France 2 « A vous de juger » qui a vu le désormais célèbre affrontement verbal entre deux des candidats. Ce n’est pas parce que la campagne est officiellement finie que je ne reviendrai pas sur cet échange, somme toute bien dans la tradition, on en a vu d’autres dans l’histoire de la république. Non, ce qui est étonnant c’est ce commentaire d'Arlette Chabot à propos de la tournure que son débat a pris, « Je n'ai jamais vu ça. C'est la culture banlieue qui entre dans le débat politique. Tous les coups sont permis. »

paris-en-toutes-lettres.1244269588.jpgPauvre Arlette, une vieille routière de la politique qui n’a jamais vu ça ! Et visiblement notre grande journaliste professionnelle n’a pas vu grand chose et n’est jamais beaucoup sortie de son microcosme politico-parisien. A moins qu'Arlette Chabot n'ait pris comme archétype de la "culture de banlieue" le désormais célèbre "Casse toi, pauv' con" proféré par un ancien élu de ladite banlieue ? Les clichés ont vraiment la peau dure, surtout quand ils sont entretenus par les soit disant professionnels de l’information, qui malheureusement propagent et entretiennent vers la plus grande audience ces clichés. Oser dire quand un débat politique mal maîtrisé tourne à l’affrontement verbal que c’est la « culture de banlieue » qui se manifeste, c’est ahurissant, au point de ne pas trouver de qualificatif : discrimination, stigmatisation, élitisme, mépris, égoïsme, ignorance et pour finir bêtise et inculture. Arlette Chabot, le plus minable dans cette histoire, c’est votre commentaire. Vous méritez hors concours le « mur du çon » de Paris est sa banlieue et je vous invite à venir en banlieue, vous savez, juste de l’autre côté du périphérique ou des millions (oui des millions, 8 et des poussières) de téléspectateurs vous attendent pour vous montrer leur culture ;-)

Jean-Paul Chapon

Tout mes remerciements à Pierre D pour son mail qui m’a fait sortir de mon tunnel professionnel de la semaine avec cette vilaine perle de l’info. Et j’en viens à me demander si je ne dois pas ajouter une nouvelle catégorie à Paris est sa banlieue consacrée qui s’appellerait la banlieue et les médias.

Et puis un autre "mur du çon" pour la Mairie de Paris et son affiche pour l'opération "Paris en toutes lettres", courageusement critiquée sur le site de Pierre Mansat, adjoint du maire de Paris Bertrand Delanoë, en charge des relations de Paris et de la banlieue. Une symbolique géographique bien caricaturale de la "culture de Paris" opposée à la "culture de banlieue" chère à Arlette...

ps: Devant l'absence de commentaires et le faible nombre de visites depuis quelques temps, la publication de Paris est sa banlieue sur 20minutes.fr va prochainement s'arrêter. Si vous souhaitez conserver les liens que vous avez établis avec ce blogue, vous pouvez les rediriger vers la version du Monde.fr de Paris est sa banlieue http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr

31.05.2009

Grand-Paris, de La Courneuve à Clichy-sous-bois en passant par Neuilly, en parler encore ou arrêter un vain combat ?

Une nouvelle fois, pas beaucoup de temps, ni pour bloguer, ni pour le reste, c’est que j’ai répondu dans un mail, qui s’inquiétait de mon absence de réaction, discussion avec un des fondateurs de la revue Criticat. Et finalement, je me permets de reprendre et compléter la réponse que j’ai faite.

Bonjour V., désolé de ne pas vous avoir répondu plus rapidement. J'ai bien reçu le premier mail et je voulais y répondre après réflexion. Mais je dois avouer que je suis très pris en ce moment, en particulier d'un point de vue professionnel mais aussi familial (voir les notes sur ma mère) ce qui me laisse peut de temps et de pensée libre, comme le montre le ralentissement des notes sur Paris est sa banlieue ;-)

Beaucoup de choses ont été écrites en effet sur le Grand-Paris après le discours de Sarkozy et l’ouverture de l’exposition sur les propositions des dix cabinets d'architectes, du bon, du moins bon et du pas bon, mais je reste sur ma faim. J'ai plutôt apprécié le travail des dix équipes, au moins il y a une réflexion qui va un petit peu plus loin que les quelques photos de tours parues à gauche ou à droite ou encore l'incontournable vue de nuit d'une improbable métropole Paris-Rouen-LeHavre.

