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04.12.2009

Carte postale de banlieue, avec pagode flottante et architecture de notre pays ;-)

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Sa silhouette est familière à ceux qui empruntent régulièrement l’autoroute A4, comme elle l'est pour les habitants de ce coin du Val-de-Marne, entre Charenton et Alfortville, dont elle constitue l'élément majeur du paysage architectural depuis plus de 15 ans. Cette silhouette, c’’est Chinagora, le grand complexe chinois, qui après des fortunes diverses, centre commercial et restaurant fermés, continue de trôner comme une figure de proue asiatique, « véritable pagode flottante située au confluent de la Seine et de la Marne ». Amusant. Ce soir, j’aurais envie de confronter cette prouesse architecturale aux déclarations du gouvernement sur les minarets. Quand il n'est pas occupé à faire rentrer à la maison les niçois de moins de 13 ans, le maire de Nice et ministre de l'industrie Christian Estrosi nous éclaire sur les minarets « ça n'appartient pas à l'architecture de notre pays ». Et les pagodes, qu'en dirait Christian Estrosi ? Mis à part celles des colonies d'antan et celles des expositions coloniales, ou celles qui abritent un cinéma ou un magasin d’antiquités, peut-on considérer que "ça appartient" ou non à l’architecture de notre pays ? Question difficile vue du 94. Alors, il faut sans doute calmer le débat sur l’identité nationale et son volet architectural anti-minaret, et suivre les sages conseils du Premier ministre François Fillon. Pour lui, les minarets « doivent s’inscrire de façon raisonnable et harmonieuse dans notre environnement urbain et social ». Les pagodes aussi ?

Jean-Paul Chapon

10.10.2009

Carte postale métropolitaine, avec rumeur urbaine et dérive bananière...

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La semaine qui vient de s’achever a vu se dérouler un de ses points d’orgues dans le mauvais feuilleton du Grand-Paris, avec l’adoption mercredi en Conseil des Ministres d’un projet de loi dont la version conforte Christian Blanc et une approche autoritaire, haussmannienne ou préfectorale, comme on préfèrera l’appeler, contre la version François Fillon et une approche plus en concertation avec les élus. Bref, le secrétaire d’Etat l’emporte sur le Premier Ministre, cocasse et cela pourrait prêter à rire, si au même moment on n’avait appris que Jean Sarkozy, le fils cadet du Président de la République, Nicolas Sarkozy, devrait devenir administrateur à la faveur d’un départ bien opportun, puis président de l’EPAD, l’établissement public chargé de l’aménagement de La Défense, le 4 décembre prochain.

la-defense-candidature-11-1.1255247692.jpgQui a passé un entretien d’embauche, sait à quel point l’expérience est prise en compte, plus encore que les diplômes. Pour Jean Sarkozy ça tombe bien, parce que ce n’est pas du côté universitaire qu’il faudrait chercher une preuve de ses talents. Alors côté expérience, que doit-on pouvoir lire sur le long CV de Jean Sarkozy, quelle expérience qui le légitime à 23 ans pour présider l’EPAD? Une longue carrière d’administrateur, d’aménageur, d’urbaniste, de gestionnaire, et même d’élu. Car s’il a été élu conseiller général du canton sud de Neuilly-sur-Seine, on ne peut pas dire que les quelques mois depuis cette élection suffisent à expliquer pourquoi Jean Sarkozy a le « jeudi 8 octobre, en l'absence de M. Devedjian, en déplacement à Dubaï, M. Sarkozy (a) reçu dans un "consensus absolu et intégral", selon un élu, le soutien de tous les conseillers présents de la majorité à sa candidature au poste d'administrateur de l'EPAD » comme on peut le lire dans Le Monde daté du 10 octobre. L’article du Monde continue : « M. Sarkozy accède ainsi aux commandes – sans rémunération ni avantage en nature – d'un établissement qui, fin 2008, réalisait un chiffre d'affaires d'1 milliard d'euros et dégageait 350 millions de bénéfices grâce à la commercialisation des mètres carrés de bureaux du quartier d'affaires. Depuis la crise qui ralentit les investissements immobiliers, la Défense est menacée de déficit. Pour financer, notamment, les travaux d'aménagement, le gouvernement s'apprête à fondre dans un seul établissement l'EPAD et l'Epasa, l'établissement public d'Etat qui aménage les terrains de Nanterre depuis 2000. Alors que la Défense n'a plus guère de surfaces non bâties ou en friche, Nanterre possède encore une réserve de terrains propices à d'importantes opérations immobilières. En devenant, au plus tard en mars 2010, le patron de ce nouvel établissement public, l'"Epadsa", Jean Sarkozy aura la haute main sur l'aménagement d'un périmètre de près de 800 hectares répartis sur Courbevoie, Puteaux, Nanterre et La Garenne-Colombes. Il se positionne à la tête du territoire le plus stratégique par son potentiel économique du futur Grand Paris, voulu par Nicolas Sarkozy. »

