La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

10.08.2008

Trêve olympique ?

Beijing, 10 août 2008
treve-olympique.1218388786.jpg Je ne sais pas qui est responsable, qui a commencé, qui a provoqué jusqu'à la faute. J'ai vu les photos, les destructions, la détresse et les morts. Et le traitement médiatique, si étonnant que l'on ouvre plus souvent sur les jeux que sur cette guerre d'août, là-bas de l'autre côté de l'Europe, entre la Géorgie et la Russie.

Alors souhaitons que la puissance médiatique des jeux donne à cette photo, l'étreinte de paix de l'athlète géorgienne avec l'athlète russe dans sa simplicité spontanée, un peu de la force qu'eut en son temps celle de Tommie Smith et John Carlos à Mexico en 1968. Si les jeux olympiques servaient au moins à ça  ! On peut toujours rêver...

Jean-Paul Chapon

ps : j'ai entendu parler de cette scène sur France-Info en fin d'après-midi. J'ai regardé en boucle Itélé ce soir avant de zapper sur France 24. Je n'ai pas entendu une seule fois parler de cet épisode de paix aux jeux. C'est désespérant...

23.07.2008

Chasse au Jack Lang et aménagement du territoire, ou c’est à se demander si pour le PS la Poste ne sent pas un peu le gaz ;-)

Hier soir, sur Itélé ou LCI à l'occasion de l'annonce du projet de changement de statut de La Poste, je voyais Christine Lagarde, notre ministre de l’Economie, jurer ses grands-dieux, promis juré craché, croix de bois, croix de fer, si je mens je reste à Bercy, que jamais La Poste ne serait privatisée, que tout ça, ce n'était que de méchantes arrières pensées. Tiens ça me rappelle un autre à Bercy il y a quelques temps déjà qui jurait, croix de bois, crois de fer, si je mens je deviens président, que jamais l'Etat ne descendrait à moins de 70% dans Gaz de France ou encore que jamais Gaz de France ne serait privatisé. Dans le style plus c’est gros mieux ça passe, c’était tout de même assez marrant de la part de notre impayable ministre de s'engager sur le maintien de La Poste dans le public, le jour de la première et calamiteuse (et en plus je suis actionnaire ;-) cotation de GDF-Suez en bourse.

Une réaction de l’opposition ? Non, surtout pas, car hier soir le Parti Socialiste (mon pauvre parti) avait autre chose à faire et à dire. Hier soir, c'était haro sur Jack Lang, qui a voté la réforme de la Constitution, se mettant lui-même en marge du PS. La voix de trop, c’était lui (même s’il y en a deux), la voix de la honte pour certaine. Alors même si je ne suis pas un fan de Jack Lang, je dois reconnaître avec lui qu’en fait de discipline de parti on en a vu d’autres au PS, il n’y a pas si longtemps encore… Mais le plus grave, c’est de mobiliser toute cette énergie sur un Jack Lang. Et à la limite, on s’en tape. N’y a-t-il pas plus urgent et plus important que d'exécuter Jack Lang ?

Car hier soir, quitte à s’emporter ou s'inquièter, il y avait la Poste et son changement de statut. Mais est-ce encore une priorité pour un PS concentré sur son prochain congrès que de s'élever contre un risque de privatisation de La Poste, point d'orgue de la mise à sac d'une vision de l’aménagement du territoire français et d’une société solidaire, pour laquelle le "désert français" était encore ce qu'on ne voulait pas. Alors après la fermeture des tribunaux, celle des hôpitaux et des maternités, des casernes, des gares trop petites, des lignes pas rentables, et déjà des bureaux de poste, que restera-t-il de la France qui se lève tôt, parce que pour aller à la gare, il faut faire tant de kilomètres en voiture ou en car, parce que pour aller à l’hôpital, il faut en faire le double, parce que pour poster un courrier, il faut avoir de l’imagination, parce qu’il n’y a plus rien, parce que ce n’est pas rentable, parce qu’on aurait pas dû naître là, ou venir là pour essayer d’y vivre.

Mais non, il est plus urgent de se faire Jack Lang, comme si un sacrifice expiatoire pouvait tenir lieu de programme. Que le PS, mon pauvre parti, se ressaisisse et se réveille. Il y a tant de problèmes sérieux en France aujourd'hui. L'aménagement du territoire, concrétisation d’une vision de la France et de la société, sera l'enjeu de demain, un peu comme un plan Espoir Banlieue à l'échelle du territoire dans son ensemble, sans jouer une partie de la France, la France des grandes villes, la France rentable et équipée, contre l'autre, la France rurale, celle des petites villes, trop petites pour être rentables. et pour éviter de vraiment créer ce désert français qui menace de s'étendre un peu plus jour après jour, fermeture après fermeture...

Jean-Paul Chapon

Sur le même thème, Paris est sa banlieue avait publié il y a quelques mois une note intitulée Terrain à vendre, sans tribunal, ni maternité, ni gare ;-)

14.07.2008

"C'est déjà de la Gouvernance ! ", Pierre Mansat revient sur les Assises de la Métropole et la création d'un syndicat mixte ouvert

Dix jours après les Assises de la Métropole, Pierre Mansat, adjoint du maire de Paris, Bertrand Delanoë, chargé de Paris-Métropole et des relations avec les collectivités d’Ile-de-France fait le point avec Paris est sa banlieue. Il se prépare à des vacances studieuses, comme les membres du bureau de la Conférence Métropolitaine, qui vont travailler à la préparation des statuts du Syndicat Mixte Ouvert et inviter les collectivités de la zone dense à y adhérer. Il l’appellerait bien Paris-Métropole, ce syndicat mixte ouvert qui pour lui est déjà de la Gouvernance, bien qu’il le considère comme une étape transitoire et non un aboutissement. Mais sans brûler les étapes, on pourrait aller de la gouvernance au gouvernement démocratique de la métropole. Pierre Mansat n'aime pas l'option dite de la "Marguerite" pour la zone dense et question intercommunalités, il n’est pas loin de l’opinion du sénateur UMP Philippe Dallier, en les traitant de contresens de l’histoire. Il regrette que le fait métropolitain n’ait pas été assez présent aux Assises de la Métropole. Donc une nouvelle étape dans la construction de Paris-Métropole, en passant d’une Conférence Métropolitaine sans structure organisationnelle à une réunion de collectivités devenant une structure ou une force politique pour dialoguer avec l’Etat. Pierre Mansat considère qu’il y a des possibilités de se rencontrer avec Christian Blanc dans sa démarche, mais rappelle ce dernier appartenant au Gouvernement que ce dernier pourrait donner des preuves de son amour pour Paris et la métropole à travers des actes forts, notamment en finançant les infrastructures de transports.

