21.02.2010
Carte postale métropolitaine, avec illuminations à La Chapelle, bisous et intégration européenne
Ce n'est pas mon monument préféré, et peut-être celui que j'aime le moins à Paris. Pourtant jeudi soir, de retour du meeting Europe-Ecologie de Sevran il m'est apparu au bout du quai avec quelque chose d'irréel et de magique. Echappée au-delà des verrières et du viaduc du métro aérien, ligne 2 à La Chapelle, un Sacré-Coeur féérique comme les touristes pourraient en rêver, et les parisiens aussi. Magie des paysages urbains !
Et en ce dimanche soir, pour une fois, pas de retour un peu triste après une visite chez ma mère. Hier, la maladie a baissé la garde le temps d'un "bisou" et d'un regard. J'avais déjà parlé de cet indice de mesure de l'emprise d'Alzheimer sur ma mère : on l'embrasse et on avance sa joue devant sa bouche, et ma mère rend un bisou, ou non. Cela faisait 6 mois et peut-être plus que ma mère ne m'avait pas rendu ce bisou. Et puis ce samedi, il y avait aussi son regard. Ma mère regardait, me regardait. Et cela aussi, elle ne l'avait pas fait depuis des mois. Lorsque l'on est face à un malade d'Alzheimer, on finit par apprendre, à sentir, à savoir quand le contact est établi, quand la communication passe, différemment, mais passe tout de même. Le regard qui suit, fixe et continue à suivre quand on bouge, quand on parle, et ne s'évanouit pas dans le vague, l'ailleurs d'Alzheimer. Ces petits riens extraordinaires et le bonheur de la vie...
Et pour finir cette note de week-end en dehors du Grand-Paris. Jessica, la petite fille de la famille installée dans l'appartement de mes parents pour s'occuper de ma mère n'était pas là samedi après-midi. "Elle est invitée à un anniversaire aujourd'hui. Elle est invitée pour la première fois chez des français". J'avais déjà vu d'autres enfants de temps en temps quand je passe, mais tous étaient portugais ou espagnols. Lucia la mère de Jessica insiste d'une façon qui me surprend. Je n'aurais pas pensé que pour des non français européens, ce soit un événement notable. Je suis rentré presque choqué, naïf sans doute... "Si c'est pas pour le cul ou pour la religion, on n'entre pas chez les gens" me dit crûment mon ami, vénézuelien, mon compagnon de 15 ans. Je suppose que le travail peut aussi rapprocher, je travaille dans une grande société internationale, mais là être étranger est la norme, l'anglais langue de travail, et au siège les français sont à peine majoritaires. Mais c'est le siège d'une grande entreprise, et je sais que le marquage étranger est souvent un marquage social, avec une prime aux anglo-saxons, et une hiérarchie entre pays qu'il serait intéressant d'analyser, un américain compte combien de portugais, et un portugais combien de maliens ? Bref, identité française, intégration, même entre européens, il y a encore du boulot...
Jean-Paul Chapon
21:19 Publié dans 1 - Grand-Paris et Paris-Métropole, 6 - Alzheimer, vous savez..., 8 - Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : alzheimer, intégration
13.12.2009
Carte postale de banlieue, sans minarets ni identité nationale...
Ce n’est pas une photo de Sarajevo ou d’une ancienne cité de la déroute soviétique. Non, c’est juste le quartier de la Forestière à Clichy-sous-bois, à une dizaine de kilomètres de Paris intra-muros, en Seine-Saint-Denis, dans le Grand-Paris ou encore dans Paris-Métropole. Jusqu’à aujourd’hui je n’ai pas voulu publier ce genre de photos, qui me semblent trop stigmatiser la banlieue, ou une certaine image de la banlieue, celle des cités, des cagoules et des voitures brûlées. Mais la tribune du journaliste du Monde Luc Bronner, Pourquoi la France n'a pas de leçon à donner à la Suisse dans l’édition du 11 décembre, passée dans l’indifférence quasi générale, m’a fait prendre mon appareil photo ce matin, et me diriger à nouveau à Clichy-sous-bois.
Jusqu’aux émeutes de 2005, Clichy-sous-bois pour moi c’était au mieux un panneau, dans un coin où je n’allais pas souvent, voire jamais. Après les émeutes j’ai voulu aller voir sur place, à quoi cette ville de banlieue pouvait ressembler. Aller à Clichy, la première fois c’est un choc, on découvre une autre France, avec d’autres standards. Le maire, Claude Dilain, fait ce qu’il peut. Les lecteurs de Paris est sa banlieue connaissent mon estime et mon admiration pour lui. Mais ce n’est pas avec les ressources d’une des communes les plus pauvres de l’agglomération si ce n’est de France que le rattrapage peut être fait, malgré les chantiers de rénovation en cours.