Pour autant, je ressens une grande insatisfaction et une impression d'inachevé. Bref, que ce soit du côté des architectes ou des politiques, il y a toujours quelque chose qui me manque : la Ville au sens de communauté d'habitants. Désormais on nous montre d'un côté la ville des urbanistes et de l'autre la ville des politiques qui essaient peu ou prou de s'approprier celle des premiers, mais pas la ville des (grand-)parisiens. Et aussi je trouve cette ville parfois théorique, planifiée et rectifiée, mais aussi académique, toujours belle, comme ces esquisses de rues de banlieues avec pavillons dépareillés et fils électriques, métamorphosées en rue de lotissements de "maisons d'architectes", sans fils mais avec arbres. Le "beau" en banlieue non pas pour ses habitants, mais pour que la banlieue ne scandalise plus ceux qui la regardent de l'extérieur. Je caricature un peu, mais il y a là quelque chose qui me dérange. Une ville conçue comme un décor acceptable ou plus, mais pas une ville conçue dans sa fonction sociale et vivante, et les discours sur la sécurité de Sarkozy et consorts, campagne électorale oblige, ne font que renforcer mon sentiment de malaise aujourd'hui. On parle de supermarché de la drogue à La Courneuve*. Soit. Mais alors, il faudrait parler des consommateurs de la drogue de ce supermarché, et voir la relation dynamique entre la ville et la banlieue, et les fonctions de chacun dans cet équilibre : l'économie souterraine fait vivre du monde en banlieue, mais qui la finance, d'où vient l'argent, qui consomme quoi ? la banlieue, les cités, ou les beautiful people qui refusent de voir la ville telle qu'elle est mais voudraient tellement faire disparaître les fils des rues pavillonnaires et remplacer les maisons de meulière par des maisons d'architecte ?

Bref, je ne sais pas ou plus comment aborder le Grand-Paris, c'est peut-être aussi pour cela que je ralentis la cadence ? J'ai l'impression que le débat m'échappe, et presque qu'il ne m'intéresse plus. Fin d'un vain combat ;-)

Cordialement,

jpc/parisbanlieue

Et puis j’aurais pu ajouter ceci,

Dans dix jours, Paris-Métropole verra officiellement le jour à Clichy-sous-bois, joli symbole diront les uns, symbole un peu trop facile, comme si ouvrir Paris-Métropole à Clichy-sous-bois allait changer quelque chose au quotidien de ses habitants. Et quitte à faire du symbole, c’est peut-être à Neuilly-sur-Seine que j’aurais aimé voir baptisé ce Paris-Métropole, dans un Neuilly que David Martinon alors candidat UMP aux municipales qualifiait fin 2007 d’ « écrin unique en France, qui reste à l’abri des dérives de l’agglomération parisienne » quand le nouveau maire Jean-Christophe Fromantin, dont "la tête est mise à prix" selon un élu UMP cité par le JDD, Jean-Chrisotophe Fromantin qui revendique aujourd’hui la candidature à la vice-présidence de Paris-Métropole après avoir fait de Neuilly la bourgeoise une des première adhérentes du syndicat mixte alors que les élus UMP du 92 continuent à monnayer leur éventuelle adhésion ;-) Et j’y aurais invité les jeunes de Clichy et de Montfermeil, ceux de Villiers ou encore de Grigny à assister à Neuilly, ville (entr)ouverte, aux premiers balbutiements d'un Grand-Paris, même si le syndicat mixte Paris-Métropole reste une construction à l’ambition et surtout aux moyens bien trop limités, mais dont il faut tout de même saluer la naissance et lui souhaiter de faire avancer (si lentement pourtant) la construction d’un Grand-Paris solidaire et démocratique.

* Avant de conclure, pour revenir à l’expression supermarché de la drogue à propos de La Courneuve, je conseille la lecture de la tribune que la sociologue Marie-Hélène Bacqué et l'ancien chef de bande Lamence Madzou publient dans le Monde de ce week-end. Loin d’adopter une attitude d’angélisme ou de déni des trafics et de la violence, et dont voici les deux derniers paragraphes.