Interview enregistrée le 9 juillet 2008 à l'Hôtel de Ville de Paris (avant la nouvelle sur Vélib')

Les premières Assises de la Métropole se sont tenues il y a une dizaine de jours, elles ont débouché sur l’annonce de la création d’un Syndicat Mixte Ouvert d’Etudes. Et maintenant, que va-t-il se passer ?

Syndicat Mixte Ouvert d’Etude, ça fait un peu « machin », et ce n’est pas avec un intitulé pareil qu’on a des chances d’intéresser les parisiens et les faire adhérer au débat sur le Grand-Paris. Alors ce Syndicat Mixte Ouvert aura-t-il un nom ?

Des groupes de travail vont se mettre en place à la rentrée, logements, transports, économique, gouvernance, etc. Qui va y participer ? La société civile, les acteurs économiques, les associations qui avaient été annoncées lors de la Conférence Métropolitaine de Vincennes, mais qui n’était pas aux Assises, pourront-elles le faire ? Si moi association, je souhaite participer à un groupe de travail, je m’adresse au bureau de la Conférence Métropolitaine ?

Comment va fonctionner ce syndicat, il sera un interlocuteur du Gouvernement, éventuellement force de proposition sur des questions de péréquation, réforme du FRSRIF, taxe professionnelle, rééquilibrage, etc ?

Que penses-tu de la demande de moratoire sur les intercommunalités que Philippe Dallier a adressée à Nicolas Sarkozy ? On entend parler de la volonté de l’ACTEP de se transformer en Syndicat Mixte Ouvert également, Montreuil a aussi des idées. Ne court-on pas le risque de créer des grosses entités qui passent de l’émulation à la rivalité ?

Lors des Assises de la Métropole le maire de Paris a dit une phrase très forte : « Paris n’appartient pas qu’à ses citoyens… on doit un certain nombre de services aux autres qui sont des usagers de Paris intra-muros. » On a l’impression qu’avec cette phrase, comme en écho a sa déclaration il y a quelques mois de « Paris est plus grand que Paris ». Il semble donner une clé du fait métropolitain, qui est loin d’être une évidence pour tous. Il a par ailleurs qualifié le syndicat mixte « d’étape qui convient pour aujourd’hui », mais on a bien vu dans les différentes prises de positions, que pour certains, le Syndicat Mixte Ouvert était un achèvement et pour d’autre un départ. Quel est ton point de vue  ?

Les Assises de la Métropole ont été un élément fédérateur et fondateur, qui gomme d’une certaine façon (au moins de façon temporaire) le clivage gauche-droite, et rassemble dans la même direction. Philippe Dallier pousse même un cri du cœur dans la Gazette des communes. Il déclare que dans le débat sur le Grand-Paris c’est de Pierre Mansat qu’il se sent le plus proche, parce que « Il croit au fait métropolitain et il a une vraie vision de la gouvernance » C’est réciproque ? Plus sérieusement, quelle est ta vision de la gouvernance ? Peut-on dire que le syndicat mixte ouvert d’étude, c’est de la gouvernance ?

Quand Christian Blanc déclare « Le syndicat mixte proposé par les collectivités sera utile pour le Grand Paris, car la complexité est telle que la prise de décision est très difficile. Nous nous appuierons sur cette instance, en particulier sur ses groupes de travail. », on a l’impression qu’il s’agit d’une bénédiction du Gouvernement, surtout quand il ajoute que le CIAT n’était qu’évoqué par Nicolas Sarkozy. D’un autre côté on a souligné dans certains médias l’insistance que Bertrand Delanoë mettait sur le développement économique, sujet cher à Christian Blanc, la volonté que Paris participe à cet effort de dynamisation, dans une perspective d’interdépendance. Donc pour l’instant c’est l’apaisement, on va vers une coopération et un co-développement dans travail sur le Grand-Paris ?

Jean-Paul Chapon

11.07.2008

Grand-Paris, la preuve par Vélib', suite et pas fin !

Les lecteurs fidèles de Paris est sa banlieue risquent de ne pas en croire leurs yeux. Mais si, voici une note à propos de Vélib’, sans critique, sans réserve, simplement pour saluer la décision du Conseil d’Etat qui vient aujourd’hui de donner raison à la Ville de Paris qui pourra étendre le service Vélib’ en banlieue. Le Conseil d'Etat a en effet annulé l’ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de paris du 2 janvier 2008 qui empêchait l’extension par Decaux du service de vélos en libre service en proche banlieue. Fin d’une longue passe d’armes juridique entre Clear Channel, le concurrent malchanceux de Decaux et Paris. La Ville de Paris pourra donc « élargir le service rendu aux usagers en accroissant le nombre de vélos disponibles ainsi que l’aire de fonctionnement du système. » Donc 300 stations Vélib’ seront installées en banlieue, « à l’intérieur d’une couronne de 1500 mètres de largeur. » comme l’avait autorisé le Conseil de Paris.

