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13.02.2008

Criticat, une revue pour sortir de l'architecture et de l'urbanisme

criticat.1202919604.jpgFaire une revue qui ouvre l’architecture sur autre chose que l’architecture. Ainsi pourrait-on résumer la ligne éditoriale de Criticat dont le premier numéro a été présenté hier soir à la librairie le Genre Urbain par ses quatre fondateurs principaux, trois architectes Valéry Didelon, Françoise Fromonot, Pierre Chabard et un historien de l'architecture Bernard Marrey. Criticat est donc une revue autour de l’architecture et de l’urbanisme, semestrielle (pour l’instant), qui veut faire sortir architecture et urbanisme d’un petit milieu confiné. Au vu de certaines réflexions lors de la présentation hier soir, ils ont bien raison de s’atteler à la tâche, comme pour celle qui me demande avec une curiosité sympathique ce que je peux bien faire pour être là ce soir, puisqu’en intervenant, j’ai précisé que je n’étais ni architecte ni urbaniste, ou encore cette remarque sans doute d’une enseignante en architecture, qui défend la périodicité semestrielle, tout à fait adaptée à leur vie qui tourne autour du semestre comme unité pédagogique avec les étudiants. Ou encore, ceux qui auraient préféré une approche plus thématique, une collection de petits ouvrages par sujet, mais non, ils ont choisi de faire de Criticat une revue et ils ont eu raison.

Je ne présenterai pas l’ensemble de la revue (que Valéry Didelon ne m’en tienne pas rigueur ;-), dont on peut consulter le sommaire sur le site de Criticat. Mais je ferai un petit focus sur le premier dossier, parce qu’il colle particulièrement bien avec Paris est sa banlieue, mais aussi parce qu’il est très représentatif de ligne éditoriale de Criticat. La revue s’ouvre sur un dossier Des tours à Paris, dans lequel on trouve une analyse de Françoise Fromonot, quelques « perles » pêchées dans la presse, comme par exemple Claude Goasguen déclarant « on démolit des tours en banlieue parce qu’elles sont inhabitables et on voudrait en édifier dans la capitale ? C’est absurde » (l’Express 26-01-2004), une chronologie bien documentée sur la question de la hauteur à Paris de 1867 à 2007, et puis les auteurs sur la hauteur, rassemblant des points de vues de personnages aussi variés que Roland Barthes (extraordinaire texte sur la Tour Eiffel), François Mitterrand qui aime les tours, Rem Koolhass ou encore Le Corbusier. Sortant du dossier, un texte de Rem Koolhaas Bigness, ou le problème de la grande taille de 1994, traduit en français pour la première fois, vient très heureusement compléter cette partie.

criticat-2.1202920035.jpgTours de passe passe, titre Françoise Fromonot pour son analyse sur la question des tours à Paris. Et même s'il est difficile de s’inscrire dans l’actualité brûlante lorque l'on est semestriel, il faut avouer que cette livraison arrive à point nommé. L'analyse atteint parfaitement le but que s’est fixé Criticat, faire sortir la question du seul domaine de l'architecture ou de l'urbanisme, du débat binaire, pour ou contre les tours, et l’inscrire dans une perspective plus large, comme une aide à la réflexion sur la question. Les différents aspects du dossiers sont examinés, en levant au passage pas mal d’idées reçues (la densité d’un quartier de tour est inférieure à celle d’un quartier haussmanien), en alignant des arguments considérés comme majeurs mais qui finissent par s'annuler les uns contre les autres, de la question de la densité à celle de la charge environnementale ou encore de l’impact sur la vie sociale à « l’altération du Paris canonique ». Mais surtout Françoise Fromonot analyse les différentes séquences dans lesquelles la question des tours revient sur le tapis, entre un PLU du maire de Paris qui s’enlise d’un côté et un Président de la République qui cherche à orienter le débat sur la Ville, elle met en perspective une instrumentalisation de l’architecture par la communication politique. « Les architectes sont ainsi cantonnés à un rôle d’otages consentants, qu’on leur présente (et qu’ils acceptent) comme un privilège. Rien d’étonnant à ce qu’ils n’aient pas cherché à s’affranchir des orientations imposées par de possibles commanditaires à la polémique binaire sur « la hauteur » qui tient lieu de débat à l’urbanisme parisien. Conscients que trop d’interrogations risquaient d’embrouiller à leurs dépens quelques poncifs commodes, les stars les plus sollicitées ont même vendu aux deux camps l’argument imparable qu’on attend des artistes : leurs tours seront belles… » et de conclure «Fantasme d’entrepreneur, désir d’élu, rêve d’architecte. L’agitation créée de toutes pièces autour de cette innovation plus qu’hypothétique a réussi une fois encore à évacuer la question du futur Paris Métropole, tout en prétendant se pencher sur elle. Plutôt que de chercher à rendre crédible leur force de proposition sur ce sujet, les professionnels se sont soumis en toute complicité à la logique du spectacle pour pouvoir en participer. Quant au politique, saura-t-il enfin demander aux architectes de lui montrer la lune plutôt que les obliger à regarder son doigt ? »

