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20.11.2009

Carte postale métropolitaine, avec fable corporatiste et violon chinois

Paris-Les Halles, le 12 novembre 2009

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« Des élus locaux conservateurs et corporatistes contre un président réformateur soucieux de moderniser l’Etat. C’est la fable que cherchent à vendre Nicolas Sarkozy et François Fillon alors que la République des maires, des conseillers généraux et régionaux organise la fronde contre les réformes des collectivités territoriales, de la taxe professionnelle et, peut-être, du mode de scrutin des futurs élus territoriaux. » C’est ainsi que débute l’éditorial de Paul Quinio dans Libération mardi 17 novembre. Et pourtant, que de conservatisme et de corporatisme souvent dénoncés sur Paris est sa banlieue, notamment avec la difficile construction du Grand-Paris et l’impasse de Paris-Métropole.

Mais dénoncer ce conservatisme et ce corporatisme, c’est un peu comme dénoncer il y a quelques années la violence en banlieue. On disait que c’était faire le jeu de Le Pen et du Front National, et on se donnait bonne conscience dans un angélisme nuisible. Alors aujourd’hui, critiquer les élus territoriaux, ce serait faire le jeu de Sarkozy et de Fillon. Camp contre camp, dans la logique politicienne la plus archaïque et conservatrice. Le Comité Balladur sur la réforme des collectivités territoriales, avec la présence de Pierre Mauroy et d’André Vallini, tous deux membres du PS, avait permis un temps d’espérer. Et si le Rapport Balladur était critiquable, il était pour autant amendable, encore fallait-il en avoir la volonté politique de la part d’élus tant de gauche, que de droite. Oui, il faut une réforme territoriale, oui, il faut une réforme de la fiscalité, qu’elle passe ou non par la suppression de la taxe professionnelle. Mais il faut pour cela accepter que les choses changent. Le projet de réforme du Gouvernement est comme le rapport Balladur. Il y a du bon, et du mauvais, et même des incohérences. Les métropoles, c’est bien même si l’approche est timide, l’essai de simplification, et pourquoi pas les conseillers territoriaux, c’est bien aussi, même s’ils ne représentent qu’une première étape vers un allègement du mille-feuilles, un pôle local communes-intercommunalités et un pôle régions-départements. Le scrutin à un tour nous surprend, pas inscrit dans nos habitudes, mais après tout, il pourrait aussi responsabiliser les partis et les citoyens en les obligeant à se prononcer directement dès le premier et seul tour, plutôt que ce jeu de billard à trois bandes des triangulaires qui fausse la réalité démocratique.

Mais quelle part réserver à la proportionnelle, le 80/20 n'est pas suffisant! comment assurer la parité chez les délégués territoriaux, comment trouver des solutions adaptées d’une part aux zones urbaines, mais aussi aux zones rurales ? Et pourquoi justifier la réduction du nombre d’élus par une simple logique comptable et accusatrice, au risque d’aggraver les déséquilibres de représentativité des élus ? Bref, il faut que les élus s’emparent du débat, et qu’une fois de plus comme ils l’ont fait avec le rapport Balladur, ils ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain. Alors plutôt que le blocage, attendons des propositions, des idées, un débat…

Voilà, et avant de finir une semaine encore trop chargée, où une fois de plus mes activités professionnelles m’éloignent de Paris est sa banlieue, nouvelle intervention dans une conférence sur le 2.0 en entreprise, rencontres et échanges passionnants, mais si peu de temps. Alors ce soir une nouvelle carte postale métropolitaine, avec un joueur de violon chinois que l’on peut croiser souvent dans la station de RER des Halles, quand les tambours et trompette ne sont pas là. Etrange décalage sonore, du Grand-Paris à la Chine, un peu d’Orient sur le quai du métro pendant que les voyageurs espèrent leur rame de jour de grève, c’est ça aussi aujourd’hui l’identité nationale vue de la métropole ;-)