D’accord, ce n’est pas le Pérou diront certains, et Créteil va certainement continuer son projet, comme Montreuil ou le 92. Oui, mais le symbole mérite d’être salué, et la preuve par Vélib' soulignée à sa juste valeur. Dans un communiqué de presse le maire de Paris, Bertrand Delanoë, dit qu'avec l'extension du système Vélib' sur le territoire des 30 communes riveraine de Paris, on va "améliorer le service rendu par la création d'un lien entre ces communes et la Capitale". C'est vrai, le Grand-Paris, qu’il soit Paris Métropole ou simplement grand, continue d’avancer, et ce soir, cette nouvelle met Paris est sa banlieue de bonne humeur ;-)

Jean-Paul Chapon

27.06.2008

"L'immobilisme est mortifère" - Assises de la Métropole, suite

assises-delanoe-huchon-baro.1214589733.jpgMercredi 25 juin aux Assises de la Métropole, on n’a pas parlé que gouvernance et institutions. On a aussi beaucoup parlé solidarité, péréquation, mutualisation. Ce n’était pas exactement les bisounours, mais beaucoup d’indignation et la volonté apparente de rechercher a solution, à travers un consensus, plus ou moins mou. Beaucoup de professions de foi, comme Bertrand Delanoë, le maire de Paris déclarant qu’il n’y aurait pas de dynamisme de certains territoires, si d’autres ne l’était pas, soulignant l’interdépendance de toutes les composantes de l’agglomération. Jean-Paul Planchou, président du groupe PS au conseil régional pointe l’insuffisance du FSRIF, le fond de solidarité de la région Ile-de-France, que l’on a proposé de faire passer de 180 à 500 millions d’euros, pour que garantir à toutes les communes 75% de la ressource moyenne régionale, et Bertrand Delanoë répond « on serait plus nombreux à faire plus, ce serait mieux, et Paris est prêt à faire plus », demandant que l’on soit ambitieux et imaginatifs en terme de solidarité.

assises-devedjian.1214589996.jpgA se demander comment avec autant d’envie de solidarité on aboutit de tels déséquilibres, comme celui pointé par le maire de Vanves, Bernard Gauducheau, rappelant que 6% des communes regroupent 50% du logement social, quand 50% des communes n’ont pas de logement social. Claude Bartolone, président du Conseil général de Seine-Saint-Denis glisse alors à propos de ces professions de foi de solidarité « qu’au-delà des réflexions sur l’amour, il y a aussi des preuves d’amour », et qu’il ne fallait pas en rester aux constats alarmants mais "redonner une chance au logement social". Sur ce dernier, Patrick Devedjian en profite pour faire remarquer qu’il y a tout de même 25,7% de logement social dans les Hauts-de-Seine, nuancé d’un « inégalement réparti » (rires dans la salle) , mais complété par « à Paris aussi c’est inégalement réparti ! vous faites un effort, moi aussi je fais un effort ». La joute politique n’est jamais loin…

daniel-breuiller.1214590187.jpgMais certains sortent de cette ambiance bisounours, du consensuel et soudain font entrer dans la salle de conférence une réalité dure et insistante, une autre vision de l’agglomération, comme le revers de la médaille, le pendant de sa compétitivité et sa réussite indéniable qui fait que la métropole parisienne est un des deux seules « Villes Mondes » d’Europe avec Londres. L’image de la ségrégation et du risque de la ghettoïsation entre dans le débat. Daniel Breuiller, le maire d’Arcueil rappelle que la solidarité est un élément indispensable pour atteindre l’excellence : « nous allons reproduire tous les deux ans les émeutes de 2005, si nous ne mettons pas un frein aux inégalités sociales… il faut réinventer l’immeuble Haussmannien dans toute la zone dense de la métropole », même point de vue pour Philippe Dallier, sénateur du 93 qui rappelle que « la mixité sociale doit se traiter à la cage d’escalier, dans la commune et dans la métropole ».

stephane-gatignon.1214590333.jpgStéphane Gatignon, le maire de Sevran, dénonce une situation d’urgence, l’échec de la politique de transports, l’inégalité de territoires de plus en plus forte, faisant de la France « la championne d’Europe des inégalités de territoires » en particulier dans la zone dense de l’agglomération parisienne. Il parle de relégation des habitants, isolés par des transports défaillants comme le RER B, de la ségrégation spatiale ouvrant la voie à la ghettoïsation. Et finalement, c’est François Pupponi, le maire de Sarcelles, également vice-président de l’association Ville&Banlieue qui assène le coup de grâce à ce doux consensus. Il s’avoue "très heureux" de la création du Syndicat Mixte Ouvert qu’il considère comme une "bonne formule", mais s’inquiète, de « l’hypocrisie » ou de la « schizophrénie » de certaines prises de paroles, car dit-il « tout le monde est d’accord pour dire OK à la péréquation, mais en même temps, ils ne veulent pas d’intercommunalité pour des raisons électorales » dénonçant les problèmes « d’égoïsmes locaux ». Puis en appelant à l’Etat, pour souligner que la réforme de la DSU (dotation de solidarité urbaine) avait été demandée par le Président de la République le 8 février dernier lors de la présentation du plan banlieue, francois-pupponi.1214590494.jpg mais que la seule mesure qui n’a pas été proposée dans le Conseil Interministériel des Villes de Fadela Amara, c’est justement la réforme de la DSU. Il conclut sur « les incidents de Villiers-le-Bel, événement plus grave que les émeutes de 2005 », après la mort des deux jeunes, il y avait 180 policiers dans la ville, 58 ont été admis au centre hospitalier, « voilà la situation dramatique d’un quartier à 12 minutes du centre de Paris ».

Solidarité dites-vous ? Rappelons ce peu glorieux communiqué de presse de la Ville de Paris en novembre 2005, expliquant que les violences, c’était en banlieue, pas à Paris. Touristes venez tranquilles, Noël approche, et vous investisseurs, n’ayez pas peur, Paris est tranquille, la banlieue c’est ailleurs (voir une précédente note). Il est d’ailleurs intéressant à ce propos de noter la couverture médiatique de l’incendie du centre de rétention dit de Vincennes, car en fait ce centre est à Paris, dans le 12ème arrondissement puisque situé dans le bois de Vincennes, comme seul le Parisien l’a écrit. Mais avouez que cela serait mauvais pour l’image de la capitale et surtout de la France si l’on parlait de l’incendie du plus grand centre de rétention de Paris, en raison d’émeutes ayant suivi la mort d’un « retenu » tunisien…

Alors au-delà de la question des institutions, de la question de la gouvernance, c’est une réflexion sur la Ville qu’il faut mener, sur la société et sur la solidarité, et se demander aussi pourquoi cette solidarité est nécessaire. Bertrand Delanoë a raison de dire qu’il n’y aura pas de dynamisme de certains territoires seuls, s’il n’y en a pas de dynamisme partout. Mais pour cela aujourd’hui, il faut bouger, aller vite, ne pas avoir peur de bouger. Et méditer les paroles de Stéphane Gatignon, « l’immobilisme est mortifère ».

