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19.02.2010

D’Evry à Sevran, de Paris-Métropole en états-généraux des banlieues, un 18 février de campagne avec Grand-Paris ?

debat-ee-sevran.1266605867.jpg Hier 18 février, deux tables rondes à Sevran prévues dans le cadre d'un meeting Europe-Ecologie, la première avec Cécile Duflot sur le thème Paris-Banlieue et la seconde avec Daniel Cohn-Bendit sur celui de Banlieue-Banlieue. Donc après-midi à Sevran, et j’espérais enfin pouvoir donner tord à ceux qui comme Pierre Mansat (ou moi ;-) se plaignent de l’absence du Grand-Paris et surtout de sa gouvernance, de la campagne des régionales. Mais difficile de faire un compte-rendu, les tables rondes n’en étaient pas vraiment, les horaires non plus, certaines prises de positions tellement caricaturales que je préfère ne pas trop y revenir, sauf à souligner le décalage abyssal entre certains candidats - Robert Lion hors concours - et les banlieues (ou avec la ville extra-muros, au-delà du périphérique). Et difficile une nouvelle fois de donner tort à Pierre Mansat...

 

Pour autant, ce 18 février était une journée placée sous le signe du Grand-Paris, sous toutes ses formes. D’abord, le matin, c’était Paris-Métropole qui se réunissait à Evry pour parler « clusters », les pôles d’excellence que Christian Blanc veut essaimer tout autour de Paris. Réunion confidentielle, sans communiqué de presse, « on finira bien par en faire un » me dit un participant qui s’étonne de l’absence de Paris de la réunion, quant à la région, toujours selon ce témoin, Jean-Paul Huchon son président s’est pointé en extrême fin de séance. Bref, une séance de Paris-Métropole sans Paris ni région ou presque, avec affrontements très vifs autour des prises de positions pour ou contre « la vue » ou « la vision » du secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale et son Grand-Paris. Le Grand-Huit fait de plus en plus de vagues…

europe-ecologie-sevran-18-0.1266605924.jpg Justement, ce même 18 février, ce même Christian Blanc rencontrait les élus de l’association Orbival, la portion Val-de-Marne de Métrophérique-Arc-Express, la rocade de banlieue à banlieue. « Ce rendez-vous a été un succès pour l’action menée par l’association Orbival. Son travail a réellement été pris au sérieux » a déclaré enthousiaste Christian Favier, PCF, président du Conseil Général du 94 et responsable de l’association Orbival, comme le rapporte aujourd'hui Le Parisien. Donc les maires de Vitry, Champigny, Maisons-Alfort, Bry, Nogent, Villejuif, Arcueil, et les 1ers adjoints de Fontenay-sous-bois, Saint-Maur et Alfortville ont passé deux heures avec Christian Blanc, pour essayer de faire coïncider le projet Orbival avec le Grand-Huit de Christian Blanc, ce même Grand-Huit, décrié par les débateurs de Sevran, « inacceptable, on nous prend pour des cons, ça ne se rattache à rien qui existe déjà, reprise en main bonapartiste pour ne pas dire napoléonienne », seul Stéphane Gatignon, le maire PCF de Sevran qui a rejoint Europe-Ecologie, et hôte du débat, prendra la défense du projet, qui passe par sa ville et permettra un accès direct à Roissy. Non pas parce qu’il défend un projet qui ne viserait que la compétition internationale entre Paris, Londres et Tokyo, mais parce que la ligne donnera l'accès direct à un grand bassin d’emploi aux habitants de Sevran. Il faut aussi regarder la réalité et ne pas rester dans la caricature. La réalité qui viendra d’ailleurs sous la forme d’une délégation d’employés de Baboo qui ferme à Sevran, du discours de la déléguée CGT, et encore plus de l’émotion de Stéphane Gatignon lorsqu’il rappelle que c’est dans cette même salle défaite qu’au mois d’août dernier, lors de la cérémonie pour les victimes de l’incendie qui avait fait 5 morts, pas un seul représentant de l’Etat n’était présent, « il y a des formes d’humiliations qui sont absolument insupportables », un Stéphane Gatignon qui rappellera aussi que « l’échec de la métropole parisienne est d’abord celui de la gauche, qui depuis le début a zappé cette question, comme elle a zappé la question de l’inégalité territoriale. »

daniel-cohn-bendit.1266605983.jpg Et finalement, hier à Sevran lors du meeting Europe-Ecologie, Daniel Cohn-Bendit propose des états-généraux des banlieues. Pourquoi pas ? La gauche et en particulier le PS autour du tandem impossible Huchon-Delanoë qui le neutralise a déjà Paris-Métropole, le syndicat mixte d’étude successeur de la Conférence métropolitaine, rassemblant une centaine de collectivités surtout de gauche, avec quelques sincères et téméraires métropolitains représentants UMP et NC ou divers droite. Il y a aussi l’Agora du Grand-Paris que le président urbaniste Nicolas Sarkozy a annoncée, que l’on attend encore, et dont on attend surtout de savoir ce qu'elle sera si elle existe un jour. Bref, un syndicat mixte, une agora et des états-généraux. On est comblé. En revanche, pour ce qui est du concret et surtout de la Gouvernance, il faudra attendre. Au minimum après les régionales, à moins que ce ne soit reporté aux calendes franciliennes.

Jean-Paul Chapon

09.02.2010

Carte postale de campagne, avec doute et lassitude

votez-mere-denis.1265748135.jpg

... et dédicace amicale à Pierre Mansat ;-)