On se souvient que l’on avait surnommé "Papa m’a dit" un fils Mitterrand. Faudra-t-il appeler celui-ci "Papa m’a fait" ? Il y a quelque chose à la fois d’une république bananière ou d’un règne à la Bongo dans cet épisode, mais aussi de Main basse sur la ville. Que les électeurs du canton sud de Neuilly-sur-Seine ait pu être convaincus par la campagne de Jean Sarkozy, et rassurés par son sourire et sans doute son patronyme, soit. Mais que l’on confie à un jeune de 23 ans, sans expérience si ce n’est celle d’être le fils de son père, la présidence d’un établissement public, qui gère le quartier d’affaire de la Défense, que Christian Blanc veut faire rivaliser avec la City comme première place financière d’Europe laisse songeur et inquiétant. Il y a quelque chose d’odieux et de malsain dans ce népotisme et dans ce « consensus absolu et intégral ». Et puis tant qu’on y est, pourquoi pas proposer Jean Sarkozy à la tête du conseil de surveillance de la future société du Grand-Paris ?

 

A suivre, dès demain (si je m’en sors ;-) avec une nouvelle interview sur le Grand-Paris, sans langue de bois et avec inquiétude. Et puis pour illustrer cette carte postale, une vue d’une tranchée urbaine, toujours pas recouverte, malgré une enquête publique en 2006 et des travaux qui devraient débuter à l’automne 2009. Mais il faut dire que pour faire taire une tel bruit et une tel rumeur urbaine, le projet n’était pas soutenu comme pour l’enfouissement de la N13 à Neuilly par le fils du Président de la République…

à suivre…

ps : ce soir le site de La Défense a été piraté (merci Christophe Grébert) et publie une petite annonce de recrutement pour le poste de président de l’EPGD ;-)

 

Jean-Paul Chapon

04.10.2009

Insécurité dans le 93, querelle Blanc-Fillon sur le Grand-Huit, ou l'absence dommageable d'un vrai Grand-Paris

Un article du Monde du week-end qui risque de passer inaperçu montre à quel point l’absence d’un Grand-Paris peut-être dommageable pour la métropole. Il s’agit d’un papier d’Isabelle Mandraud intitulé En Seine-Saint-Denis, élus de droite et de gauche dénoncent l'aggravation de l'insécurité relatant une réunion qui s’est déroulé le 2 octobre au Conseil Général de Seine-Saint-Denis à l’initiative de Claude Bartolone, président PS du CG93. On peut ainsi lire que « la rencontre a réuni de nombreux maires : ceux, notamment, de Villemomble, d'Epinay, du Raincy, pour l'UMP (Xavier Lemoine, de Montfermeil s'était fait représenter) ; du Bourget, pour le Nouveau centre ; de Saint-Ouen, du Blanc-Mesnil, de La Courneuve pour le PCF ; de Bondy, d'Aulnay-sous-Bois, de Clichy-sous-Bois pour le PS... Dans l'assistance, nombreuse, figuraient aussi la députée communiste Marie-George Buffet et le sénateur UMP Philippe Dallier ». C'est bien et ce n’est pas la première fois que les élus se rassemblent, comme ils ont su le faire dans la Conférence Métropolitaine d’abord, puis dans Paris-Métropole, aujourd’hui, mais cette rencontre pose une nouvelle fois la question du difficile consensus et de l’efficacité de ses assemblées sans pouvoir ni légitimité électorale directe, et de leur perméabilité aux clivages politiciens les rendant impuissantes.

Ainsi on peut lire que tous ont déploré une "nette radicalisation de la violence" et "l’emprise du trafic de drogue", mais « malgré ce constat, l'idée caressée par M. Bartolone d'un appel commun contre l'insécurité à l'adresse du gouvernement, a tourné court face aux réticences des élus de la majorité. » écrit Isabelle Mandraud, du coup à gauche l’accent a été mis sur l’absence d’effectif, et à droite sur la nécessité de la vidéosurveillance. Dommage… Mais la démonstration doit être retenue, une fois de plus le clivage gauche-droite n’arrive pas à être dépassé lorsque le constat est commun, parce qu’il manque le bon échelon vers lequel se retourner, celui d’un Grand-Paris, collectivité territoriale de plein droit. Comment en effet un élu de la majorité, UMP ou NC, peut-il comprendre la proposition de Claude Bartolone, si ce n'est comme une attaque politique contre le gouvernement, transformant d’un coup un problème local, aussi grave soit-il, en une question nationale posée au gouvernement, accusé de ne pas faire assez pour la sécurité dans le 93. Le même appel porté par un maire ou un président du Grand-Paris élu au suffrage universel permettrait de passer au-dessus de ces divergences et oppositions tacticiennes et de porter la question de l’insécurité vis-à-vis d’un préfet de police du Grand-Paris ou vis-à-vis de l’Etat, avec au moins autant de légitimité qu’aujourd’hui, mais surtout avec beaucoup plus d’efficacité. La création de la police du Grand-Paris sera peut-être l’amorce d’une solution, mais il est dommage qu’elle ne trouve pas en face d’elle un interlocuteur démocratiquement représentatif du même périmètre.