Lors du séminaire Pariphérie auquel j’avais été invité en novembre dernier, Valéry Didelon me faisait remarquer qu'architectes et urbanistes étaient plutôt absents de Paris est sa banlieue. J’espère que cette nouvelle revue m’aidera et les faire entrer dans ces pages. Criticat me semble d'ailleurs être une revue que les lecteurs habituels de Paris est sa banlieue devraient aimer, et dont ils pourraient bien faire leur revue.

Le sommaire du numéro 1 de Criticat est complété par un enquête de Valéry Didelon sur les tribulations du 51 rue de Bercy, première œuvre de Frank 0.Gehry à Paris, un entretien de Pierre Chabard avec l’architecte Alan Colquhoun, un article de Bernard Marrey sur un aspect peu connu de Frank Lloyd Wright. On peut s’abonner en ligne sur le site de Criticat, mais on peut aussi la trouver à la Librairie le Genre Urbain, 30 rue de Belleville, dans le 20ème à Paris, juste au-dessus du métro Belleville.

à suivre…

Jean-Paul Chapon

31.12.2007

Paris, capitale du luxe... culturel

richard-rogers-entree.1199040170.jpgLa culture est-elle, au même titre que le logement, un luxe dans la capitale ? Vendredi soir, je suis allé voir l’exposition Richard Rogers + Architectes. Cela faisait plusieurs fois que passant devant Beaubourg, mon regard était attiré par les grandes tables et les maquettes qui présentent une rétrospective de Richard Rogers, 40 ans de projets et de réalisations de l’architecte anglais et de ses associés. Mais voilà, le Centre Pompidou lui aussi pourrait servir d’indicateur dans le débat sur le pouvoir d’achat. Car pour visiter cette rétrospective et admirer les maquettes, il faut débourser 10 euros. 10 euros pour quelques centaines de m2 d’exposition de la Galerie Sud. Je crois à une blague. Il est vrai qu’en arrivant j’avais en tête l’époque bénie des débuts de Beaubourg, lorsque le hall, le sous-sol et les différentes richard-rogers-beaubourg-1.1199040265.jpgmezzanines proposaient expos et installations, souvent gratuites (ma mémoire me joue peut-être des tours avec un passé tout en rose ;-), j'ai vraiment une nostalgie de cette époque où à la place du magasin d’objets aussi chers que convenus, je visitais des expositions sur l’architecture de terre, richard-rogers-beaubourg-lo.1199040364.jpgou encore ces Nouveaux plaisirs d’architectures où je découvrais Mario Botta, Aldo Rossi, Oswald Mathias Unger ou encore Christian de Portzamparc... Non, ce soir je n’ai pas envie de payer 10 euros, la culture est-elle à ce prix à Paris ? Qu’on est loin aujourd’hui du projet de mettre la culture contemporaine au centre de la cité, de lui donner un accès facile pour tous. L’ambition de Beaubourg est-elle morte ou s’est-elle adaptée à son environnement, touristes et bobos ? richard-rogers-catalogue.1199040462.jpg Sans trop de conviction je me rabats sur le catalogue en vente dans la librairie. 39,93 euros, c'est une catalogue Centre Pompidou, tarif Centre Pompidou. Je dois avouer que le catalogue est beau, en tout cas vu de l’extérieur car il est scellé. Donc 10 euros l’entrée et 39,90 euros le catalogue, cela fait 49,90 euros pour Richard Rogers, si l’on est vraiment intéressé ! A Paris la culture a son prix…