Les lecteurs de Paris est sa banlieue ne seront pas surpris, c'est chronique, et certains jours, certains soirs, on se dit que tenir un blog est si vain, tellement vain, que dans un acte de lassitude, de doute ou de colère, on effacerait tout. Le statut de blogueur est difficile et ingrat, surtout lorsque l'on s'intéresse à un sujet qui ne passionne pas les foules. C'est le cas de Paris est sa banlieue, qui depuis plus de 5 ans se bat pour la création d'un Grand-Paris, pas celui du projet du gouvernement, pas non plus le syndicat Paris-Métropole de la mairie de Paris, mais une vrai Grand-Paris, une vraie ville, une vraie collectivité territoriale, de plein droit, avec de vraies institutions, des représentants élus au suffrage universel, un vrai maire ou un vrai président, élu au suffrage universel direct. Une ville solidaire et démocratique, au-delà des frontières du passé, des fractures de l'urbanisme, symbolisées par ce périphérique, au-delà des égoïsmes et des baronnies locales, de l'émiettement inefficace des pouvoirs en des centaines de mini-municipalités absurdes, montées les unes contre les autres, d'intercommunalités montées les unes contre les autres, de départements montés les uns contre les autres. De classes sociales et de clan sociaux dressés les uns contre les autres, de ghettos en construction ou déjà bien cimentés, ghettos de riches contre ghettos de pauvres. Et malgré la note précédente, je partage ce soir la même tristesse et la même amertume que Pierre Mansat, qui désespère de voir le Grand-Paris et sa gouvernance entrer enfin dans la campagne des régionales en Ile-de-France. Mais qui dérangerait tant les équilibres de droite comme de gauche, que même les Verts qui semblent parfois avoir bien oublié Europe Ecologie ne s'y risqueraient pas. Ce soir, en rentrant du boulot, j'ai entendu sur France Info commenter un sondage, qui donnait dans les 19% (si je me souviens bien) faisant confiance aux politiques de droite, 16% à ceux de gauche, quelques pour cent d'indécis et surtout une majorité qui n'y croyaient plus, et voteraient peut-être Mère Denis, comme sur cette pub qui surplombe de façon opportuniste le périphérique. Ce soir, je crois finalement que je fais partie de cette grande majorité, et le 14 mars, je ne sais pas si j'irai voter aux régionales, ou si je m'abstiendrai pour la première fois de ma vie. Doute et lassitude...

Jean-Paul Chapon

29.01.2010

A propos du Grand-Paris, d'Orbival en Grand-Huit, de Val-de-Marne en Seine-Saint-Denis...

Voilà, retour sur le Grand-Paris, vous vous souvenez, on en parlait beaucoup en 2009, même dans les médias, et soudain silence. Et finalement, la campagne des régionales n’a pas encore intégré cette dimension. Il faut dire que la campagne démarre assez mollement… Pourtant quelques nouvelles méritent que l’on revienne à nouveau sur ce Grand-Paris, dans tous les sens du terme et de ce débat confus. On pourra faire l’impasse sur l’article du Canard de la semaine dernière, qui se délecte à annoncer des retards pour le projet de Grand-Huit de Christian Blanc, la rocade de métro de banlieue version gouvernement. Le Canard Enchaîné n’a jamais rien compris à la question du Grand-Paris, sans doute parce qu’il est trop parisien au sens étroit du terme et n’a aucune vision métropolitaine, ou peut-être parce qu’il prête une oreille trop complaisante aux thèses de l’actuel président de la région Ile-de-France, Jean-Paul Huchon ;-)

grand-huit.1264775223.jpg Deux nouvelles intéressantes donc sur le Grand-Paris, version gouvernementale avec tout d’abord il y a une dizaine de jours un déjeuner de presse de Christian Blanc à Clichy-sous-bois entouré des élus du coin de l'UMP au PCF en passant par le PS. Sibylle Vincendon écrit ainsi le 21 janvier dans Libération « Grande première. Christian Blanc, secrétaire d’Etat au Développement de la région capitale, a convié aujourd’hui quelques journalistes à déjeuner à Clichy-sous-Bois (Seine –Saint-Denis). Inhabituel chez lui, qui n’aime pas trop le contact avec la presse. Mais le plus surprenant était le choix du lieu. Claude Dilain, le maire socialiste de la ville, accueillait cette réunion, entouré de ses homologues de Montfermeil (Xavier Lemoine, UMP), de Sevran (Stéphane Gatignon, Europe écologie, ex-PCF), de Livry-Gargan (Alain Calmat, UMP) et d’Aulnay-sous-Bois (André Segura, PS) ». Non, le choix du lieu n’a absolument rien de surprenant, et même ce qui est surprenant, c’est qu’une observatrice du dossier comme Sibylle Vincendon s’en étonne. Car depuis des mois, il ne fait pas mystères que certains élus, notamment dans le 93, situés sur l’hypothétique tracé du Grand-Huit de Christian Blanc, sont entrés en contacts avec le secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale et discutent activement avec lui. Dès septembre 2009, on pouvait lire dans Paris est sa banlieue : « Pourtant, d’autres sons de cloches se font aussi entendre, mais pas dans l’enceinte de Paris-Métropole. On se souvient de la déclaration de Jacques Marsaud, directeur des services de Plaine-Communes, qui préfère le Colbertisme à la spéculation (même si les deux ne sont pas exclusifs…). Et il faudra surveiller l’évolution des positions des collectivités situées sur le tracé du Grand-Huit et dans les zones de développement, et bien sûr de leurs élus, y compris s’ils sont membres de Paris-Métropole. » L’article explique que ce déjeuner était l’occasion pour Christian Blanc de contrecarrer une des critiques les plus fortes envers sont projets «Dire que la double boucle ne devra servir qu’aux cols blancs pour aller de pôle de compétitivité en pôle de compétitivité est une sottise sans nom». Cependant l’article de Libération finit sur le constat qui résume bien une situation qui d'une certaine façon relève du pari « Pour les élus autour de la table, l’essentiel est d’abord que ce territoire ait été retenu sur le tracé. Le financement est incertain, le calendrier aussi mais on leur a fait tant de promesses depuis trente ans… Pour le moment, ils veulent y croire. » Effectivement ils veulent y croire, faute d’alternative crédible, notamment si on fait le bilan de l’action de la région et de Jean-Paul Huchon dans le domaine*.

orbival-trace.1264775281.jpg A ce sujet, une nouvelle qui aura peut-être échappé à Sibylle Vincendon comme à beaucoup de monde, à moins d’être lecteur attentif de l’édition Val-de-Marne du Parisien, le 22 janvier dernier, nouvelle qui prend un éclairage tout à fait intéressant après la rencontre de Clichy-sous-bois. « Orbival perd son chef de projet. Christian Garcia, cheville ouvrière de cette association qui milite pour la création d’un métro entre Arcueil et Fontenay-sous-Bois, va rejoindre la mission de préfiguration de la Société du Grand Paris, où il sera chargé des relations avec les collectivités du Val-de-Marne et de Seine-Saint-Denis. » Orbival, c’est la version 94 d’Arc-Express, la liaison de rocade de banlieue à banlieue version Région, inscrite au forceps au SDRIF, le Schéma Directeur de la Région Ile-de-France, dont le sort est toujours en suspens, dans un conflit Etat-Région dont la longueur équivaut à une mort par pourrissement. Il est vrai que dans sa partie Val-de-Marne, le tracé du Grand-Huit de Christian Blanc et celui d’Orbival sont assez identiques, si ce n’est qu’Orbival passerait par Val-de-Fontenay, là où le projet gouvernemental passerait plus à l’Est, vers Champigny, non desservi par un métro ou RER pour l’instant. La question qui se pose en fait est surtout la nature de cette ligne de métro automatisée, le nombre de stations et leur espacement. Plus de stations moins espacées pour Orbival, moins de stations plus espacées pour le Grand-Huit semble-t-il. Pour l’un comme pour l’autre le financement reste la grande inconnue. Et de toute façon, Christian Blanc souhaite débuter les travaux par le 93…