Match Blanc-Fillon sur la société du Grand-Paris, 1 à 0 en faveur de Blanc…

Et puis, nouvel épisode avec reprise en main apparente par le président urbaniste Nicolas Sarkozy. On apprend ce week-end, que le projet de loi sur la société du Grand-Paris et son projet de métro automatique, le Grand-Huit de Christian Blanc, aurait encore changé vendredi dernier, et que le gouvernement aurait réintroduit « la possibilité pour l'Etat de préempter de larges zones autour des quarante gares du futur réseau automatique autour de Paris », c’est du moins ce qu’en dit une dépêche AFP reprise sur le site du Monde.fr. « Le projet de loi permettra à l'Etat d'obtenir un "droit de préemption principal", aux dépens des maires, dans les "zones d'aménagement différé" (ZAD) que "pourront prévoir" les contrats de développement territorial (CDT) entre l'Etat et les maires pour aménager les quartiers autour des futures gares… Le texte, qui sera examiné mercredi en conseil des ministres, stipule que le CDT "vaut déclaration d'intérêt général des opérations d'aménagement et des projets d'infrastructures nécessaires à la mise en oeuvre de ses objectifs". » Et la dépêche d’expliquer : « Ce point a fait l'objet d'une nouvelle passe d'arme entre les cabinets du secrétaire d'Etat Christian Blanc et de François Fillon, le Premier ministre étant soucieux de ne pas trop déposséder les maires de leur pouvoir d'urbanisme. » Donc sur dans le match Fillon-Blanc autour du Grand-Paris, ce week-end on en serait à nouveau à un point en faveur du secrétaire d’Etat au développement de la région-capitale, contre son patron direct, le Premier Ministre, par arbitrage sans doute de Nicolas Sarkozy. Là encore, combien l’absence d’un interlocuteur légitime, solide, parlant d’une seule voix, comme un président d’un futur Grand-Paris élu au suffrage universel direct se fait sentir. Car s’il est juste de considérer que le poids de la métropole dans l’économie nationale demande une implication forte de l’Etat, il est anormal et même démocratiquement inacceptable que celui-ci puisse agir ainsi à sa guise, sans trouver en face de lui un interlocuteur valable, légitime et représentatif. Une fois de plus, la méthode et la petite guerre au sein de l’exécutif ne sont pas dignes de l’enjeu.

A ce propos, un intéressant commentaire de Philippe Laurent, maire divers droite de Sceaux, et vice-président de Paris-Métropole dans la Gazette des communes. Même s’il date d’avant le dernier épisode, il résume bien la situation. « Nous sommes face à deux conceptions de l’action publique. D’un côté, Christian Blanc considère que rien n’avancera si on attend que les élus se mettent d’accord. Il préfère négocier avec chacun des maires concernés par ses projets. De l’autre, François Fillon veut que l’Etat travaille avec l’ensemble des collectivités. Christian Blanc n’a pas totalement tort, dans le sens où ce que l'on fait aujourd’hui pour le Grand Paris aurait déjà dû être engagé il y a 20 ans. Ses excès sont un aiguillon pour notre nouveau syndicat mixte Paris Métropole. Il nous oblige à nous positionner. François Fillon, semble, lui, davantage s’appuyer sur les élus locaux que Nicolas Sarkozy. C’est déjà frappant sur la réforme territoriale sur laquelle il fait preuve de prudence. Ça l’est, encore plus, sur le Grand Paris. C’est un dossier qu’il suit de très près : on sait qu’il a des ambitions pour la ville de Paris en 2014. Il n’est pas abîmé. Si Christian Blanc démissionne, je suis de ceux qui considèrent qu’on n’a pas besoin d’un nouveau secrétaire d’Etat. ». Visiblement, la démission de Christian Blanc ne semble pas encore à l’ordre du jour.

à suivre…

On peut retrouver la "dernière" (?) version du projet de loi sur le Grand-Paris sur le blogue de Pierre Mansat.

Jean-Paul Chapon

 
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