"Tout cela est, bien sûr, inquiétant, mais dessine une image beaucoup moins simpliste des rapports entre "jeunes des bandes" et "bizness" que celle que nous présente le discours officiel. A l'évidence, les enjeux sont ailleurs que dans ces quartiers populaires qui ne sont que l'un des points d'arrivée de trafics structurés. Il en est de même d'autres trafics organisés, comme ceux des voitures par exemple.

Il existe bien un danger de restructuration de trafics plus localisés mais contre lequel le fichage des jeunes et les mesures répressives sont pour le moins inefficaces. La société française n'est pas menacée par une horde de tribus ; elle met par contre en danger sa jeunesse et son avenir en restant impuissante face à l'industrie des stupéfiants, mais en tapant sur ceux qui en sont les premières victimes, sans pour autant leur offrir de perspectives sociales. "

ps: Devant l'absence de commentaires et le faible nombre de visites depuis quelques temps, la publication de Paris est sa banlieue sur 20minutes.fr va prochainement s'arrêter. Si vous souhaitez conserver les liens que vous avez établis avec ce blogue, vous pouvez les rediriger vers la version du Monde.fr de Paris est sa banlieue http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr

Jean-Paul Chapon

 

26.04.2009

Carte postale de banlieue, avec ouverture dominicale et glissement sémantique ;-)

auchan-ouverture-dimanche.1240772268.jpg Je n'avais pas du tout l'intention de publier quelque chose ce dimanche, même si j'avais pris la photo à tout hasard hier matin, samedi 25 avril en allant faire notre pélerinage hebdomadaire ou preque au centre commercial de Val de Fontenay ;-) Et puis, France-Info, Itélé ou LCI me passent en boucle l'annonce du projet de loi de Brice Hortefeux, le ministre du travail du gouvernement Sarkozy sur le travail du dimanche.

ouverture-exceptionnelle.1240772351.jpgAlors ce soir, je ne résiste pas à l'envie de faire le parallèle entre ces deux photos, prises au même endroit avec 5 mois d'écart. La mise en page est la même, pas très recherchée mais efficace. Le style est le même, pas très recherché non plus mais informatif. En fait un seul mot a disparu, glissement sémantique du mot ouverture appliqué à une grande surface. Exceptionnelle pour qualifier l'ouverture n'est plus nécessaire quand il qualifie une ouverture même pas dominicale, mais un jour simplement férié...

Jean-Paul Chapon

17.02.2009

Vivre et braquer au pays, ou quand le Figaro se désole que "Paris importe plus de la moitié de ses délinquants"

Ce matin, France-Info me réveille en annonçant que les « évadés de Moulins » ont été arrêtés dans le Val-de-Marne, à côté de Nogent-sur-Marne, près de Paris… Mais pas à Paris, bourgeois et bobos parisiens, dormez tranquilles même rétrospectivement ;-) Et cela me renvoie directement à l’article que le Figaro publiait lundi dernier. Le Figaro nous apprenait que la Préfecture de police de Paris bossait depuis un an sur un logiciel pour identifier « le lieu de résidence des voyous qui écument la capitale ». Et Christophe Cornevin, l’auteur de l’article auquel il aurait été dommage de ne pas décerner un mur de çon de Paris est sa banlieue* continue en expliquant que « l’enjeu est de taille pour cette ville mastodonte (sic) théâtre de quelque 236 527 crimes et délits l’année dernière. », et de préciser que ce « travail de bénédictin » permet de dire de façon statistique que « le franchissement du périphérique est devenu un sport habituel pour les malfaiteurs venus de banlieue ou de province. ». Bref, tout ça pour dire que « seules 47% des personnes mises en cause dans les vingt arrondissements sont originaires de la capitale » et que « Paris importe donc plus de la moitié de ses délinquants. » Après le slogan "vivre et travailler au pays", l’ineffable Christophe Cornevin, va-t-il lancer un "vivre et braquer au pays" ? A moins qu’il ne regrette dans un style "c’était mieux avant" lorsqu'il écrit « les métamorphoses de l’agglomération francilienne, qui compte désormais dix millions d’habitants, ont inversé la donne : la délinquance parisienne intra-muros représentait 1,5 fois celle de la banlieue en 1972. Elle ne cumule plus à présent que 25% des délits régionaux depuis que les bassins de délinquance ont germé dans le terreau des cités "sensibles" ! »