cecile-duflot-16-01-2010.1264775348.jpg Un dernier point dans ce retour au Grand-Paris, avant que l’on entre dans le vif du débat sur la réforme des collectivités territoriales. Paris est sa banlieue a fait part de sa sympathie pour la candidature de Cécile Duflot, tête de liste Europe-Ecologie, notamment en raison de sa volonté d’inscrire dans son programme régional un tarif unique pour les transports en communs. En revanche, sa position sur le Grand-Paris pourrait très sérieusement modérer cette sympathie, voire la faire disparaître. Dans un portrait que lui consacrait Libération cette semaine on peut lire que « Sur le Grand Paris, Duflot désavoue un de ses proches qui veut reprendre la proposition d’Edouard Balladur de regrouper la capitale avec les trois départements les plus denses. Elle arbitre en faveur d’un participant qui s’exclame : " On ne va pas reprendre des propositions de droite pour se démarquer du PS".» Ah bon, je croyais d’une part que les Verts étaient plutôt favorables à la suppression des départements, et d’autre part qu’à l’image d’un Stéphane Gatignon, maire de Sevran ex-PCF et tête de liste d’Europe Ecologie dans le 93, ce qui comptait c’était l’intérêt d’un projet et non pas le jeu politique ou politicien ? Cécile Duflot pourra toujours discuter Grand-Paris avec Stéphane Gatignon, dont les positions sur le sujet ne sont pas si éloignées de celles de l’UMP Philippe Dallier, son voisin des Pavillons-sous-bois, porteur d’un projet de Grand-Paris par fusion des 4 départements de Paris et de petite couronne...

Enfin, un petit mot sur Paris-Métropole, qui semble devoir garder un encéphalogramme plat pour un certain temps, à l’image de son site qui n’a quasiment pas été mis à jour depuis son ouverture en décembre 2009… Il faut dire qu’avec les membres du bureau de Paris-Métropole faisant campagne avec Pécresse dans le RER pour les uns, avec Huchon pour les autres et avec Duflot pour les troisièmes, il ne doit pas rester beaucoup de temps pour la métropole, pauvre Grand-Paris !

* On peut revoir l'interview de Miguel Padeiro, géographe urbaniste, qui travaille sur la question des transports en commun dans l'agglomération parisienne. Une excellente base de réflexion sur la question.

Jean-Paul Chapon

22.01.2010

Régionales, Ile-de-France et Grand-Paris : les audaces "radicalement nouvelles" de Chantal Jouanno ;-)

Ce matin sur France-Info, on entend François Fillon, appeler les candidats UMP aux régionales à de l’audace. A la lecture de l’interview qu’elle a donné hier dans 20minutes, on se rend compte que Chantal Jouanno, secrétaire d’Etat à l’Ecologie et tête de liste UMP à Paris, a pris de l’avance pour largement anticiper les attentes du Premier ministre.

chantal-jouanno.1264160617.jpg « Il faut automatiser les lignes 1, 4 et 14 » déclare bille en tête à 20minutes, Chantal Jouanno, dans une interview dont le titre en dit long : « des solutions radicalement nouvelles ». Les transports sont au cœur de la campagne de Valérie Pécresse, candidate UMP en Ile-de-France et sa tête de liste parisienne s’applique en première de la classe à décliner sur Paris cette priorité. Dommage, pour Chantal Jouanno, il faudra mieux préparer ses dossiers la prochaine fois, ou du moins vérifier le travail de ses équipes. La ligne 14 est la première ligne de métro automatique du réseau parisien, mise en service en …1998, il y a 12 ans. Quant à la ligne 1, son automatisation a été décidée il y a 5 ans et les travaux sont déjà en court. Si jamais Chantal Jouanno a la curiosité et surtout l’audace de descendre dans le métro, elle pourra ainsi constater de visu que les travaux avancent notamment avec l’installation de portes palières dans plusieurs stations de la ligne.

Chantal Jouanno, qui veut des "solutions radicalement nouvelles", comme « installer des pistes cyclables, des bouquinistes » sur les quais au niveau de la Tour Eiffel, veut organiser pour les mettre ne place un « Grenelle de Paris ». Original. Et de citer au passage, péage urbain, couverture du périphérique et densification, franchement moins original… On pourra sans doute faire l’économie d’un Grenelle.

Mais il y a quelque chose de plus inquiétant que l’ignorance de la secrétaire d’Etat, même si elle est assez choquante (avec une ligne on pense à une coquille, mais avec deux…), et que son manque de propositions "radicalement nouvelles", il y a une vision étroite de la ville. Pourquoi un Grenelle de Paris, et pas du Grand-Paris ? Peut-être pourrait-elle proposer de travailler avec Paris-Métropole, finalement. Nicolas Sarkozy nous annonçait une Agora du Grand-Paris pour le début de 2010. En attendant, plutôt que de boycotter le syndicat mixte d’études, elle pourrait l’utiliser et économiser l’organisation d’une nouvelle usine à gaz…

Mais Chantal Jouanno ne sait peut-être pas encore que Paris-Métropole existe, comme pour l’automatisation des lignes de métro. De même, Chantal Jouanno ne semble pas savoir qu’autour de Paris, il y a la banlieue, avec des gens dedans, qui bougent et même parfois vont à Paris. Ainsi quand on lui demande comment sensibiliser aux questions écologiques ceux qui n’habitent pas Paris mais en sont simplement usagers, elle répond « je prévois un clin d’œil en direction des touristes : ils pourraient bénéficier d’un passeport climat, qui leur donnerait accès à des coupe-file pour des musées ou des entrées gratuites s’ils utilisent les transports en commun. » Exit la question des banlieues, du rapport de Paris avec celles-ci, notamment dans la question des transports, des voitures, de la pollution. Un bon clin d’œil pour une candidate non pas aux municipales, mais aux régionales. Bref, un mur du çon en béton bio pour la secrétaire d’Etat à l’écologie ;-)

Jean-Paul Chapon

15.01.2010

Passe Navigo à tarif unique, la carte du Grand-Paris d'Europe Ecologie ?