Jean-Paul Chapon

26.06.2008

Paris Métropole, Grand-Paris et Syndicat Mixte Ouvert : les Assises de la Métopole, journée historique ou enterrement de première classe ?

Suivant que l’on voit la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide, il s’est passé un événement historique dans l’histoire de Paris le 25 juin ou on a assisté à l’enterrement de première classe d’une grande idée !

assises-metro-philippe-dall.1214503134.jpgSi j’avais écrit une note hier sur les Assises de la Métropole, j’aurais certainement considéré la bouteille comme à moitié vide, et rejoint Philippe Dallier, sénateur du 93 et tenant du Grand-Paris, intervenant avec l’énergie qu’on lui connaît pour dit-il « rompre la monotonie d’une matinée dont le consensus mou semble être la règle du débat », une remarque saluée d’applaudissements. Et il est vrai que lorsqu’on se bat pour construire le Grand-Paris se retrouver à la sortie avec la création d’un Syndicat Mixte Ouvert d’Etude, ça casse un peu le rêve. Dur retour aux réalités de la politique et du consensus mou. Bref ce Syndicat Mixte Ouvert devrait être créé à la rentrée, et avoir une existence officielle début 2009. Parmi ses objectifs « la définition de partenariats possibles et des modalités de co-réalisations des projets de dimension métropolitaine (développement économique, logement, mobilité et déplacements, développement culturel)… la solidarité financière et les diverses hypothèses de péréquation d’une part et de mutualisation d’autre part au sein du cœur d’agglomération et à l’échelle régionale… l’évolution de la gouvernance du cœur de la métropole… »

Consensus mou, d’abord parce que contrairement aux apparences, le fait métropolitain ne va peut-être pas de soi à ce point pour tous comme le fait remarquer Philippe Dallier, thème repris par exemple par le maire de Rueil, Patrick Ollier « on est pas forcément tous d’accord pour se fondre dans un Grand-Paris ». Consensus mou, aussi parce que dans la forme d’union à venir, on pourrait caricaturer que là où certains espèrent une communauté de biens, d’autres comme Patrick Devedjian, président du Conseil Général des Hauts-de-Seine, la verrait bien réduite aux acquêts, déclarant que « l’égalité (entre les territoires) doit se faire par la création de richesses nouvelles ».Et de quels biens parle-t-on ? Le débat qui jusqu’alors tournait essentiellement autour de la création d’une taxe professionnelle unique, met désormais les droits de mutation sur le tapis.

assises-conference-presse.1214503571.jpgConsensus mou enfin parce que si tout le monde s’accorde sur le fait que c’est une première étape, lorsqu’on parle de la deuxième étape, là on voit bien les divergences. Et lors du point de presse qui a suivi la session des Assises, il était assez amusant de voir comment les orateurs se modéraient les uns les autres. Alors première étape vers de une gouvernance ou pas ? Si le Syndicat Mixte Ouvert a parmi ses objectifs « l’évolution de la gouvernance du cœur de la métropole », certains élus sont pour aller dans ce sens, d’autres pas du tout. Et Mireille Ferri, vice-président de la Région, d’expliquer qu’il s’agissait d’un « compromis » après plusieurs semaines de négociations, « on a trouvé une formule qui permet de passer à un mode d’organisation, de concertation, de solutions avec les acteurs présents ce matin… Nous en sommes à ce premier niveau, ne le sous-évaluons pas pour aller vers des choses qui ne sont pas encore mûres ! » On est en droit de se poser des questions sur la solidité d'un tel consensus.

assises-pierre-mansat-2.1214504268.jpgBref un plus petit dénominateur commun. Quand on se posait la question de Grand-Paris ou Paris Métropole, on se retrouver avec PPDC, unplus petit dénominateur commun… Et là où l’on pouvait rêver d’institutions démocratiques, de président voire de maire du Grand-Paris élu au suffrage universel, on se retrouvera avec un Président du Syndicat Mixte Ouvert « élu par le comité syndical ou, si les statuts le prévoient, par le bureau qu’il a constitué ». Dans cet ordre d’idée on peut aussi se demander où est la société civile, associations, acteurs économiques, dont la participation était annoncée lors de la Conférence Métropolitaine de Vincennes en décembre dernier ? A cette question Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, chargé des relations avec les collectivités territoriales, répond qu’ils seront bien associés aux travaux de réflexions par groupes de travail sur les grands objectifs du Syndicat Mixte dès la rentrée…

Mais comme je n’ai pas écrit cette note hier, je dois reconnaître avec Pierre Mansat, que le 25 juin et ses Assises de la Métropole était dans une certaine mesure un « événement politique fondateur ».

assises-tribune.1214504340.jpgTout d’abord, l’affluence autour du baptême de ce Syndicat Mixte Ouvert dans la salle d’Aubervilliers avait quelque chose d’un consensus, non pas mou, mais large avec 200 élus représentant 100 collectivités franciliennes. Et tous les acteurs sont là, les communes, les conseillers généraux, du 91 au 95 (seul le 78 manque encore à l’appel), la région et l’Etat. Mais aussi tous les courants politiques (ou presque) sont là, des UMP de toutes tendances, des centristes, des PS, PC et Verts. La photo de famille paraît presque surprendre, tant on s’était fait au boycott de la Conférence Métropolitaine par l’UMP, boycott bravé par quelques élus de droite et du centre dont il faut saluer le fait qu’ils aient été capables de faire passer l’intérêt général devant les consignes politiciennes. Roger Karoutchi, président du groupe UMP à la région et candidat déclaré aux régionales, jouait les bons princes en rappelant que le Syndicat Mixte c’était son idée que l’on avait raillée à l’époque, mais puisque l’on s’y ralliait tout était oublié. Et donc la photo de famille des présidents de conseils généraux l’UMP Patrick Devedjian (92), le PS Claude Bartolone (93) et le PC Christian Favier (94) réunis à la même tribune, avec Christian Blanc, le Secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale, Jean-Paul Huchon le président de la Région Ile-de-France et Bertrand Delanoë, le maire de Paris, pour participer au même événement, avait quelque chose qui allait au-delà du symbole.