Jean-Paul Chapon

03.09.2009

"Une vision essentiellement productiviste et utilitariste" du Grand-Paris, Philippe Laurent commente l'avant-projet de loi du gouvernement

decentralisation-en-finir-avec-les-idees-recues.1251919483.jpgRentrée chargée pour Philippe Laurent qui publie Décentralisation : en finir avec les idées reçues*, un livre inspiré par la Commission Balladur sur la réforme des collectivités territoriales et qui sort au moment où arrive le projet de loi inspiré par les travaux de cette commission. Si pour le maire DVD de Sceaux et vice-président de l’AMF, tout n’est pas parfait, mais tout de même intéressant comme base de travail, comme par exemple l’achèvement des intercommunalités ou l’affirmation des métropoles, plus réservé sur d’autres points et carrément opposé sur d’autres comme la suppression de la clause de compétence générale pour les régions et département, ce qu’il n’a pas du tout aimé l’ambiance qui s’est crée autour de ce rapport et surtout la façon dont certains élus de la majorité et les médias se sont emparés du sujet, remettant en cause l’action des collectivités territoriales et la décentralisation. Pour lui la situation est beaucoup moins mauvaise qu’on ne veut la dépeindre, d’où la volonté de Philippe Laurent de remettre les pendules à l’heure. Et surtout il voudrait que l’on revienne un peu à ce qui se passe sur le terrain, sur ce qui fonctionne, sur la façon dont les élus ont appris à travailler entre eux, sans uniquement s’intéresser aux questions institutionnelles. Et au passage demande une nouvelle fois une véritable réforme fiscale pour les collectivités territoriales.

Mais Philippe Laurent est aussi vice-président de Paris-Métropole, et son actualité de rentrée c’est aussi le Grand-Paris, et le projet du gouvernement qui ne le laisse pas indifférent, et même si tout n’est pas mauvais, il lui reproche d’abord une « vision essentiellement productiviste et utilitariste », pas de vision construite et partagée, loin de la ville et de la métropole, et surtout de ses habitants Grand-Parisiens. Bref un texte d’inspiration « très technocratique » et une méthode qui fait peu de cas des élus, tout juste autorisés à prendre part aux réunions de l'enquête publique. Face au « défi » posé en face par la volonté de d’Etat, volonté qui marque un retour dont il se réjouit après parce qu’il marque un retour après une longue absence, Philippe Laurent souligne que le problème c’est qu’à Paris-Métropole, il n’y a pas « quelqu’un qui dit voilà la vérité et je vous prie de l’appliquer », et note que « la différence c’est qu’à Paris-Métropole, tout se construit par la discussion et par l’échange », et il regrette la lenteur de Paris-Métropole, même s’il considère que la discussion et le consensus légitiment et renforcent les décisions que le syndicat mixte peut prendre. Et même s’il y a eu des progrès, il faut que chacun des membres de Paris-Métropole apprenne à passer au-dessus des ses intérêts particuliers pour monter au niveau de la métropole. Bref, il reste aux élus locaux d’être capables de s’emparer du débat.

 

* * * * *

- "Décentralisation : en finir avec les idées réçues", c'est le titre du livre que vous publiez, pourquoi ce livre maintenant au moment où sort le projet de loi sur la réforme des collectivités territoriales ?

- Tout de même un bon timing pour cette parution ! Alors le projet de loi tel qu'on le connaît aujourd'hui, que vous inspire-t-il ?

- Même si l'argument de vouloir diminuer le nombre d'élus est plus que discutable, mesure à la fois comptable et idéologique, vouloir simplifier ce qu'on appelle aujourd'hui le "mille-feuilles" administratif français n'est pas une si mauvaise idée ? Est-ce que le projet gouvernemental ne va pas dans le bon sens ?

- Vous vous opposez dans le mode de scrutin à un retour des partis, inadapté pour les collectivités territoriales. On ne pourrait pas faire le même reproche à Paris-Métropole ?

- Le gouvernement semble vouloir avancer très vite sur le Grand-Paris, et le projet de loi tel qu'on le connaît aujourd'hui inquiète nombre d'élus. Est-ce votre cas ?

- Quand on lit le début du projet de loi, finalement ça part plutôt bien, et puis dès le deuxième article, on quitte le niveau local pour l'intérêt national avec un projet d'infrastructure d'intérêt national, qui s'impose au SDRIF, aux PLU, aux collectivités territoriales dans les zones concernées...

- Et maintenant, Paris-Métropole va réagir ?


* Décentralisation : en finir avec les idées reçues est publié à la Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence (LGDJ) - Lextenso Editions

Interview réalisée à Sceaux, le 27 août 2009.

Jean-Paul Chapon

 
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