Mise à jour du 16 janvier 2010 *

ppd-cohn-bendit.1263579376.jpg - On est prêt Patrick, tu sais qu'on a déjà notre première mesure phare? - Laquelle ? - Et bien si on est élus, nous imposerons le Passe Navigo à tarif unique pour tout l'Ile-de-France. - Oui on a vu ça, mais c'est pas votre mesure phare ça, si ? - Tu crois quoi, Patrick ? C'est primordial les transports, avec les Grünnen ça fait quinze ans qu'on a imposé le tarif unique dans les transports en commun, tout le monde prend le bus ou le train en Allemagne, fini la voiture.

C'était aux Guignols sur Canal+, lundi 11 janvier. Le début de l'interview de Daniel Cohn-Bendit, "le géant vert", par PPD à propos de la préparation du premier meeting d'Europe Ecologie pour les régionales, samedi 16 janvier à Montreuil. Le dialogue continue, visiblement les Guignols ne sont pas convaincus, par le Passe Navigo à tarif unique, et pourtant...

D'ailleurs, au-delà d'Europe-Ecologie, ce n'est pas la première fois qu'un tarif unique est proposé. A droite aussi et après Yves Jégo au mois d'août, David-Xavier Weiss, secrétaire national de l'UMP en charge des transports le propose, sans succès apparemment, car pour la candidate UMP, Valérie Pécresse, qui place pourtant les transports comme la priorité de son programme, jusqu'à vouloir se transformer en chef de gare, "le tarif unique, c'est trop coûteux". Mais c'était aussi la réponse de Roland Castro, en mars 2009 à la Cité de l'architecture, et lorsque les représentants des dix cabinets d'architectes de la consultation sur le Grand-Paris se retrouvent finalement à la recherche d'une acte fondateur, Roland Castro déclare alors “un ticket de métro pour tout le territoire de la métropole, il faut que ce qui est fondateur soit sur le vivre ensemble ! “ Et c'est sans doute ce que ni les Guignols ni Valérie Pécresse ne comprennent. Il faut souhaiter qu'Europe-Ecologie l'ait enfin compris. Le tarif unique pour le Passe Navigo aura un coût, certes, un coût économique, important peut-être, mais certainement pas insurmontable. Il aura aussi un coût politique, car il fera des mécontents, ceux qui ne se déplacent que sur la zone centre, Paris intra-muros, ou sur simplement deux zones. Mais pour autant, il créera une unité de fait de l'ensemble des parisiens, de l'intra-muros comme du Grand-Paris, il commencera à gommer par les transports, par ce "ticket" unique, la coupure du périphérique, et la relégation ressentie par beaucoup. Il dessinera en fait la première réalité d'une métropole, réunifiée et solidaire. Et rien que pour ce Passe Navigo à tarif unique, Paris est sa banlieue pourrait bien s'engager pour Europe-Ecologie. On verra demain à Montreuil ;-)

à suivre...

* Extrait du discours de Cécile Duflot au meeting Europe-Ecologie à Montreuil le 16 janvier 2010

cecile duflot"Je vais maintenant vous donner un exemple dans une région que je connais bien. Et vous m'autoriserez pour cela à reprendre quelques minutes ma casquette francilienne. Nous nous battrons pour mettre en place en Ile-de-France une "carte transports à tarif unique", sur l'ensemble de la région. Pour ses 11 millions d'habitants.

Il s'agit à la fois d'un enjeu social, environnemental et citoyen.

C'est un enjeu environnemental, parce qu'il invite à privilégier les transports collectifs, libérant ainsi les prisonniers de l'automobile, qui calculent toujours entre transports en commun et voiture, et finissent immanquablement prisonniers de ce grand parking à ciel ouvert que sont les routes d'Ile-de-France.

C'est un enjeu social, parce qu'il est temps de cesser de faire payer plus à ceux qui ont le moins, que les transports ne coûtent pas plus cher à ceux qui y ont le plus faible accès.

C'est un enjeu citoyen. Pendant des années, cette région a connu les oppositions, les clivages, les frontières et les ruptures. Elle force ses habitants à choisir leur territoire d'appartenance, leur zone d'origine et à acheter leur liberté pour pouvoir se déplacer. Faire de l'Ile-de-France, un seul territoire, c'est une question de démocratie.

Alors on va nous dire que cela coûte trop cher, que cela reporte trop de choses et bouscule trop d'équilibres et d'intérêts établis. On nous dira que c'est techniquement infaisable. Vous verrez, les forces d'inerties vont se déchaîner ! A l'ère des renoncements, des visions étriquées, nous préférons renouer avec l'idée que c'est le choix des citoyens qui peut changer la réalité."

Jean-Paul Chapon

23.12.2009

Grève du RER A, les mots pour rire des uns et les silences des autres, suite et presque fin...

14ème jour de grève du RER A, je crois. Quand on aime on ne compte plus, surtout quand on ne s’en aperçoit pas. Etonnante grève que celle de cette ligne, la grève passée sous silence, la grève dont les grévistes, les syndicats en l’occurrence, ne sont pas dénoncés par les uns ou par les autres puisque les rares prises de paroles consistent en un match entre les candidats UMP et PS aux régionales de 2010. D’une part, l’UMP qui tire à boulets rouges sur la région, le STIF et son président, Jean-Paul Huchon accusé de « passivité » par Rama Yade porte parole de Valérie Pécresse candidate aux régionales en Ile de France. Et en face un Jean-Paul Huchon, un peu seul au combat, qui fustige la RATP « qui ne sait pas gérer un conflit social » et dénonce, à juste titre « une stratégie du pourrissement » de la part d’un inflexible Pierre Mongin, le président de la RATP soutenu par le Gouvernement qui ne veut pas intervenir malgré la demande faite par ledit Huchon au premier ministre François Fillon de nommer un médiateur.

ligne-1-franklin-roosevelt.1261571607.jpg Franklin-Roosevelt-ligne 1 le 22 décembre 2009 quand les personnels RATP jouent les anciens portillons du métro