assises-huchon-blanc.1214504624.jpgEnsuite, même si ce n’est qu’un Syndicat Mixte Ouvert, auquel pourront adhérer les collectivités qui le souhaiteront, comme le fait remarquer le maire de Vanves Bernard Gauducheau, dans les débats « le Gouvernement ne peut plus faire comme si ça n’existait pas ». On a assez reproché, à commencer par Paris est sa banlieue à la Conférence Métropolitaine de ne pas avoir d'existence légale ni de pouvoir de décision. Le Syndicat Mixte Ouvert pourra se présenter en interlocuteur du Gouvernement. Pour preuve la présence de Christian Blanc pendant ses Assises et ses déclarations sur le fait qu’il allait « beaucoup s’appuyer sur vous (les élus) et sur le Syndicat Mixte Ouvert dans les prochains mois », et qu’il était d’accord pour considérer ce Syndicat « tel que défini par Pierre Mansat » pour être un partenaire. Dans cette ambiance positive de consensus, même mou, on avait presque l’impression que le SDRIF allait trouver une solution, lorsque Christian Blanc après avoir une nouvelle fois dénoncé sa « dimension économique tout à fait insuffisante » ajoute qu’il était d’accord avec Bertrand Delanoë et Jean-Paul Huchon et qu’on allait « s’attacher à faire des propositions pour enrichir » ce document, et qu’on « a intérêt à le faire en bonne intelligence dans l’intérêt de tous en Ile-de-France et de tous les français ».

Une volonté de collaboration qu’il faudra tout de même surveiller, car un point faible dans cette nouvelle construction, c’est le calendrier et les différentes échéances ; celles du SDRIF qui doit être adopté en septembre et ensuite transmis au Conseil d’Etat par le Gouvernement, celles du secrétaire d’Etat au développement de la région Capitale qui doit rendre ses premières conclusions vers les mois d’octobre, et celle du Syndicat qui doit être créé à l’automne, mais n’aura pas d’existence légale avant début 2009… Téléscopages à haut risque. Ce qui faisait dire à Mireille Ferri, vice président de la Région : « la question ce n’est pas les délais, mais la volonté de collaboration de l’Etat… »

assises.1214504981.jpgUn dernier point qui pour Paris est sa banlieue fait de cette création un événement « fondateur », c’est que la publicité qui lui est donnée, avec de tels parrainages et autant de fées politiques autour de son berceau, est un point de non-retour, même si c’est un petit pas, une "structure souple", mais une structure tout de même. On revient sur l’éclatement du département de la Seine il y a 40 ans en créant une structure de forme EPCI qui rassemble à nouveau ce qui avait été dissocié alors. On officialise par l’objet même du Syndicat Mixte Ouvert le traitement spécifique de la zone dense et donc son existence, même si le périmètre n’est pas encore défini. Et d’ailleurs, il y a fort à parier que c’est ce Syndicat Mixte Ouvert qui fera se dessiner par lui-même le périmètre de ce Grand-Paris, à travers les adhésions des différentes communes et intercommunalités.


à suivre, dès demain…

Jean-Paul Chapon

24.06.2008

Plan Espoir Banlieue, plan Marshall ou "plan en trompe l'oeil" ? Mais que voulait donc Fadela Amara, suite...

Hier en lisant le quotidien 20 minutes, je découvre que « l’Ile-de-France est la seule région à avoir signé un protocole de financement avec l’Etat dans le cadre du plan Espoir Banlieue » de la secrétaire d’Etat à la ville, Fadela Amara, plan présenté finalement pendant le Comité Interministériel des Villes (CIV) vendredi 20 juin à Meaux. Quatre « grands projets de transports en commun » écrit le quotidien : la Tangentielle Nord (Epinay-sur-Seine / Le Bourget) qui devrait gagner deux ans par rapport à la date prévue, le tramway Massy-Evry qui lui gagnerait 3 ans, la phase d’étude d’une liaison entre Villiers-le-Bel et Roissy sera « accélérée » et le débranchement du T4 vers Clichy-Montfermeil gagnerait 5 ans sur le calendrier initial. Etonnant. Et voilà les 500 millions d’euros pour désenclaver les quartiers… Même pas de quoi faire installer un doute, ce sont des projets déjà existants ; certes l’aspect accélération est sympathique, mais il fallait au moins annoncer quelque chose de nouveau. J’avoue qu’on reste un peu sur sa faim.

L’association Ville&Banlieue et le GART (Groupement des Autorités Responsables de Transport) ont réagi hier dans un communiqué commun. S’ils saluent les « perspectives d’amélioration de la desserte des quartiers sensibles », ils « dénoncent un "plan en trompe l’œil" basé sur des financements déjà affectés et l’annonce de projets déjà programmés. » Difficile de dire autre chose, question Plan Marshall, c'est un peu juste...

Ils déplorent un effet de double annonce : « le financement des mesures relatives aux quartiers sensibles en Ile-de-France… ponctionné sur l’enveloppe du Grenelle, ce qui revient en quelque sorte à annoncer "deux plans au prix d’un" » Quant aux projets eux-mêmes, le communiqué fait remarquer qu’il s’agisse du barreau de Gonesse, de la Tangentielle Nord, du débranchement du T4 ou du tram-train Massy Evry, « ils figurent déjà au Contrat de Projets Etat-Région 2007-2013. » Conclusion, les deux « réitèrent donc fermement leur demande de voir l’Etat s’engager à la hauteur des enjeux, à commencer par un soutien financier conséquent et spécifique pour le développement des transports collectifs en Ile-de-France… »

Au-delà de la seule question des transports, Ville&Banlieue a publié un autre communiqué plus général sur le plan Espoir Banlieue constatant que si « la méthode était la bonne… les acteurs, les contenus et les financements ne sont pas tous au rendez-vous ». Ils dénoncent en particulier le manque de mesures nouvelles sur les finances locales, la production de logements sociaux et bien sûr le désenclavement des quartiers et les transports en commun comme on vient de le lire plus haut.