Etrange analyse, car dans son décompte, le rapport précise que 20% proviennent de proche banlieue, 10% de la grande couronne et le reste soit 22,5% « sont composés d’individus débarquant de province, de l’étranger ou sans domicile connu. » Et finalement, on pourrait aussi bien écrire que la plus grande partie de la délinquance à Paris intra-muros provient des 20 arrondissement avec 47% pour 2 millions d’habitants, alors que la banlieue n’arrive qu’en seconde position avec seulement 30% pour 8 millions d’habitants, et que par le nombre, la proximité géographique et la facilité des déplacements on pourrait s'attendre au contraire…

Etrange et surtout mauvaise analyse, symbole du NIMBY (not in my backyard, pas derrière chez moi), cultivé par certains avec étroitesse d’esprit et égoïsme, qui aimeraient ignorer les autres, ceux de l’autre côté du périphérique, incapables de reconnaître la réalité métropolitaine et ses conséquences aujourd’hui. La Ville est une, de part et d’autre du périphérique. Ce qui n’échappe pourtant pas à la Ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie qui demande une « pratique de la coordination qui soit systématique, quotidienne, permanente et renforcée », et qu’est mis en place un plan régional anti braquage.

Alors on peut se demander pourquoi le Figaro, sous la plume de Christophe Cornevin juge utile un pareil article qui ne fait que stigmatiser une partie de la ville contre l’autre, le Paris intra-muros, sans doute peuplé d’anges, et le Paris extra-muros peuplé de démons… Et il serait certainement plus intelligent et même urgent de se demander pourquoi la violence dans le 15ème, le 13ème, le 19ème et le 20ème la délinquance est à plus de 60% et même 74% pour le 20ème le fait de « locaux ». On peut aussi se demander parmi les causes de cette violence pourquoi il y a des guerres de territoires, pour défendre les trafics de drogue notamment, et se poser la question de la consommation de la drogue y compris dans Paris intra-muros, plutôt que de dresser d’autres frontières mentales, alors qu’elles sont déjà suffisamment fortes, rappelons-nous un article du Monde qui voyait dans le 19ème arrondissement "une banlieue intra-muros" !

à suivre…

Jean-Paul Chapon

* Merci au commentateur qui a suggéré cette attribution ;-)

18.10.2008

"C'est la banlieue, et il y en aura de plus en plus !"

Je n'aime pas écrire deux notes dans la même journée, mais cette note est comme le pendant involontaire mais complémentaire de la note précédente, à la fois dans son apparente contradiction, et dans son illustration de l'impasse où s'engage notre société à ne plus vouloir/savoir gérer son évolution, impasse qui se traduit à Paris par le refus de la métropole dans sa diversité. Au contraire, on privilégie la ségrégation spatiale et sociale, ethnique aujourd'hui, le renferfement dans l'entre-soi, le traitement à base d'exception. Un mauvais cocktail se met en place qui ne pourra se traduire que par plus de violence, comme celle que l'on voit périodiquement exploser, soit en banlieue, soit dans le centre, à laquelle répondra une violence d'exception, comme celle présentée dans la note précédente, le tout dans un engrenage stérile et mortifère.

 