Quant au Président de la République, Nicolas Sarkozy, ému par le sort des voyageurs de l’Eurostar et du RER C, mais là il s’agit d’incidents causés par toutes sortes de neige et de vapeurs, il n’a pas vu qu’il y avait une grève sur le RER A, puisque comme on le sait bien aujourd’hui, quand il y a une grève on ne s’en rend plus compte… Pourtant les usagers de la ligne 1 ou de la 9, devenues lignes de repli, eux s’en sont bien rendus compte en voyant affluer les voyageurs de la ligne A, sans parler des bouchons en banlieue… Mais on ne s’en rend pas compte surtout quand on n’en parle pas, ou si peu. Et il aura tout de même fallu attendre plus de dix jours de grève pour que les médias commencent à souligner l’étonnant silence de celui qui il y a un peu plus d’un an déclarait à propos de son intérêt pour cette même ligne A « Vous trouvez qu’une ligne de RER fréquentée par 1,1 million de personnes n’est pas digne d’un président de la République ? » Mais voilà, reconnaître qu’il y a un problème serait reconnaître que le service minimum, avec son demi-service assuré aux heures de pointe et l’absence totale de trains aux autres moments de la journée, et le quasi black-out du week-end ne sont pas des réponses à la hauteur pour « une ligne de RER fréquentée par 1,1 million de personnes » et surtout pour l’économie au sens large d’une métropole de 11 millions d’habitants.

Mais comment résister devant le bénéfice politique politicien que peut rapporter une telle grève, que bien peu attribuent aujourd’hui aux grévistes - on voit comme l’argument sur le temps de conduite des conducteurs du RER A a du mal à prendre – une grève que les usagers rangent directement dans le catalogue déjà très riche de reproches à faire aux transports publics de l’agglomération, des transports qui ne fonctionnent pas ou alors très mal, que l’on soit en grève ou pas en grève. Donc mauvaise gestion des transports, et la gestion des transports,c’est la région, le STIF et le candidat PS Huchon. La boucle est bouclée et l’avantage électoral se dessine… Et du coup, dommage que l'on n'eai pas ressorti une autre réponse de Nicolas Sarkozy lors de la même interview donnée sur RTL en mai 2008 : "Ok ! Le président de la République il doit s’occuper de la principale ligne de transports en commun. J’ajoute que la politique que nous mettons en mettre avec F. Fillon c’est une politique qui donne la priorité aux transports en commun. Comment puis-je être crédible sur la priorité aux transports en commun et laisser des joutes politiques politiciennes qui prennent en otage une ligne de RER ?" Sans commentaires ;-)

rer-carte-le-parisien.1261567294.jpg

Pourtant, cette grève a au moins un intérêt, si j’ose dire. Celui de replacer les transports publics au cœur de la métropole. Parmi les critiques contre la région, une sort un peu du lot, celle de Hervé Mariton qui après avoir salué le service minimum, se pose la question des heures creuses : « Rien pendant les heures creuses ; ce n’est pas suffisant sur une ligne stratégique. Mais au moment de la mise en œuvre de la loi, la région Ile-de-France n’a pas voulu, et le gouvernement n’a pas osé entrer dans les détails qui auraient permis de « prioriser » des lignes. On nous a rétorqué que l’Ile-de-France est tellement maillée qu’on ne peut pas définir de priorités ; or on peut raisonnablement considérer que la ligne A justifie un niveau de service minimum supérieur à d’autres.” Bien sûr, on peut discuter de la définition de ces priorités, et il ne faudrait passer par pertes et profits le droit de grève. Mais il faut aussi prendre en compte le fonctionnement de la métropole. Pierre Mongin dit que la grève à coûté 5 millions à la RATP (à se demander s’il n’aurait pas eu intérêt à mieux négocier pour ne pas perdre ces 5 millions). On peut aussi se demander combien elle aura fait perdre plus globalement à l’économie de la région. Il suffit par exemple de regarder la carte du RER A avec les zones commerciales desservies publiée par le Parisien au début du conflit, à ce titre intéressante, et encore est-elle incomplète, puisqu’on peut par exemple ajouter un grand-magasin à Nation, un centre commercial à Val-de-Fontenay… Cette carte qui arrive aussi après le débat sur le projet de métro de Christian Blanc, le Grand-Huit du gouvernement, donne une autre vision du rôle des transports en communs dans une métropole, au-delà du seul et fondamental rôle de transports domicile-travail. Le week-end dernier, sans RER ou presque, sans bus et sans voiture à cause de la neige, faisait ressentir de façon généralisée ce que peut être l’enclavement actuel de certains quartiers de banlieue. Alors il faudra certainement tirer des enseignements de cette grève, de la manipulation politicienne dont elle fait l’objet, mais aussi de l’impact qu’elle a sur le quotidien des usagers, sur l’effet de loupe qu’elle projette sur la vie de la métropole et son organisation. Quel sens par exemple donner à « heure de pointe » et quel sens donner à ligne « prioritaire » ? Pendant toutes ces journées, j’ai pris ma voiture pour aller me garer à Vincennes, pour être sûr qu’en cas de retour hors « heure de pointe » je puisse utiliser la ligne 1 et rentrer chez moi, même si le bus ne circule pas. Du coup un PV par jour. Où sont les parkings relais dont on nous rebat les oreilles depuis des années, ces parkings sensés permettre aux banlieusards de laisser leur voiture et prendre les transports en commun ? Beaucoup de questions, non pas à débattre, mais auxquelles il faut répondre et qu’il faut résoudre de façon concrète.

A ce propos, il y avait jeudi dernier, le 17 décembre le Forum de Paris-Métropole. Pas beaucoup de succès médiatique, mais un bon succès d’estime en termes de fréquentation. Qu’en dire ? Malheureusement pas grand-chose, si ce n’est des débats de plus. Encore et encore. Et à la fin, une conclusion de Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, en charge des relations Paris-Banlieue, « il faut comme tous les autres chantiers, ouvrir le chantier de la gouvernance… » Il est grand temps.