Donc, je ne vous conseillerai pas cette exposition, car même si j’ai bien 10 euros à consacrer à une exposition, je refuse de le faire. Je ne veux pas entrer dans ce système et le cautionner. Tant pis pour moi...

contre-tout.1199040767.jpgEn revanche, pour 6,50 euros (c’est encore un peu cher, mais j’ai l’impression qu’en dehors de jours gratuits à Paris, rien n’est abordable dans le domaine culturel), je vous conseille l’exposition Sots Art, à la Maison Rouge, 12 boulevard de la Bastille. Si comme moi vous êtes démoralisés par la Russie de Poutine, prêts à dire que ma foi, ces Russes ne sont pas faits pour la démocratie et qu’ils n’ont que ce qu’ils méritent, une visite à Sots Art aide à remettre les pendules à l’heure. On ne doit pas désespérer d’un pays qui est capable de produire une telle avant-garde critique qui est l'objet de l'expo Sots Art, art politique en Russie de 1972 à aujourd’hui. Sots Art, c’est la version Soviétique d’abord, puis Russe du Pop Art, la façon dont les dissidents des années 70 mettaient en image leurs critiques et leur revendication de liberté. Et une des pièces les plus intéressantes de cette exposition, est certainement le catalogue d’objets absurdes, « super objets pour super gens » pour éviter les mauvaises odeurs, les mauvais bruits, vérifier qu’on n’est pas suivi, de Komar et Melamid, les fondateurs de ce mouvement.

kossolapov-mickey-minnie-ou.1199040857.jpgSur le site de l’expo, on peut lire : « Au-delà du déni ou de la dénonciation qui avaient caractérisé la démarche de la première génération des artistes « non-conformistes », le Sots Art propose une troisième voie : l’appropriation des images et des slogans de la propagande pour la rendre grotesque. La méthode va reposer sur l’emploi incorrect et hors contexte des sujets et des motifs de la propagande. Ces manipulations ludiques d’une rhétorique du pouvoir destinée à soumettre l’individu, ont réellement contribué à libérer les consciences. ». Et c’est une étonnante et réjouissante découverte – émouvante aussi, comme un Good-bye Lenin dans une galerie – que Sots Art propose. Beaucoup sont partis à New York comme Kossolapov qui accueille les visiteurs avec une kokhozienne et un ouvrier aux têtes de Mickey et Minnie, et dont une Trinité fait face à un Kroutchev culbuto et un Staline et Maryline. Mais Sots Art continue à influencer les artistes russes de Russie, « Retour vers le futur » avec une galerie de cosmonautes CCCP façon mur de cantine soviétique, cachés derrière une palissade, ou encore un portrait de chute-du-satellite.1199040959.jpgElstine et Lebed façon réalisme soviétique, un soviet paradise, avec pionnier, ouvrière, joueuse de tennis et ingénieur. Et côté catalogue, pas de risque de se ruiner. Sots Art co-produit par la Galerie Trétiakov a connu des difficultés de réalisation. Lorsque j’ai voulu acheter le catalogue, on m’a expliqué à l’accueil « qu’ il était imprimé en Russie, et qu’ils n’étaient pas d’accord avec le texte et qu’on devrait l’avoir en janvier, normalement ». Sots Art a fait tousser les autorités russes, qui n’aiment pas que l’on s’attaque à la Russie, fut-elle soviétique. Raison de plus pour y aller ;-)

kossolapov-la-trinite.1199041024.jpgkossolapov-la-trinite.1199041024.jpgkossolapov-la-trinite.1199041024.jpg

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Jean-Paul Chapon

04.12.2007

Quand "Paris est sa banlieue" rencontre "Pariphérie"

Au bord de la route on fait du stop,
On abandonne son chien,
On soulage une envie pressante,
On vend des fruits de saison,
On se prostitue quelque que soit la saison,
On cueille des fleurs et des champignons,
On dépose des bouquets funéraires pour ne pas oublier,
On jette ses déchets par la fenêtre sans même y penser.