les-halles-18-10-2008.1224356703.jpgLa soirée risque d’être chaude aux Halles. Lorsque je sors de la FNAC vers 19h00 la porte Berger est encombrée plus que de coutume, difficile de se dégager le haut des escalators. De l’autre côté, un périmètre de sécurité avec plusieurs dizaines de policiers autour du commissariat qui fait face à cette entrée des Halles. Que se passe-t-il ? Rien me répond une jeune policière. C’est pour faire joli que vous êtes là, alors ? Oui, c’est ça. Comment veut-on établir dialogue et confiance entre forces de l’ordre et citoyens ? Un flic un peu moins obtus que sa jeune collègue lâche quelques mots, bandes, affrontements, coups, tirer, c’est tout ce que je saurai. Eux sont là, Flash-balls à la main, la rue barrée de voitures et fourgons de police. En m’éloignant vers la Fontaine des Innocents, d’autres policiers avec boucliers escortent deux jeunes qu’ils ont arrêtés, ils sont protégés sur leur arrière par un cordon de policiers qui marchent à reculons, faisant face à la foule. Je reviens trois quart d’heures plus tard. Les positions ont changé. La tension est toujours aussi vive. Harcèlement des uns, auquel répondent les provocations des autres. De gros attroupements de jeunes, les policiers indiquent quelqu’un, tous l’ont vu, là-bas de l’autre côté de la place. L’excitation retombe. L’accès au RER est barré par la police mais si on contourne gentiment, l’accès est possible. Allez comprendre. La foule continue de sortir du Forum des Halles, jeunes, vieux, couples avec poucettes et gamins. De temps en temps on entend comme une détonation. Ils ont déjà utilisé les Flash-Balls me dit quelqu’un qui regarde comme moi. Les magasins accélèrent la fermeture. Je décide de prendre le RER pour rentrer à Fontenay.

Lorsque j'étais arrivé, une heure plus tôt, j'étais allé acheter le Monde au kiosque, en demandant ce qui se passait. C’est la banlieue, dit la dame, ils vont supprimer le jardin et il y en aura de plus en plus, voyez le résultat. Moi aussi je viens de banlieue, ça vous dérange ? La dame continue à hurler qu’elle, elle habite ici depuis 35 ans et que c’est chez elle. Une jeune fille noire dit qu’elle aussi vient de la banlieue, et que pourtant elle ne fait rien de mal. Et une dame qui ne se revendique pas de banlieue, vole dans les plumes de celle qui est ici chez elle depuis 35 ans.

lilian-thuram.1224357769.jpgCe soir je suis en colère, car ces jeunes, ces bandes rivales, ces « banlieusards » désignés, font tout pour donner raison à la dame qui habite les Halles depuis 35 et refuse les autres, calfeutrée dans son entre soi. Ils sont des dizaines ce soir, ce sont des jeunes, ce sont des noirs surtout. Sont-ils des voyous ces jeunes qui s’affrontent ou font semblant pour provoquer la police ? Qu’importe, certains le sont certainement, tous ne le sont certainement pas. Mais surtout ils sont jeunes, ils sont la jeunesse de la France aussi. Et dans quelle société allons-nous vivre si nos jeunes sont des voyous, si nous devons enfermer notre jeunesse pour pouvoir vivre, comme la dame le fait tranquille et égoïste depuis 35 ans aux Halles. En rentrant je lis le papier du Monde consacré à la Marseillaise sifflée et aux réactions de Lilian Thuram. « Ce n’est pas un hasard si les sifflets surgissent lors de confrontations contre la Tunisie ou l’Algérie. Ils dénotent que ces jeunes ont malheureusement intégré le discours que leur renvoie la société, basé sur l’apparence : "Vous n’êtes pas d’ici, vous êtes des étrangers" Jeudi, j’ai croisé un gamin de 5 ans. Le gosse, qui est né en France, me dit qu’il est ivoirien et me demande ma nationalité. Je lui réponds que je suis français. Il me rétorque : "Mais tu es noir !" Combien de personnes dans la société française pensent spontanément qu’un Karim ou un Zinédine est français s’il ne joue pas en équipe de France ? »

Jean-Paul Chapon

Robocops etdrones, Roméo et Juliette, racailles et gueux, ou quel Pan Marshall pour les banlieues ?

Trois ans après les émeutes de Clichy-sous-bois, il serait faux et même malhonnête de continuer à dire que rien n'a été fait pour les banlieues et leurs quartiers sensibles. D’accord on peine à reconnaître le Plan Marshall pour les banlieues promis par le Président de la République Nicolas Sarkozy dans le poussif et sous financé Plan Espoir Banlieues porté par sa secrétaire d’Etat à la ville Fadela Amara*. Mais à l’approche de la troisième commémoration ( ?) de ce triste événement, le Monde dans son édition datée du 18 octobre nous apprend que pour les banlieues « la France promeut un modèle anti-émeute d’exception ».