Jean-Paul Chapon

16.12.2009

Grève du RER A, les mots pour rire de la région et les (quasi) silences des autres

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Après une semaine de grève de RER A, grève apparemment reconduite aujourd’hui. Mon trajet quotidien aux « heures de pointe » via Auber me fait tomber sur une publicité du STIF et de la région Ile-de-France, qui prend une saveur toute particulière en cette période de grève avec un train sur deux aux heures de pointe, mais un trafic nul le reste de la journée, avec fermeture des gares en journée et le soir dès 20H00. Etrange logique, les transports ne seraient utiles qu’aux heures de pointe, tant pis pour les horaires décalés, notamment ceux qui finissent tard le soir, pour eux pas de service minimum. Etrange sensation entre le couvre-feu et l’isolement, comme ce week-end, où mes invités parisiens déclarent forfait, trop compliqué de venir à Fontenay et ensuite de rentrer. C’est l’occasion de voir à quel point notre vie, professionnelle, mais aussi sociale, on oserait sociétale est dépendante des transports dans une métropole comme Paris, le Grand-Paris. J’y reviendrai pour enfin parler du débat sur le projet du gouvernement Sarkozy, avec le Grand-Huit de Christian Blanc, la société du Grand-Paris et le débat à l’Assemblée.

Mais aujourd’hui, je préfère rester sur la grève et sur cette affiche. On comprend bien la colère de Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France et à ce titre du STIF, l’autorité organisatrice des transports, colère largement dirigée contre la RATP et son président Pierre Mongin, accusé de ne pas savoir gérer le conflit. Il faut dire que lancer un nouveau train (il s’agit de nouvelles rames, pas de nouvelles lignes, il ne faut pas rêver) en plein mouvement de grève, c’est pas de chance. Et le slogan choisi, « Davantage de trains à tout moment de la journée », ne pouvait plus mal tomber et fait franchement rire, un rire bien jaune. Vraiment pas de chance pour Huchon dont le bilan régional en termes de transports est certainement le point le plus faible de son bilan et l’angle d’attaque principal de ses rivaux, à commencer par la candidate UMP, Valérie Pécresse. Et l’avez-vous remarqué ou entendu ce (quasi) silence étonnant de la part du gouvernement et du président de la République, habituellement si prompts à dénoncer la prise en otage des voyageurs par les grévistes ? Rien, ou alors bien peu et même plus dirigé contre la région et sa gestion des transports que contre les syndicats de la RATP. Amusant, à se demander même à qui profite le crime ou la grève, et certainement le pourrissement. Car au bout du compte, ce qui reste, c’est l’impression négative sur les transports dans la région.

à suivre…

Jean-Paul Chapon

20.11.2009

Carte postale métropolitaine, avec fable corporatiste et violon chinois

Paris-Les Halles, le 12 novembre 2009

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« Des élus locaux conservateurs et corporatistes contre un président réformateur soucieux de moderniser l’Etat. C’est la fable que cherchent à vendre Nicolas Sarkozy et François Fillon alors que la République des maires, des conseillers généraux et régionaux organise la fronde contre les réformes des collectivités territoriales, de la taxe professionnelle et, peut-être, du mode de scrutin des futurs élus territoriaux. » C’est ainsi que débute l’éditorial de Paul Quinio dans Libération mardi 17 novembre. Et pourtant, que de conservatisme et de corporatisme souvent dénoncés sur Paris est sa banlieue, notamment avec la difficile construction du Grand-Paris et l’impasse de Paris-Métropole.

Mais dénoncer ce conservatisme et ce corporatisme, c’est un peu comme dénoncer il y a quelques années la violence en banlieue. On disait que c’était faire le jeu de Le Pen et du Front National, et on se donnait bonne conscience dans un angélisme nuisible. Alors aujourd’hui, critiquer les élus territoriaux, ce serait faire le jeu de Sarkozy et de Fillon. Camp contre camp, dans la logique politicienne la plus archaïque et conservatrice. Le Comité Balladur sur la réforme des collectivités territoriales, avec la présence de Pierre Mauroy et d’André Vallini, tous deux membres du PS, avait permis un temps d’espérer. Et si le Rapport Balladur était critiquable, il était pour autant amendable, encore fallait-il en avoir la volonté politique de la part d’élus tant de gauche, que de droite. Oui, il faut une réforme territoriale, oui, il faut une réforme de la fiscalité, qu’elle passe ou non par la suppression de la taxe professionnelle. Mais il faut pour cela accepter que les choses changent. Le projet de réforme du Gouvernement est comme le rapport Balladur. Il y a du bon, et du mauvais, et même des incohérences. Les métropoles, c’est bien même si l’approche est timide, l’essai de simplification, et pourquoi pas les conseillers territoriaux, c’est bien aussi, même s’ils ne représentent qu’une première étape vers un allègement du mille-feuilles, un pôle local communes-intercommunalités et un pôle régions-départements. Le scrutin à un tour nous surprend, pas inscrit dans nos habitudes, mais après tout, il pourrait aussi responsabiliser les partis et les citoyens en les obligeant à se prononcer directement dès le premier et seul tour, plutôt que ce jeu de billard à trois bandes des triangulaires qui fausse la réalité démocratique.

Mais quelle part réserver à la proportionnelle, le 80/20 n'est pas suffisant! comment assurer la parité chez les délégués territoriaux, comment trouver des solutions adaptées d’une part aux zones urbaines, mais aussi aux zones rurales ? Et pourquoi justifier la réduction du nombre d’élus par une simple logique comptable et accusatrice, au risque d’aggraver les déséquilibres de représentativité des élus ? Bref, il faut que les élus s’emparent du débat, et qu’une fois de plus comme ils l’ont fait avec le rapport Balladur, ils ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain. Alors plutôt que le blocage, attendons des propositions, des idées, un débat…

Voilà, et avant de finir une semaine encore trop chargée, où une fois de plus mes activités professionnelles m’éloignent de Paris est sa banlieue, nouvelle intervention dans une conférence sur le 2.0 en entreprise, rencontres et échanges passionnants, mais si peu de temps. Alors ce soir une nouvelle carte postale métropolitaine, avec un joueur de violon chinois que l’on peut croiser souvent dans la station de RER des Halles, quand les tambours et trompette ne sont pas là. Etrange décalage sonore, du Grand-Paris à la Chine, un peu d’Orient sur le quai du métro pendant que les voyageurs espèrent leur rame de jour de grève, c’est ça aussi aujourd’hui l’identité nationale vue de la métropole ;-)

Jean-Paul Chapon

15.11.2009

« Ça va voter Europe-Ecologie en banlieue demain... mais il faut avoir un projet sérieux », Stéphane Gatignon maire de Sevran et candidat Europe-Ecologie dans le 93 pour les régionales

Stéphane Gatignon, le maire communiste de Sevran, n’est pas encore très connu du grand-public notamment de celui de la métropole parisienne et c’est dommage. Sa candidature sur la liste Europe-Ecologie aux régionales en Ile-de-France devrait y remédier. Une nouvelle interview aujourd’hui, où à part confirmer qu’il ne pratique toujours pas la langue de bois, il revient et sur sa candidature et ses motivations. Stéphane Gatignon est un « communiste banlieusard » comme il se définit. Pour lui, Europe-Ecologie ouvre un cadre pour reconstruire la gauche, une opportunité qu’il veut saisir. Dans la longue réponse à la sixième question, des considérations sur la chute du mur de Berlin et la fin du communisme, point du vue sur les partis de gauche du PS au NPA, en passant par le PCF. « Aujourd’hui l’Humanité fait quand même des articles où on dit que la RDA c’était mieux », mais pour lui, l’histoire du PCF c’est aussi Tchernobyl, l’industrialisation productiviste et planificatrice...