On pourrait dire que le bas-côté est à la route ce que la périphérie est à Paris : une marge, un espace en retrait, que l’on croit connaître sans jamais prendre le temps de la regarder, de l’apprécier.

c67c543100bf20ca87a3535c8d0f0451.jpgC’est par ces lignes que débute le premier article, Au bord de la route, du numéro 3 de Pariphérie, la revue de la Suburbia. Cette revue est un ensemble d’articles* écrits par les étudiants de 5ème année d’architecture du séminaire Pariphérie : approches de la métropole, animé par Valéry Didelon et François Béguin à l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Versailles, l'ENSA-V. Mercredi dernier j'étais invité comme auteur de Paris est sa banlieue à participer à un atelier de ce séminaire, trois heures de rencontres et de discussion autour du thème de la Ville. Un de ces moments trop rares d’échanges agréables et passionnants. De l’a priori sur la banlieue à la notion de monument, la « démocratie du sommeil » et les limites de la ville, Le Mans doit-il être inclus dans une réflexion sur le Grand-Paris, représentation de la ville, ville et non-ville. Trois heures que je recommencerai volontiers à la première occasion ;-)

21659758c3058883269801e639dd24ec.jpgPariphérie, c’est un séminaire qui revisite le regard sur la Ville ou réapprend à la voir. La description précise que « l'objectif final de cet enseignement est la fabrication par le groupe d'étudiants d'une publication sur la métropole parisienne. » Il s’agit d’un travail collectif de recherche fonctionnant en atelier, « qui cherche à dresser un portrait du Paris contemporain rompant avec les représentations établies » et à « renouveler son regard sur les rapports qui se tissent entre centre et périphérie… sur leur hybridation, des échanges entre culture urbaine et suburbaine ou de la circulation entre modèles académiques et figures génériques. »

En support du travail des 15 étudiantes et étudiants du séminaire Pariphérie une marche d’observation, un itinéraire à définir, puis la marche en elle-même en avril dernier, de la gare du RER de Lieusaint dans la ville nouvelle de Sénart, première étape à Draveil, deuxième à Thiais avant d’arriver à Paris. Grande couronne, petite couronne, franchissement des trois remparts Francilenne, A86 et Périphérique, 60 km de marche parcourus en trois jour de la grande couronne parisienne au point kilométrique 0, le parvis de Notre-Dame, pour une observation « des franges de la métropole parisienne à son cœur »… avec une approche pluridisciplinaire, « sciences humaines et sociales, architecture et urbanisme » et « plan, relevé architectural, observation ethnographique, mais aussi littérature, photographie, entretiens, etc.»

7e12219a925afc770ff4008d022c510a.jpgJe reviendrai plus en détail sur les différents articles de la revue de la Suburbia. Un exemple pour montrer le type de travail, tiré de Cartographie mentale du plan de réseau ferré d’Ile-de-France *. Trente personnes, de Paris et de banlieue, ont été abordées et on leur a demandé de « dessiner leur vision personnelle du plan de réseau de transport en commun de l’Ile-de-France ». Malgré la faible taille de l’échantillon, les résultats de la démarche sont particulièrement intéressants, avec la limite de Paris présente dans 2 dessins sur 3 et une représentation de la centralité dans près de 1 dessin sur 2. Sans trop de surprise, on constate que « l’habitant des environs de Paris à quelques exceptions près, a une vision assez étendue de ce réseau, contrairement à son voisin parisien. » Plus intéressant sur la notion de métropole « puisqu’une frontière est majoritairement présente entre Paris et sa périphérie, c’est donc le signe que la notion de réseau est incomplète. Servant de connexion des territoires entre eux, la perception idéale du réseau Ile-de-France ne devrait pas marquer de distinction entre un centre et une périphérie. » On remarque ainsi dans les cartes publiées par la revue, la différence entre une première carte très complète d’un habitant de Conflans-Sainte-Honorine qui ne montre pas les limites de Paris mais celle de la « centralité », celle d’une jeune fille de banlieue étudiante à Paris mais ne montre aucune limite administrative mais simplement le réseau tel qu’elle l’utilise, et celle d’une parisienne intra-muros dont la vie professionnelle et sociale se situent à Paris et qui précise « périphérique » sur sa carte.

d093668e80f07cef2ecadaf4e085934d.jpgAu cours de notre discussion la semaine dernière, Valéry Didelon me fait remarquer que les urbanistes sont absents de Paris est sa banlieue, peut-être suggère-t-il parce qu’ils sont particulièrement absents du débat sur la Ville et la notion de métropole, en tout cas en France ? D’où l’idée du séminaire Pariphérie, approches de la métropole qui visiblement prépare bien la relève et sur lequel je reviendrai encore, avec par exemple un article décapant Monuments de la Pariphérie : « pour » des miniatures de l’échangeur Pompadour dans les boutiques souvenirs.