« Devant des responsables policiers des pays européens, l'état major de la direction centrale de la sécurité publique française (DCSP) a présenté, mardi 14 et mercredi 15 octobre, au cours d'un symposium réuni près de Lyon sur "les défis des violences urbaines", son modèle de maintien de l'ordre dans les quartiers difficiles. En recourant de plus en plus à la technologie et en spécialisant ses forces d'intervention, le ministère de l'intérieur met en place un régime d'exception pour les banlieues » écrivent Luc Bronner et Isabelle Mandraud du Monde.

Mobilité des escadrons pour répondre à celle des émeutiers, rapidité, mix d’effectifs en uniformes et en civil, mais aussi Flash-balls, balles en caoutchouc, caméras embarquées sur les véhicules et caméras individuelles agrafées à la poitrine des hommes, moyens aériens, hélicoptères et petits avions, en attendant les drones, sans oublier sur le plan judiciaire « une arme jugée "très efficace" : la possibilité de placer les émeutiers en garde à vue pendant 96 heures - comme pour les affaires de terrorisme. » Bref la police française serait « convaincue de disposer de techniques de maintien de l’ordre lui permettant de faire face à de nouvelles émeutes en banlieue. »

Mais est-ce vraiment ce genre de Plan Marshall que les banlieues attendaient ? Et développe-t-on ce type de réponse, parce qu’on a abandonné l’idée de chasser la cause de ces émeutes, comme pourraient le faire penser les inquiétudes grandissantes sur la dotation de solidarité urbaine, la DSU, et sur la poursuite des aides de l’ANRU. Qu’il s’agisse de causes sociales ou même pourquoi pas de voyoucratie et de racailles comme aimait les dénoncer le ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, va-t-on désormais assimiler cette délinquance urbaine à du terrorisme ? Et que veulent dire ces gardes à vue de 96 heures ? Car enfin, de quoi et surtout de qui parle-t-on ?

Hier j’entendais sur ITélé le défenseur du meurtrier du jeune Sid-Ahmed, le garçon de 11 ans tué à la Courneuve en juin 2005. D’une façon assez paradoxale il faisait entrer un peu d’humanité dans le débat autour de la violence dans les cités de banlieue. Il comparait l’affrontement entre les deux familles qui se solde par la mort d’un garçon pris entre deux tirs à une version moderne de l’histoire de Roméo et Juliette, une histoire d’amour impossible entre un noir et une beurette, sur fond de « préjugés ancestraux qui pèsent sur les différentes communautés ethniques ». Cela n’est bien sûr pas une excuse des causes de l’affrontement et ne saurait faire oublier la mort d’un gamin. Au contraire, ces « préjugés ancestraux » doivent être combattus, surtout lorsqu’ils peuvent entraîner de telles violences. Mais que l’on est loin de la version à base de guerres de territoires et d’économie souterraine, et du si tristement célèbre nettoyage au Kärcher de la cité des 4000 promis par Nicolas Sarkozy.

Et finalement, cela nous ramène toujours à cette revendication de l’association des maires de Ville & Banlieue, que j’aime relayer sur Paris est sa banlieue : "rentrer dans le droit commun" et ne plus être en situation d’exception, être comme les autres et avoir comme les autres. Tout comme cette réponse du maire de Sevran, Stéphane Gatignon, dans l’interview qu’il accordait récemment à Paris est sa banlieue qui s’écriait à propos du Plan Marshall des banlieues, « on n’est pas des gueux, on veut être traité dans le droit commun… le Plan Marshall, c’est quand on rentrera dans le droit commun ! » (voir la dernière question de l'interview)

Pour revenir à l’article du Monde et au super dispositif anti-émeute, les deux journalistes écrivent que si « de nombreux responsables européens ont salué le haut niveau de performance française en matière de maintien de l’ordre », certains ne cachaient pas leur scepticisme, citant un responsable policier d’un état voisin « la police française envoie des Robocop en banlieue mais ne peut plus parler avec les habitants. Nous, on fait le choix d'envoyer des hommes pratiquement sans équipement pour avoir un dialogue ». C’est peut-être ça aussi rentrer dans le droit commun.

Jean-Paul Chapon

* A propos de l'avancement du Plan Espoir Banlieues, la consultation de liste des communiqués de presse est assez instructive, avec comme thème principal, la rubrique "déplacements" ;-)

21.09.2008

Une "banlieue intra-muros" ? Et si on envoyait la rédaction du Monde en "banlieue extra-muros"...