Retour sur la banlieue et le Grand-Paris, comme un boutade à la question bobos contre cités à propos d’Europe-Ecologie, il répond que l’enjeu de la sortie de la prohibition sur le cannabis ce n’est pas « un truc de fumeurs de joints », après avoir d’abord souligné sa crainte face aux trafics et mafia locales en train de se structurer qui décideront demain de qui sont les élus. En réponse au un commentaire d'une note précédente qui trouvait son programme pas original, il accepte la remarque, parce que les mêmes questions se posaient il y a 10 ans. Et quitte à ne pas être original il ne veut pas que son rôle d’élu se cantonne « à être dans une gestion petits bras qui peut faire qu’on gère nos baronnies pour être réélu à la prochaine élection ». A propos de sa possible élection comme conseiller régional, il veut inscrire dans le débat régional la future réforme des collectivités territoriales. La question du Grand-Paris est centrale, avec un conseil de la métropole qui soit élu démocratiquement, qui reprenne en charge ce que font les syndicats intercommunaux aujourd’hui anti-démocratiques, sur l’eau, sur l’énergie etc. Avec ces élections il compte porter ces questions dans le grand-public, y compris sur la fiscalité. Au passage il enterre le SDRIF, qui « dès le départ n’était plus d’actualité, parce qu’on l’a fait sans penser qu’il fallait structurer la zone urbaine, qu’il y avait de l’urbanité à gérer et une mégapole à transformer en métropole ». Pour lui, le SDRIF aurait un sens dans la construction d’une métropole avec institutions démocratiques, dans son rapport avec le monde rural qui représente la plus grande partie de la région. Stéphane Gatignon n’attend pas grand chose du débat sur le Grand-Paris à l’Assemblée, « on nous enfume depuis longtemps, et on aurait dû avoir ce débat il y a 10-15 ans à gauche, on a été incapable et aujourd’hui le gouvernement fait ce qu’il veut ». Jusqu’à se demander si Nicolas Sarkozy souhaite vraiment gagner la région vu qu’il a « tout intérêt à ce que la région reste à gauche avec un homme comme Huchon, avec lequel il arrive à faire à peu près ce qu’il veut… On a vécu pendant 5 ans l’affrontement entre le maire de Paris et le président de la région sur ce qu’on faisait de Paris-Métropole, et aujourd’hui on a abouti à un truc mi-chèvre mi-chou, c’est le syndicat des élus un peu mécontents, c’est pas à la hauteur de ce qu’il faut parce qu’aujourd’hui on ne travaille plus le fond dans Paris-Métropole ». Sa crainte est le déplacement des zones d’exclusion. Pour lui, le centre de gravité de l’Ile de France va se déplacer sur son secteur, autour de Roissy avec de nouvelles populations, cadres, jeunes, au risque de chasser les populations actuelles. Il faut donc que la mixité sociale soit maintenue. Au passages il livre ses considérations l’axe Roissy-Reims et sur Roissy, plus qu’un aéroport, zone de fret et d’emplois, sur son développement économique et sur la dimension européenne de Roissy. Un discours assez rare à gauche. Enfin, il souligne le loupé historique de la région de ne pas avoir fait le tarif unique de la carte orange en supprimant les zones, était symbolique de la non compréhension de l’enjeu métropolitain, le fait de faire payer aux habitants des zones 5 ou 6 la même chose était leur faire comprendre qu’ils appartenaient à la même entité. Pour lui l’enjeu du projet métropolitain a été absent des discussions de la gauche.

* * * * * * Sur Paris est sa banlieue, je cite les trois engagements de ta lettre aux habitants de Sevran, combattre les inégalités entre territoires, combattre pour le mieux vivre ensemble et combattre la ghettoïsation. Un visiteur commente en disant que ce n’est pas très original. Que peux-tu lui répondre ?

Dans la lettre aux habitants de Sevran tu écris, « Le défi démocratique : face au projet de Nicolas Sarkozy, installer un Grand-Paris démocratique, fondé sur le suffrage universel, un service public efficace et l’égalité fiscale. » et aussi « il faut diriger la région autrement, gouverner le Grand-Paris au nom des citoyens et non au profit des intérêts boursiers et spéculatifs ». Pour toi, installer ce Grand-Paris démocratique çà passe aujourd’hui par la région ?

Le contexte est à une certaine crispation politique en perspective des régionales. Le projet de loi sur le Grand-Paris passe devant le parlement dans une dizaine de jours. Qu’attends-tu des débats ?

Dans l’article sur Roissy du Monde Diplomatique, tu dis "le pôle de Roissy est devenu bien plus qu’un aéroport : or à gauche, on ne s’y intéresse pas", au point même qu’il était absent du premier périmètre potentiel de Paris-Métropole. De même que beaucoup à gauche ne s’intéressaient pas trop à l’EPAD avant l’épisode Jean Sarkozy. Est-ce genre de constat qui te pousse à travailler avec Christian Blanc ? Et quand tu parles de tes discussions avec Christian Blanc, qu’en ressort-il ?

Jean-Paul Huchon président de la région lance au premier ministre un ultimatum pour qu’il présente le SDRIF au Conseil d’Etat dans les 15 jours ? Le SDRIF, né de la cogestion PS-Vert de la région, il représente quoi aujourd’hui, est-il encore d’actualité ?

Tu discutes avec Christian Blanc, tu critiques la gestion de la région et Jean-Paul Huchon, Paris-Métropole est dans l’impasse et tu annonces que tu sera sur la liste Europe-Ecologie du 93 aux régionales : ton message est-il qu’on est arrivé au moment où il faut oser sortir des schémas traditionnels ?