Vraiment étonnant. Souhaitons que les mesures concernant l’emploi soient effectives. Ce serait au moins ça de gagné. Car l’autre mesure concrète, le « busing », est la pire mesure que l’on puisse prendre pour sauver les quartiers. Prendre les meilleurs pour les rapatrier sur des établissements « normaux », c’est comme l’immigration choisie, ou la fuite des cerveaux, un véritable nivellement par le bas. A la limite, oui au busing, mais en enlevant les plus mauvais, ceux qui ont besoin d’une écoute ou d’un traitement particulier, ceux qui perturbent la bonne marche des classes, et là, les meilleurs seront les locomotives d’établissements qui pourront se développer et devenir enfin « normaux ».

Et une fois de plus Ville&Banlieue rappelle son aspiration « au droit commun » pour ces quartiers. On en est encore loin.

Jean-Paul Chapon

Télécharger le communiqué de Ville&Banlieue sur le CIV et le communiqué commun Ville&Banlieue/GART

21.06.2008

"Rendre le pouvoir aux citoyens en simplifiant l'organisation", Philippe Dallier sur le Grand-Paris

Nouvelle rencontre avec Philippe Dallier, deux mois après la sortie de son rapport sur le Grand-Paris dans lequel il propose la fusion de Paris et des trois départements de la petite couronne dans une nouvelle entité appelée Grand-Paris, accompagné de la disparition des conseils généraux correspondants. A quelques jours d’une session de la Conférence Métropolitaine qui doit lancer les Assises de l'agglomération ou de Paris-Métropole, Paris est sa banlieue fait le point avec le sénateur UMP du 93 qui sans trop de surprise trouve une meilleure écoute auprès des citoyens que des politiques, fustigeant les conservatismes et égoïsmes de droite comme de gauche, s’énerve quand on lui parle périmètre et grande couronne, trouve des points de rapprochements avec Bertrand Delanoë tout en craignant que ce dernier n'abandonne le dossier du Grand-Paris pour d’autres ambitions, ne sait pas comment on va sortir de la confrontation Etat-Région sur le SDRIF, et pour finir une question accessoire sur le nom d’un futur Grand-Paris. (voir le petit sondage dans la colonne de gauche)

Toujours beaucoup de combativité, mais surtout une grande inquiétude devant une confusion savamment orchestrée autour du Grand-Paris, « nom sous lequel on dit des choses très différentes », et devant la crainte de voir « remettre le couvercle sur la marmite », profitant de toutes opportunités possibles pour enterrer le projet. A ce sujet, le petit article paru aujourd'hui dans le Parisien (édition Val-de-Marne annonçant que le schéma retenu par la Conférence Métropolitaine serait "un syndicat mixte d'étude", présenté comme solution transitoire, justifie bien la première phrase de l'article du Parisien "La montagne va-t-elle accoucher d'une souris ?"

Vous avez présenté votre rapport en avril dernier. Et maintenant, quelle suite y donnez-vous, comment se présente votre agenda ?

On pourrait presque dire qu’à part les blogueurs, vous n’êtes pas très soutenu ;-) Vous avez des soutiens, à droite ? à gauche ?

Votre proposition a pour périmètre Paris et la petite couronne. Hors on sent un réveil de plus en plus fort de représentants de la Grande Couronne comme Didier Arnal, président du Conseil Général du Val d’Oise qui déclare dans le Parisien : « Nous sommes totalement opposés à l'idée de réunir seulement la capitale et la petite couronne » Vous n’avez pas envie de faire évoluer votre proposition pour intégrer d’une façon ou d’une autre la grande couronne ? Cela vous ferait peut-être des alliés ?

Le Grand-Paris était un sujet tabou, puis confidentiel. Aujourd’hui c’est à qui proposera sa vision et surtout l’organisation de sa méthode. On a La Conférence Métropolitaine de la Mairie de Paris et les Assises de Paris-Métropole, Christian Blanc et son secrétariat au développement de la région-Capitale, la consultation internationale lancée par Nicolas Sarkozy, gérée par le Ministère de la Culture et Christian Blanc. Il y a le Rapport de la commission Planchou pour la région. Il y a le SDRIF qui vient de recevoir le feu vert de la commission d’enquête publique en même temps qu’un nouvel avertissement du Premier ministre. Il y a votre rapport, et je passe sous silence les visions forcément différentes portées par chacun des candidats à la présidence de la région. Le débat est riche, sans doute, mais à ce niveau, c’est de l’émulation ou de la confusion ? Comment les citoyens peuvent-ils s’y retrouver ?

Et sur le SDRIF en particulier, quel est votre opinion ?

On a parfois l’impression que Bertrand Delanoë, le maire de Paris, s’éloigne du débat sur le Grand-Paris. Comment trouvez-vous la position de la mairie de Paris et de son maire en ce moment ? Quelle est votre impression ?

Paris-Métropole ou Grand-Paris ? Sur Paris est sa banlieue, il y a un petit sondage, qui sans aucune rigueur scientifique place systématiquement Paris à 30%, suivi de Grand-Paris autour de 24% , puis de Paris-Métropole à 20%. Pour vous, le nom a-t-il une importance, contient-il un message ?

Propos recueillis mercredi 18 juin 2008

Jean-Paul Chapon

ps : Paris est sa banlieue ne roule pas pour Philippe Dallier, mais soutient son projet - malgré un profond désaccord sur le périmètre - parce que c'est aujourd'hui le plus abouti et le plus engagé, apte à faire progresser la question de la gouvernance de l’agglomération, là où beaucoup d’autres semblent chercher toutes les raisons de ne pas bouger. Pour autant, Paris est sa banlieue est ouvert aux contributions des autres acteurs, et soutient par exemple la Conférence Métropolitaine. Les pages de ce blogues sont ouvertes à toutes celles et ceux qui souhaiteraient s’y exprimer.

Voir les autres interviews sur le Grand-Paris, Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris chargé de Paris-Métropole (relations Paris-banlieue), Laurent Lafon, maire de Vincennes et Philippe Dallier, sénateur UMP du 93

16.06.2008

Mais que voulait donc Fadela Amara ?