Dans son édition datée du 20 septembre le Monde publiait un article expliquant la situation du 19ème arrondissement de Paris, et particulièrement de la zone des cités Curial et Riquet au Nord de cet arrondissement dont on précise qu'il est « à la frontière avec la Seine-Saint-Denis », et qui a connu ces derniers mois plusieurs épisodes d'affrontements violents entre jeunes ou bandes, dont le caractère crée polémique aujourd'hui, ethnique ou non, antisémite ou pas. S'appuyant sur un étude, l'article cite le taux élevé de familles monoparentales, "l'appauvrissement", le "taux d'échec élevé" et le "faible niveau scolaire", des élèves sans repères, une "culture de rue bâtie sur le défi, la réputation et le territoire", une "atmosphère de rivalité", puis décryptent les mécanismes qui conduisent à l'affrontement. Bien.

Mais pourquoi titrer "Au Nord du 19ème arrondissement, une banlieue intra-muros" ? Quelle banlieue et pourquoi banlieue ? Les auteurs ou du moins les titreurs avaient-ils en tête Neuilly-sur-Seine ou Le Vésinet, lorsqu'ils ont pondu ce titre ? A moins qu'ils n'aient été inspirés par une visite récente au Raincy ou à Levallois-Perret. Mais non, il s'agissait sans doute de La Varenne-Saint-Hilaire ou de Ville d'Avray. La liste pourrait être longue...

Etonnant exemple de ce réflexe NIMBY (Not in my back-yard), de l'entre-soi et de le l'intégration de la relégation dans la représentation mentale de la Ville. La violence, c'est là-bas en banlieue, ce n'est pas ici, chez nous dans la Ville, la vraie, dans Paris. Un peu comme ce triste communiqué de presse de la ville de Paris au plus fort des émeutes de 2005 pour ne pas effrayer les touristes et autres visiteurs étrangers; la violence c'est toujours hors de la ville, et on peut la nommer, elle s'appelle « banlieue ». Ce sont les descentes des bandes de banlieues sur les manifestations de gentils jeunes parisiens ou encore dans les gares fréquentées par les bons travailleurs parisiens (et sans doute pas par les banlieusards ?), et si les bandes habitent à Paris, alors c'est que leur quartier est une « banlieue intra-muros ». Etonnante vision ou perception de la ville, idéale, supérieure et sanctuarisée par sa ceinture de périphérique comme par un muraille médiévale qui l'aurait mise à l'abri de l'avancée de la peste.

Faudrait-il déplacer en banlieue la rédaction du Monde, et y envoyer en immersion d'autres leaders d'opinion, pour qu'ils finissent par se rendre compte qu'à Paris comme en banlieue, les mêmes causes peuvent produire les mêmes effets. Qu'il ne s'agit pas d'un problème d'organisation spatiale, mais d'organisation sociale et économique, de notre société, de celle d'une métropole unique, sans que périphérique ou plaques d'immatriculations ne soient les bases de leur analyse et de leur réflexion ? Qualifier de phénomène de banlieue a finalement beaucoup d'avantages, on botte en touche géographique et administrative pour y reléguer la question de la société dans laquelle nous vivons et que nous acceptons. On nomme, c'est la banlieue, on catégorise, un peu comme un entomologiste, mais aussi on discrimine et on relègue. C'est la banlieue, et quand ça arrive à Paris, la seule façon d'en parler, c'est de nommer pour circonscrire le mal et l'écarter. C'est comme la banlieue, les autres, pas nous.