Dans ton interview à Libération on te fait remarquer qu’Europe Ecologie c’est plutôt bobo que banlieue, et c’est vrai qu’a priori on pense plus aux habitants des centres villes qu’à ceux des cités comme électeurs potentiels…

Interview enregistrée vendredi 13 novembre, à Sevran

Jean-Paul Chapon

09.11.2009

Grève du RER, Gatignon à Europe-Ecologie, Berlin 20 ans après... il y a des jours comme ça…

Il y a des jours comme ça, où l’on aurait beaucoup de choses à dire, et aussi des jours où on ne saurait pas ce qui est le plus important et par où commencer. Et aussi des jours où parce qu’il y a tout cela, on n’aurait pas le temps. C’est le cas aujourd’hui. Alors je commencerai par ce qui m’a empêché d’avoir du temps.

greve-rer-09-11-09.1257800808.jpg Aujourd’hui 9 novembre 2009, Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France a beau jeu de dénoncer « la gestion sociale interne à l’entreprise » et regrette « qu’une réorganisation au rabais pousse les syndicats à l’action ». Une bonne occasion pour lui de s’en prendre à Pierre Mongin, le président de la RATP, et on peut effectivement s’étonner que plus de deux ans après que le STIF ait voté la suppression de l’interconnexion* et du changement de conducteur RATP-SNCF en juillet 2007, la mise en place de ce changement soit l’une des raisons invoquées pour la grève d’aujourd’hui, qui paralyse les deux artères cardinales des transports en commun de la métropole, dont on peut rappeler comme le fait le Parisien ce matin qu’elles transportent 1 million de voyageurs par jour pour le RER A et 700.000 pour le RER B. Des chiffres que les médias commencent heureusement à prendre en compte et qui montrent à quel point il n’y a pas d’offre alternative, si ce n’est malheureusement la voiture. Et une nouvelle fois, une petite équation : comment faire entrer 1 million de voyageurs du RER A dans une ligne 1 du métro qui sature déjà à 600.000 voyageurs par jour… Et pour ceux qui comme le président de la République pensent qu’aujourd’hui, quand il y a une grève personne ne s’en aperçoit, voici une petite brève tirée des la page entreprise du Monde de ce soir.‘La gare Saint-Lazare saturée suite à la grève dans le RER. La Gare SNCF de Paris-Saint-Lazare était « saturée » dans la matinée du lundi 9 novembre, conséquence indirecte de la grève qui touche les lignes A et B du RER. « Nous avons récupéré 100 trains supplémentaires qui s’ajoutent aux 300 que nous avons habituellement le matin », explique Guillaume Ancel, directeur des lignes Transilien de Paris-Saint-Lazare, ajoutant : « C’est comme si toute la population de la ville de Lyon [650 000 habitants] passait dans une gare longue de 210 mètres », a-t-il ajouté. Juste pour continuer avec les ordres de grandeur…

stephane-gatignon.1257799917.jpg Aujourd’hui 9 novembre 2009, Stéphane Gatignon, le maire encore PCF de Sevran envoie une lettre aux habitants de sa ville et s’exprime dans Libération pour annoncer qu’il sera candidat aux élections régionales sur la liste d’Europe Ecologie, et « pourquoi pas ? » Comme il le concède dans Libération comme tête de liste en Seine-Saint-Denis. Plutôt une bonne nouvelle en ces temps de crispation gauche droite dans le débat sur le Grand-Paris, parce que Stéphane Gatignon est capable de pragmatisme sans pour autant renier ses convictions et ses engagements. Et c’est le même Stéphane Gatignon qui peut écrire qu’il faut « face au projet de Nicolas Sarkozy, installer un Grand Paris démocratique fondé sur le suffrage universel, un service public efficace et l’égalité fiscale » mais qui sait aussi ne pas fermer les portes et écrire que « depuis 2001, nous administrons la commune en nous battant quotidiennement pour défendre nos projets, au sein de l’ANRU ou en discutant avec le ministre Christian Blanc sur le Grand-Paris, par exemple. » Dans sa lettre aux habitants de Sevran, Stéphane Gatignon dit s'engager à "combattre les inégalités entre territoires... combattre pour l'égalité fiscale... combattre pour le mieux vivre ensemble... et combattre la ghettoïsation...", et il sait de quoi il parle. En espérant redonner très rapidement la parole à Stéphane Gatignon, que les lecteurs de Paris est sa banlieue connaissent déjà bien.

murs-le-monde-09-11-09.1257799969.jpg Aujourd’hui 9 novembre 2009, c’est le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Il y a 20 ans, je n’étais pas à Berlin, qui semble pourtant avoir été le rendez-vous le plus couru de tout l’UMP d’aujourd’hui. Non, il y a 20 ans, le 9 novembre 1989, j’écoutais France Info en rentrant en voiture de Vélizy, et dans les embouteillages du soir, j’écoutais en direct, avec émotion, ces nouvelles incroyables, énormes de ces rassemblements autour du mur, la nouvelle que des manifestants étaient sur le mur. Je me souviens parfaitement de ce soir, comment peut-on l’oublier. Mais ce soir 9 novembre 2009, je suis fatigué du barnum médiatique autour de cette commémoration. Je ne comprends pas pourquoi Radio France diffuse le même programme sur toutes ces chaînes et impose, quelle démocratie hertzienne, le même programme affligeant à ses auditeurs. Mais qu’a-t-on à faire ce soir des états d’âmes de Pierre, Paul ou Jacques, si important qu’ils méritent que l’on supprime les infos sur France Info, paradoxe absolu, la censure pour saluer le retour à la liberté. Ne se serait-il rien passé de plus important aujourd’hui que la chute de dominos de polystyrène devant la porte de Brandebourg ! Alors pour saluer les 20 ans de la chute du mur de Berlin, appelons ce soir de nos vœux la chute des autres murs, ceux de Corée, de Chypre, d’Israel, des Etats-Unis, et puis plus sournois, car invisibles à part quelques barbelés à Ceuta, ceux qui séparent le Sud du Nord, les ventres creux des ventres pleins.

* à propos de l'interconnexion, on peut relire la note STIF et Grand-Paris, ou de l'absurdité comme principe de gouvernement ;-)

Jean-Paul Chapon

Illustration sur les murs parue dans Le Monde daté du 10-11-O9 et donc parue "aujourd'hui, 9 novembre 2009"

 
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