Stigmatiser avec un photo, peut-être, mais finalement stigmatiser qui ? Car la question est plutôt comment une société peut-elle accepter cela, comment l’a-t-on accepté et pourquoi ne fait-on rien. Le plan Espoir Banlieue de Fadela Amara ? Il a une drôle de gueule devant la résidence de la Forestière. Combien de temps attendra-t-on pour désenclaver ce plateau ? Faire un tram, ou le Grand-Huit de Christian Blanc ? Il y a urgence. Qu’attend-on ? Des discussions sans fin, c’est moi qui ai raison, mon programme est le meilleur, mon projet contre l’autre, le Grand-Paris du gouvernement contre le Plan d’urgence de la région ? Le bras de fer, sur le dos de qui ? La Forestière, je crois que c’est ce que j’ai vu de pire, c’est le « là-haut » des interviews le jour de l'installation de Paris-Métropole en juin dernier, quand les habitants parlaient de là où "c'est dur" à Clichy. Et si le Grand-Paris, ou simplement un Paris étendu à sa banlieue existait, simplement à sa petite couronne, comment oserait-on, comment accepterait-on, comme assumerait-on que de telles photos circulent avec la mention, « vues de Paris » ?
Depuis l’automne 2005, je passe régulièrement par Clichy, quitte à faire un détour, parce que ce détour me maintient en alerte, et entretient une révolte. Et aujourd’hui, je reprends volontiers à mon compte la tribune de Luc Bronner.
« Où va nous conduire notre aveuglement collectif sur les quartiers sensibles ? Nous sommes au bord du vide et cela ne semble émouvoir personne, en dehors des élus de banlieue fatigués de crier dans l'indifférence. Alors oui, on peut continuer de disserter sur l'identité nationale, sur l'islam, sur le communautarisme. On peut critiquer la votation suisse interdisant la construction de nouveaux minarets et s'inquiéter du mouvement général de crispation des sociétés européennes vis-à-vis des immigrés et de l'islam. Mais comment ne pas voir que la société française participe tous les jours à un référendum contre les "jeunes à capuche" ? Non pas avec des bulletins glissés dans les urnes. Mais un vote avec nos pieds, dans nos choix d'employeurs, d'élus, de parents, de voisins…
Sans se l'avouer, nous avons basculé dans une société de la peur et du rejet vis-à-vis d'une jeunesse perçue comme une nouvelle "classe dangereuse". Nous, collectivement, sans passer par un vote comme les Suisses, mais par nos pratiques, nos attitudes sociales. Un chiffre témoigne de la gravité de cette coupure : dans les zones urbaines sensibles (ZUS), 41,7 % des hommes de 15 à 24 ans sont au chômage, soit le double de la moyenne nationale pour les garçons du même âge, déjà très élevée par rapport au reste de l'Europe. Un tel niveau de discriminations traduit un choix collectif, pas simplement une accumulation d'accidents ou de dérives individuelles. Nous ne sommes pas dans le "fait divers" de la discrimination mais bien dans un phénomène de société : même s'il existe des exceptions, même si des grandes écoles et des entreprises jouent le jeu de la diversité, les jeunes de banlieue, en particulier les hommes, peinent toujours autant à trouver leur place…
"Le métissage, c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme, c'est le choix de vivre séparément", écrit justement Nicolas Sarkozy dans sa tribune publiée dans Le Monde (daté 9 décembre). Mais qui, dans la France actuelle, choisit de vivre séparément ? Pas tant les habitants des quartiers, assignés à résidence, empêtrés dans la pauvreté au point que la moitié des mineurs vit sous le seuil de pauvreté. "La logique du ghetto arrange tout le monde", résume Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois. Surtout les classes moyennes et supérieures, en réalité. »
Alors après avoir regardé ces photos prises ce matin à Clichy-sous-bois, pourquoi ne pas relire la tribune de Luc Bronner ?
Jean-Paul Chapon
19:09 Publié dans 1 - Grand-Paris et Paris-Métropole, 2 - Société, vous, moi, nous... et la banlieue aus, 8 - Cartes postales | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : discrimination, clichy-sous-bois, banlieue, quartiers sensibles, zus, grand-paris, paris-métropole, intégration
