à suivre…

Jean-Paul Chapon

* Les 15 articles du numéro 3 de la Revue de la Suburbia :

· Au bord de la route - Salwa Bouchareb
· Evolution et déplacement de la surface commerciale – Pétar Stéfanov
· Paysages sonores, quelles représentations ? – Hélène Préchac
· Cartographie mentale du plan de réseau ferré d’Ile-de-France – Bérénice Béhaghel
· La banlieue dans la culture populaire : une évolution des stéréotypes entre les années 1950 et 1990 – Pierre Guyot
· Plug-in City – Paul Bouvier
· Concurrences, quand l’architecture se substitue à la ville – Benoît Fiton
· Localisation et thématisation des supports publicitaires de trois villes – Clélie Protière
· Les banlieues en représentations : jeux d’échelles – Naïk Lasherme
· Monuments de la pariphérie – Isabelle Guillon
· Décodage des voies périphériques – Daphnée Courthiade
· Les enjeux de la mobilité – Jérôme Leclerc
· Le marché d’intérêt national au sein du pôle Orly-Rungis – Etienne Mares
· Domesticity – Thomas Dantec
· La place du Vélo en Hollande et à Paris – Marine Demandre

30.11.2007

SUSPENSION DE PARIS EST SA BANLIEUE SUR 20MINUTES.FR

En attendant la mise au point complète de la nouvelle maquette de 20minutes.fr, Paris est sa banlieue suspend son activité sur 20minutes.fr.

Pour autant, Paris est sa banlieue continue et vous accueille dans son autre version sur lemonde.fr

Jean-Paul Chapon

07.10.2007

Enquête publique sur le SDRIF, ou "les petites Foedora dans leurs boules de verre"...

Dans une semaine débutera l'enquête publique pour la révision du Schéma Directeur de la Région Ile-de-France, le SDRIF. Le SDRIF ne concerne pas que Paris, ou encore la zone dense, loin s'en faut, mais il pourrait avoir un rôle déterminant sur l'évolution de la Ville dans les années à venir, à moins que comme celui de 1994 aujourd'hui révisé, il ne soit à son tour révisé dans une dizaine d'années faute d'avoir été appliqué, ou parce que plus applicable...En attendant et puisque c'est dimanche, voici un nouveau texte tiré des "Città invisibile" d'Italo Calvino, ces villes invisibles, évocations poétiques - mais pas seulement - de la Ville. Au début de sa préface, Italo Calvino écrit, "Dans les Villes invisibles, aucune ville n'est reconnaisable. Toutes ces cités sont inventées; je leur ai donné à chacune un nom de femme. Le livre se compose de courts chapitres, chacun étant prétexte à une réflexion qui vaut pour toutes ville ou pour la ville en général".

Foedora - Les villes et le désir. 4
 
Au centre de Foedora, métropole de pierre grise, il y a un palais de métal avec une boule de verre dans chaque salle. Si l’on regarde dan ces boules, on y voit chaque fois une ville bleue qui est la maquette d’une autre Foedora. Ce sont les formes que la ville aurait pu prendre si, pour une raison ou une autre, elle n’était devenue telle qu’aujourd’hui nous la voyons. A chaque époque il y eut quelqu’un pour, regardant Foedora comme elle était alors, imaginer comment en faire la ville idéale ; mais alors même qu’il en construisait en miniature la maquette, déjà Foedora n’était plus ce qu’elle était au début, et ce qui avait été, jusqu’à la vielle, l’un de ses avenirs possibles, n’était plus désormais qu’un jouet dans une boule de verre.