Depuis des années maintenant, Paris est sa banlieue milite pour la création d'un Grand-Paris. Parce qu'il y a un mille-feuille administratif indigeste et innefficace, bien sûr, et que paradoxalement, à force d'avoir une armée de petits pilote locaux, il n'y a pas de pilote dans l'avion d'une des grandes métropoles du monde. Mais surtout parce que le Grand-Paris, surtout s'il est très grand, fera de facto disparaître en la rendant sans objet cette notion de banlieue, de centre et de périphérie. La question principale n'est pas de savoir si ce Grand-Paris sera polycentrique ou qu'elle en sera la gouvernance, et encore moins s'il y faut des gestes architecturaux majeurs. Mais plutôt que ce Grand-Paris réunira et créera d'une certaine façon une solidarité entre ce qui est l'intra-muros et l'extra-muros, ne serait-ce que par le nom. Il incluera les problèmes hier de banlieue dans ceux de la ville, et de problème spatial, il forcera à être reconnu comme problème social. Les émeutes ne seront plus en banlieue, à Clichy ou à Villiers, mais dans un quartier populaire de Paris, les violences ne seront plus dans le 19ème ou à Grigny, mais dans un autre quartier de la ville, et il faudra se demander pourquoi Paris, le Grand, génère ces violences.

Jean-Paul Chapon

25.08.2008

Jamais sans mon département ?

manuel2.1219684566.jpgLors de mon court séjour dans le 84, avec petite incursion dans le 13, à bord de ma C3 immatriculée 60 - (Soissons ? me demandera-t-on. Non, Avis Avignon TGV :-) - j’entendais sur France Info des élus du collectif « Jamais sans mon département » s’exprimer sur la défense du 24, si ma mémoire est bonne. De retour dans notre maison de famille de Châteauneuf de Gadagne (84470), je tombe sur le livre de géographie de la classe de première de ma mère. Il s’agit du programme du 30 avril 1931. Cherchant ce que l’on dit de Paris (j’y reviendrai) je tombe sur le chapitre Population Organisation Administrative

Et voici ce que les programmes de l’éducation nationale apprenaient aux élèves des années 30 et 40 sur le sacro-saint département français.

« La division administrative en départements n’est pas géographique »

departements-magnard-1931.1219684730.jpg« La France est une république, au gouvernement démocratique et parlementaire, mais à l’organisation administrative très centralisée, fondée sur la division en départements, où le préfet, assisté d’un conseil général, fait exécuter les décisions prises par les ministres, à Paris. Il y a (Algérie non comprise) 90 départements (le territoire de Belfort a été récemment transformé en département). Ce sont des divisions artificielles* et qui ne correspondent à aucune réalité géographique. Un même département peut contenir des régions différentes (massif ancien, plaine sédimentaire). Une même région est souvent divisée en plusieurs départements. Les départements n’ont pas fait oublier les anciennes provinces dans lesquelles ils ont été taillés. « Personne en France ne se dit « Côte d’Orois », mais Bourguignon, « Indrois » ou « Cherois », mais Berrichon, « Puy de Dômois », mais Auvergnat… (Granger, La France.)… D’autre part, le département créé par l’Assemblée Constituante, à une époque où les communications étaient lentes, est aujourd’hui un cadre trop petit. Avec le chemin de fer, l’automobile, le téléphone, la T.S.F., un préfet pourrait administrer un bien plus grand territoire. D’autre part, le développement des voies de communication et l’existence des grands magasins, permettent au paysan de faire ses achats dans les grandes villes, et non plus au marché local. Cet état de fait constitue de grandes unités naturelles ayant leur capitale. Il y aurait avantage à réunir plusieurs départements représentant des sols, des productions, des modes d’activités communs. De là est né le projet de régions (une vingtaine), qui ne ressusciteraient pas les vieilles provinces, mais qui correspondraient à de grands groupes économiques ayant à leur tête un conseil général. »

manuel1.1219684671.jpgIl faudra attendre 50 ans après le programme de ce manuel scolaire pour voir officiellement apparaître les régions en 1982, mais sans pour autant faire disparaître les départements, ajoutant simplement une couche de plus à l’indigeste mille-feuille administratif français. Je n’ai pas la religion du département, et parmi les 300 propositions d’Attali, la disparition du département n’était certainement pas la plus mauvaise. Paris est sa banlieue pour le projet de Grand-Paris de Philippe Dallier, qui propose de fondre Paris et les départements de la petite couronne, pardon les 75, 92, 93 et 94 en une seule nouvelle collectivité territoriale, même si Philippe Dallier se défend que son projet pour le Grand-Paris soit un projet test pour le reste de la France, le cas de Paris est suffisamment spécifique pour mériter une solution ad hoc.

Jean-Paul Chapon

* Les mots sont en gras dans le manuel

 
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