Mise à jour du 18 juin *

civ-16-06-2008.1213608208.JPG« Je suis une chieuse, j’ai eu ce que je voulais » déclare Fadela Amara dans le Journal du Dimanche du 15 juin. Histoire d’occuper le terrain. Et autant y aller avec une formule choc, médiatiquement forte, pour éviter d’avoir des titres du style Fadela Amara encore repoussée, ou le plan espoir banlieue de Fadela Amara patine, l’action en banlieue repoussée aux calendes, etc. Aujourd’hui 16 juin, le Conseil Interministériel des Villes (CIV) qui devait se tenir à Meaux est repoussé. Ce matin, on n’a même pas eu le temps de mettre à jour le site du Secrétariat d’Etat chargé de la politique de la ville, qui annonce encore que « Présenté par le président de la République, le 8 février dernier, comme « lieu de décision et de suivi des résultats », le Comité interministériel des villes (CIV) qui siègera le 16 juin à Meaux, en Seine-et-Marne, devrait désormais se réunir deux fois par an » Reste à tenir la première de ces réunions. « C’est un problème de calendrier. L’actualité se bouscule et il n’est pas facile de réunir tous les ministres le même jour, mais le CIV aura lieu avant la fin du mois de Juin » déclare d’emblée Fadela Amara dans le JDD. Et il est vrai que l’actualité se bouscule. Triste coïncidence, Vitry-le-François est venu montrer ce week-end que les braises sont toujours chaudes, prêtes à repartir à la moindre occasion, justifiée (si on ose le dire car la violence n'est pas justifiable) et surtout injustifiée comme c’est ici le cas. Une hystérie violente irraisonnée qui risque de stigmatiser encore plus ces quartiers dits sensibles, pourquoi payer pour eux ?

Fadela Amara, elle, est « sereine » et déclare « j’ai obtenu ce que je voulais ; ça n’a pas toujours été facile parce que les ministres ont chacun leur priorité et des budgets pas extensibles, mais je suis une chieuse, je les ai tannés. » Mais que voulait Fadela Amara ? Pour les transports elle se raccroche désespérée à son petit pécule pour désenclaver les quartiers : « Au total, dans le cadre du Grenelle, on a sanctuarisé 500 millions d’euros pour désenclaver les quartiers grâce aux transports en commun. C’est acté. » Mais 500 millions pour désenclaver les quartiers, c’est quoi ? Rien ou presque rien, 2 km de métro souterrain, ou 10 à 20 km de tram peut-être, ou quelques lignes de bus supplémentaires… « Et si la secrétaire d’Etat à la politique de la ville se plait à dire que “les moyens ne résolvent pas tout“, on peut lui répondre que çà aide tout de même un peu, comme pourrait aider la prise en compte d’une urgence et d’une priorité. J’ai refusé d’agir dans la précipitation car les gens qui habitent ces quartiers ont droit à un plan soigneusement pensé », pensé oui, repoussé aux calendes, non. Visiblement, sorti des grands gestes architecturaux, l’ordre des priorités du gouvernement a du mal à passer par la banlieue…

* Le Conseil Interministériel de la Ville aurait été annoncé pour le vendredi 20 juin par les services du Premier Ministre. En tout cas ce matin, il n'est pas encore inscrit à l'agenda de Fadela Amara.

à suivre et à confirmer...

Jean-Paul Chapon

Une bonne analyse de Tonino Serafini dans Libération du 14 juin, Le plan banlieue peut attendre

13.06.2008

Schéma contre paillettes avec colère et combativité, ou le SDRIF bouge encore

conf-de-presse-sdrif-1-11-0.1213369238.jpgIl régnait une étrange atmosphère mercredi dans la salle du Conseil Régional où l'on attendait l'avis de la Commission d'enquête sur le SDRIF (le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France), petit suspense et avis favorable à l'unanimité des 19 membres de la Commission annonce son Président Jean-Pierre Chaulet. Quelques applaudissements dans la salle, qui ne parviennent pas à réchauffer l'ambiance de ce « moment important » comme le souligne Jean-Paul Huchon, le Président PS de la Région, porteur de ce SDRIF avec Mireille Ferri vice-Présidente Verte à ses côtés. Et lorsque Huchon ajoute qu'il s'agit aussi d'un moment « de joie », on a du mal à le croire tant la joie semble intérieure. Beaucoup de tension et de colère que le Président de la Région Ile-de-France laissera éclater lors du point presse qui suivra la présentation de l'avis de la Commission d'enquête.

De l'avis de la Commission d'enquête...

ferri-huchon-chaulet-11-06.1213369308.jpgDans leur communiqué de presse, Jean-Paul Huchon et Mireille Ferri regrettent à propos de l'attaque de la veille de François Fillon, que « le Premier Ministre veuille ignorer l'opinion de l'ensemble des Franciliens ». Belle figure de style, mais restons modestes. Certes l'élaboration du SDRIF a été l'occasion d'une large concertation, « on n'a pas agité tout le Landernau de l'Ile-de-France pour rien » dira même Huchon, certes il y a eu la plus grande enquête publique dit-on avec une durée de 55 jours et des bureaux dans 187 lieux de la région, mais la Commission n'a reçu en tout et pour tout que « 5021 lettres ou observations ». Rapporté à une population de près de 11 millions de personnes... Et encore comme me l'a précisé Jean-Pierre Chaulet, les réponses individuelles de citoyens sont minoritaires.

sdrif-fontenay-sous-bois-re.1213369672.jpgMais les thèmes abordés par ses réponses sont tout de même intéressants. Sur ces plus de 5000 remarques, 60% concernent les transports. D'où la première recommandation de la Commission qui « estime que la place faite à l'économie et aux transports mis en avant dernière et dernière priorités du SDRIF ne correspond pas à l'idée qu'elle se fait des priorités à retenir, nomment s'agissant des transports mis très largement en tête des préoccupations exprimées par les Franciliens et Franciliennes et souhaite que cet ordre soit reconsidéré. »

sdrif-avec-metropherique.1213369614.jpgCette recommandation est complétée par la 5ème. « La Commission d'enquête considère que la gestion des voies routières et des infrastructures ferroviaires ne tient pas suffisamment compte des blocages et saturations constatées actuellement et recommande que les priorités retenues soient davantage liées à ces facteurs ». Et fin de la recommandation qui ne peut que satisfaire la campagne que Paris est sa banlieue avait essayé de lancer* puisque la Commission demande « en outre à ce que le projet phare que constitue le projet « Arc Express Régional**» compte tenu des attentes des populations concernées et de la durée de sa réalisation soit davantage mis en exergue. Elle recommande donc « qu'Arc Express » soit affiché comme la priorité absolue au niveau des transports de ce futur SDRIF ». Et décidément, cette rocade à du mal à passer pour Jean-Paul Huchon, qui lorsqu'il en reparle pendant la conférence de presse, rappelle avec une vivacité retrouvée qu'avec la Tangentielle Nord « on est déjà dans l'actualité ! »