Foedora, à présent, avec ce palais des boules de verre possède son musée : tous ses habitants le visitent, chacun y choisit la ville qui répond à ses désirs, il la contemple et imagine qu’il se mire dans l’étang des méduses qui aurait dû recueillir les eaux du canal (s’il n’avait été asséché), qu’il parcourt perché dans un baldaquin l’allée réservée aux éléphants (à présent interdits dans la ville), qu’il glisse le long de la spirale du minaret en colimaçon (qui ne trouva plus le terrain d’où il devait surgir).

Sur la carte de ton empire, ô Grand Khan, doivent trouver place aussi bien la grande Foedora de pierre et les petites Foedora dans leurs boules de verre. Non parce qu’elles sont toutes également réelles, mais parce que toutes ne sont que présumées. L’une rassemble ce qui est accepté comme nécessaire alors qu’il ne l’est pas encore ; les autres ce qui est imaginé comme possible et l’instant d’après ne l’est plus.

Italo Calvino, Les villes invisibles, II - Les villes et le désir. 4.

Alors Foedora, Paris, à suivre...

Jean-Paul Chapon

14.09.2007

Empanadas, patrimoine et Grand-Paris pour un week-end au soleil

medium_cite_architecture_et_patrimoine_roman.JPGCe week-end il devrait faire beau à en croire Météo France, alors si vous ne savez pas quoi faire et que l’actualité du Grand-Paris vous intéresse, pourquoi ne pas aller faire un petit tour samedi au Bourget, à la Fête de l’Humanité. D’abord c’est sympa et vous pourrez dire « j’y étais » car avec les scores du PC, on pourrait se demander combien de temps encore va tenir cette institution quasi historique. Et puis c’est toujours l’occasion de faire un tour du côté de la cité internationale de la Fête et déguster des empanadas, qui semblent être réservées aux seules festivités organisées par le PC en région parisienne ;-)

medium_cite_architecture_et_patrimoine_guimard.JPGPlus sérieusement, au-delà des spécialités chiliennes et argentines, un débat qui s’annonce intéressant peut motiver une visite au Bourget. Demain samedi 15 septembre à 14h30, sur le stand de Paris, un débat aura pour thème « Paris Ile-de-France : quelle démocratie, pour quel projet ? », avec Jacqueline Rouillon (PC), maire et conseillère générale de Saint-Ouen, Gabriel Massou, président du groupe CACR au Conseil Régional IDF, Anne Hidalgo (PS), adjointe au maire de Paris (sous réserve) Mireille Ferri (les Verts), vice-présidente de la région Ile de France, Pierre Mansat (PC) adjoint au maire de Paris et Philippe Laurent (UDF Nouveau Centre), maire Conseiller général Sceaux. Un débat plus que jamais d’actualité, avec des représentants du PC à l’UDF en passant par le PS et les Verts. Dommage, il manque encore une fois l’UMP, peut-être pas invitée, mais qui de toute façon boycottent systématiquement les débats autour du Grand Paris, comme si elle avait peur de devoir partager le sujet avec d’autres…

medium_cite_architecture_et_patrimoine_bnf.JPGEt pour dimanche, une autre visite s’impose pour les journées du patrimoine. Mon musée parisien préféré rouvre ses portes après des années de fermeture : le Musée des Monuments Français intégré dans la Cité de l’architecture et du patrimoine, située au Trocadéro dans une des ailes du Palais de Chaillot. Dans ce musée, sont rassemblés des moulages et copies grandeur réelle de fresques romanes, de piliers ou de portails de cathédrale, la voute du Gros-Horloge de Rouen, le portail de Vézelay, celui de Moissac, les statues de Chartres, les fresques de Saint-Savin sur Gartempe, au total plusieurs centaines de moulages d’architecture du moyen-âge au 18ème siècle. La collection est complétée par la galerie d’architecture moderne et contemporaine, avec une centaine de maquettes sur l’architecture du 19ème siècle à aujourd’hui, et un appartement grandeur nature d’une des Cités Radieuses de Le Corbusier. Une visite indispensable pour les lecteurs de Paris est sa banlieue !

Jean-Paul Chapon

En avant goût, même si les lignes bougent, on peut revoir l'interview de Pierre Mansat, adjoint de Bertrand Delanoë, en charge des relations avec les collectivités territoriales, ou pour faire simple entre Paris et la/sa banlieue ;-)
 
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