Un autre point important concerne le logement, pour lequel la Commission « pense que la simple « reconstruction de la ville sur la ville » ne suffira pas à réaliser 60.000 logements par an et que des mesures incitatives fortes devront être prises pour atteindre l'objectif visé. » Intéressant par rapport à la conjoncture actuelle, face au besoin inéluctable de trouver du foncier, elle demande que les zones agricoles soient « davantage sanctuarisées » pour les terres ayant une vocation agricole indiscutable.

sdrif-carte-generale.1213370924.jpgAu total 15 recommandations***, qui ne sont pas obligatoires, mais qui pèseront dans les décisions finales concernant le SDRIF. D'ailleurs Jean-Paul Huchon a bien insisté sur le fait qu'il veillerait à suivre ces recommandations, à commencer par le changement de l'ordre de priorité concernant l'économie et les transports. Et Jean-Paul Huchon de faire remarque que les transports sont tellement une priorité pour lui qu'il a même organisé une conférence de presse le 19 juin prochain pour présenter son plan de 17 milliards, annoncé en réponse aux 300 millions du Président de la République pour le RER A... Bref, la Commission d'enquête a émis 4 réserves, « réserves de forme » insiste Jean-Paul Huchon qui s'engage à les lever, condition sine qua non pour que le SDRIF l'avis de la Commission ne passe pas de favorable à défavorable. Une des réserves concerne la lisibilité des cartes qui devront être réalisées au 1/150.000ème. De façon étonnante, c'est le Président de la Commission qui parle le plus région développement et urbanisme, car ensuite, on s'enfonce dans le politique ou plutôt dans le politicien de la plus belle (?) espèce.

... à une conférence de presse à l'atmosphère particulière

ferri-chaulet-huchon-2-11-0.1213371148.jpgAu Premier Ministre qui a fait parvenir une lettre dénonçant le manque d'ambition du SDRIF et menaçant de ne pas adopter le texte l'état, Jean-Paul Huchon répond qu' « on lui a encore fait écrire des bêtises, comme il y a un an... on lui a encore fait faire une erreur d'appréciation ». Et, sans être nommé, « on » reviendra souvent planer dans la salle de conférence. Le Président de la région en appelle au respect de la loi et annonce combatif qu'il a mobilisé 3 juristes pour dire quel est le pouvoir réel de l'Etat d'arrêter le SDRIF. Le ton monte, Jean-Paul Huchon s'échauffe, « je ne suis pas comme mes adversaires qui ne font rien d'autre que de paralyser la région... Ils insultent l'avenir et vont contre les Franciliens. »

Et lorsqu'un journaliste envisage la possibilité que le SDRIF ne soit pas adopté, Jean-Paul Huchon réplique que « ça fait quatre ans qu'on a commencé, on ne vas pas attendre le bon vouloir de quelqu'un pour se mettre à travailler... sinon on organise l'effondrement de cette région pour de basses raisons politiques. » Le ton est donné. A Béatrice Jérôme du Monde qui revient sur la lettre de François Fillon, Jean-Paul Huchon tonne « on nous bourre le mou avec des chiffres qui ne tiennent pas la route, je pense qu'il vaut mieux s'en passer ».

ferri-huchon-11-06-2008.1213370405.jpgBref, si l'Etat veut être un partenaire d'accord, d'ailleurs que ce soit Jean-Paul Huchon ou Jean-Pierre Chaulet, les deux ont dès le début insisté sur le travail fait en partenariat avec l'Etat, l'avancée sur certains point bloquants, comme les autoroutes, pour lesquelles l'Etat a renoncé à certaines prétentions sur l'A12 notamment. Mais sinon, c'est la guerre ou ça y ressemble, parlant même de « trois agités dans un bocal » qui ont poussé le Premier Ministre à écrire, « et ces trois agités dans un bocal, on les connaît, il ne sont pas loin d'ici... » (ici en l'occurrence, c'était rue Barbet de Jouy ) et emporté dans son élan, Jean-Paul Huchon énervé assène, « on va faire mieux que les trois mois de paillettes, danses et chants » avec les 10 équipes d'urbanistes et d'architectes sélectionnées la semaine dernière pour réfléchir au Grand-Paris. Sybille Vincendon de Libération pose alors à Jean-Paul Huchon une question « personnelle », lui demandant si « personnellement » il a lu les notes d'orientation stratégiques et méthodologiques des 10 équipes pour parler de « pailletes, danses et chants » ? Réponse « moi j'ai le SDRIF à lire, c'est long... on est dans la libre expression du désir, du plaisir... » et après avoir cité le nom de Roland Castro, de comparer le travail de 4 ans avec celui à venir de trois mois, « il y a plusieurs manières de gouverner ».

Et le Président de la région de conclure « Moi j'ai fait un schéma, on peut dire que ce n'est pas assez ambitieux, les électeurs jugeront, et je préfère que ce soient les électeurs qui jugent et pas les journalistes. » Il y avait vraiment une étrange atmosphère mercredi après-midi rue Barbet de Jouy.

Jean-Paul Chapon

* merci au passage aux médias que j'avais contactés de ne pas avoir relayé quoi que ce soit, mais il est vrai qu'à ce moment ils n'avaient pas encore découvert l'existence des transports en commun et de leur état...

** Arc-Express est le nom donné par la Région au projet de métro de rocade de banlieue, appelé Métrophérique par la RATP.

*** Les documents devraient bientôt être en ligne, j'actualiserai la note à ce moment. Quant au communiqué sur le site de la région, il y a visiblement un webmaster et/ou un service de presse qui devrait faire plus attention ;-)

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu