23.12.2009
Grève du RER A, les mots pour rire des uns et les silences des autres, suite et presque fin...
14ème jour de grève du RER A, je crois. Quand on aime on ne compte plus, surtout quand on ne s’en aperçoit pas. Etonnante grève que celle de cette ligne, la grève passée sous silence, la grève dont les grévistes, les syndicats en l’occurrence, ne sont pas dénoncés par les uns ou par les autres puisque les rares prises de paroles consistent en un match entre les candidats UMP et PS aux régionales de 2010. D’une part, l’UMP qui tire à boulets rouges sur la région, le STIF et son président, Jean-Paul Huchon accusé de « passivité » par Rama Yade porte parole de Valérie Pécresse candidate aux régionales en Ile de France. Et en face un Jean-Paul Huchon, un peu seul au combat, qui fustige la RATP « qui ne sait pas gérer un conflit social » et dénonce, à juste titre « une stratégie du pourrissement » de la part d’un inflexible Pierre Mongin, le président de la RATP soutenu par le Gouvernement qui ne veut pas intervenir malgré la demande faite par ledit Huchon au premier ministre François Fillon de nommer un médiateur.
Franklin-Roosevelt-ligne 1 le 22 décembre 2009 quand les personnels RATP jouent les anciens portillons du métro
Quant au Président de la République, Nicolas Sarkozy, ému par le sort des voyageurs de l’Eurostar et du RER C, mais là il s’agit d’incidents causés par toutes sortes de neige et de vapeurs, il n’a pas vu qu’il y avait une grève sur le RER A, puisque comme on le sait bien aujourd’hui, quand il y a une grève on ne s’en rend plus compte… Pourtant les usagers de la ligne 1 ou de la 9, devenues lignes de repli, eux s’en sont bien rendus compte en voyant affluer les voyageurs de la ligne A, sans parler des bouchons en banlieue… Mais on ne s’en rend pas compte surtout quand on n’en parle pas, ou si peu. Et il aura tout de même fallu attendre plus de dix jours de grève pour que les médias commencent à souligner l’étonnant silence de celui qui il y a un peu plus d’un an déclarait à propos de son intérêt pour cette même ligne A « Vous trouvez qu’une ligne de RER fréquentée par 1,1 million de personnes n’est pas digne d’un président de la République ? » Mais voilà, reconnaître qu’il y a un problème serait reconnaître que le service minimum, avec son demi-service assuré aux heures de pointe et l’absence totale de trains aux autres moments de la journée, et le quasi black-out du week-end ne sont pas des réponses à la hauteur pour « une ligne de RER fréquentée par 1,1 million de personnes » et surtout pour l’économie au sens large d’une métropole de 11 millions d’habitants.
Mais comment résister devant le bénéfice politique politicien que peut rapporter une telle grève, que bien peu attribuent aujourd’hui aux grévistes - on voit comme l’argument sur le temps de conduite des conducteurs du RER A a du mal à prendre – une grève que les usagers rangent directement dans le catalogue déjà très riche de reproches à faire aux transports publics de l’agglomération, des transports qui ne fonctionnent pas ou alors très mal, que l’on soit en grève ou pas en grève. Donc mauvaise gestion des transports, et la gestion des transports,c’est la région, le STIF et le candidat PS Huchon. La boucle est bouclée et l’avantage électoral se dessine… Et du coup, dommage que l'on n'eai pas ressorti une autre réponse de Nicolas Sarkozy lors de la même interview donnée sur RTL en mai 2008 : "Ok ! Le président de la République il doit s’occuper de la principale ligne de transports en commun. J’ajoute que la politique que nous mettons en mettre avec F. Fillon c’est une politique qui donne la priorité aux transports en commun. Comment puis-je être crédible sur la priorité aux transports en commun et laisser des joutes politiques politiciennes qui prennent en otage une ligne de RER ?" Sans commentaires ;-)
Pourtant, cette grève a au moins un intérêt, si j’ose dire. Celui de replacer les transports publics au cœur de la métropole. Parmi les critiques contre la région, une sort un peu du lot, celle de Hervé Mariton qui après avoir salué le service minimum, se pose la question des heures creuses : « Rien pendant les heures creuses ; ce n’est pas suffisant sur une ligne stratégique. Mais au moment de la mise en œuvre de la loi, la région Ile-de-France n’a pas voulu, et le gouvernement n’a pas osé entrer dans les détails qui auraient permis de « prioriser » des lignes. On nous a rétorqué que l’Ile-de-France est tellement maillée qu’on ne peut pas définir de priorités ; or on peut raisonnablement considérer que la ligne A justifie un niveau de service minimum supérieur à d’autres.” Bien sûr, on peut discuter de la définition de ces priorités, et il ne faudrait passer par pertes et profits le droit de grève. Mais il faut aussi prendre en compte le fonctionnement de la métropole. Pierre Mongin dit que la grève à coûté 5 millions à la RATP (à se demander s’il n’aurait pas eu intérêt à mieux négocier pour ne pas perdre ces 5 millions). On peut aussi se demander combien elle aura fait perdre plus globalement à l’économie de la région. Il suffit par exemple de regarder la carte du RER A avec les zones commerciales desservies publiée par le Parisien au début du conflit, à ce titre intéressante, et encore est-elle incomplète, puisqu’on peut par exemple ajouter un grand-magasin à Nation, un centre commercial à Val-de-Fontenay… Cette carte qui arrive aussi après le débat sur le projet de métro de Christian Blanc, le Grand-Huit du gouvernement, donne une autre vision du rôle des transports en communs dans une métropole, au-delà du seul et fondamental rôle de transports domicile-travail. Le week-end dernier, sans RER ou presque, sans bus et sans voiture à cause de la neige, faisait ressentir de façon généralisée ce que peut être l’enclavement actuel de certains quartiers de banlieue. Alors il faudra certainement tirer des enseignements de cette grève, de la manipulation politicienne dont elle fait l’objet, mais aussi de l’impact qu’elle a sur le quotidien des usagers, sur l’effet de loupe qu’elle projette sur la vie de la métropole et son organisation. Quel sens par exemple donner à « heure de pointe » et quel sens donner à ligne « prioritaire » ? Pendant toutes ces journées, j’ai pris ma voiture pour aller me garer à Vincennes, pour être sûr qu’en cas de retour hors « heure de pointe » je puisse utiliser la ligne 1 et rentrer chez moi, même si le bus ne circule pas. Du coup un PV par jour. Où sont les parkings relais dont on nous rebat les oreilles depuis des années, ces parkings sensés permettre aux banlieusards de laisser leur voiture et prendre les transports en commun ? Beaucoup de questions, non pas à débattre, mais auxquelles il faut répondre et qu’il faut résoudre de façon concrète.
A ce propos, il y avait jeudi dernier, le 17 décembre le Forum de Paris-Métropole. Pas beaucoup de succès médiatique, mais un bon succès d’estime en termes de fréquentation. Qu’en dire ? Malheureusement pas grand-chose, si ce n’est des débats de plus. Encore et encore. Et à la fin, une conclusion de Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, en charge des relations Paris-Banlieue, « il faut comme tous les autres chantiers, ouvrir le chantier de la gouvernance… » Il est grand temps.
Jean-Paul Chapon
13:55 Publié dans 1 - Grand-Paris et Paris-Métropole, 1.2 - Les transports à Paris intra-extra muros, 4 - politique, politiques... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : greve, rer a, ratp, grand-paris, paris-métropole, pierre mansat, jean-paul huchon, valérie pécresse, rama yade, nicolas sarkozy
16.12.2009
Grève du RER A, les mots pour rire de la région et les (quasi) silences des autres
Après une semaine de grève de RER A, grève apparemment reconduite aujourd’hui. Mon trajet quotidien aux « heures de pointe » via Auber me fait tomber sur une publicité du STIF et de la région Ile-de-France, qui prend une saveur toute particulière en cette période de grève avec un train sur deux aux heures de pointe, mais un trafic nul le reste de la journée, avec fermeture des gares en journée et le soir dès 20H00. Etrange logique, les transports ne seraient utiles qu’aux heures de pointe, tant pis pour les horaires décalés, notamment ceux qui finissent tard le soir, pour eux pas de service minimum. Etrange sensation entre le couvre-feu et l’isolement, comme ce week-end, où mes invités parisiens déclarent forfait, trop compliqué de venir à Fontenay et ensuite de rentrer. C’est l’occasion de voir à quel point notre vie, professionnelle, mais aussi sociale, on oserait sociétale est dépendante des transports dans une métropole comme Paris, le Grand-Paris. J’y reviendrai pour enfin parler du débat sur le projet du gouvernement Sarkozy, avec le Grand-Huit de Christian Blanc, la société du Grand-Paris et le débat à l’Assemblée.
Mais aujourd’hui, je préfère rester sur la grève et sur cette affiche. On comprend bien la colère de Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France et à ce titre du STIF, l’autorité organisatrice des transports, colère largement dirigée contre la RATP et son président Pierre Mongin, accusé de ne pas savoir gérer le conflit. Il faut dire que lancer un nouveau train (il s’agit de nouvelles rames, pas de nouvelles lignes, il ne faut pas rêver) en plein mouvement de grève, c’est pas de chance. Et le slogan choisi, « Davantage de trains à tout moment de la journée », ne pouvait plus mal tomber et fait franchement rire, un rire bien jaune. Vraiment pas de chance pour Huchon dont le bilan régional en termes de transports est certainement le point le plus faible de son bilan et l’angle d’attaque principal de ses rivaux, à commencer par la candidate UMP, Valérie Pécresse. Et l’avez-vous remarqué ou entendu ce (quasi) silence étonnant de la part du gouvernement et du président de la République, habituellement si prompts à dénoncer la prise en otage des voyageurs par les grévistes ? Rien, ou alors bien peu et même plus dirigé contre la région et sa gestion des transports que contre les syndicats de la RATP. Amusant, à se demander même à qui profite le crime ou la grève, et certainement le pourrissement. Car au bout du compte, ce qui reste, c’est l’impression négative sur les transports dans la région.
à suivre…
Jean-Paul Chapon
19:28 Publié dans 1.2 - Les transports à Paris intra-extra muros, 4 - politique, politiques... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : greve, rer a, ratp, valérie pécresse, jean-paul huchon, régionales, élections, transports, christian blanc, grand-paris
09.12.2009
Paris-Copenhague, ou de la relativité des chiffres par temps de grève et de sommet
30 % des déplacements quotidiens à Copenhague se font à bicyclette contre moins de 2% à Paris. Trouvé aujourd'hui sur Twitter, et encore une fois, à comparer l'incomparable, l'enthousiasme du sommet peut conduire à écrire des choses stupides. Copenhage, c'est 1.1 millions d'habitants sur 88 km2, et la région compte 1.8 millions, Paris c'est 2.2 millions d'habitants sur 115 km2, mais en prenant seulement Paris et la petite couronne on arrive déjà à 6 millions d'habitants sur 760 km2 et pour la métropole on peut aller disons à 10 millions d'habitants sur 2700 km2, avec des distances de déplacements domiciles travail moyen de 9 km aller par jour. Deux autres chiffres, 23 millions de déplacements quotidiens mécanisés en Ile-de-France sur 35 millions de déplacements quotidiens. L'objectif de la comparaison Paris-Copenhague est-il d'avoir 7 millions ou 10 millions de déplacements quotidiens à vélo, bonjour la catastrophe urbaine ? dans une zone de 2700 km2 avec des distances moyennes de 9km ? Il faut arrêter de rêver au Paris d'Amélie Poulain et devenir enfin responsable. Au moment où le débat sur le projet de Grand-Huit du gouvernement Sarkozy tourne à l'affrontement politique, on devrait garder en tête ces chiffres. Certes le projet du secrétaire d'Etat au développement de la région-capitale, Christian Blanc est plus que critiquable. Mais pour autant on ne peut pas le balayer du revers de la main. Pourvu que le plan d'urgence régional - ligne 13, rénovation des RER A, B, C et D et Arc-Express pour faire court - plan plus que tardivement élaboré par Jean-Paul Huchon, président de la région Ile-de-France et à ce titre président du STIF, l'autorité organisatrice des transports de la région, soit respecté par le gouvernement.
Et puisqu'on est dans la relativité des chiffres, et à la veille d'une nouvelle grève du RER A, une autre comparaison. Les médias semblent enfin avoir retenu un chiffre, "le million" ! Normal, c'est un chiffre rond, facile à mémoriser et qui marque, et qui même d'une certaine façon flatte notre petit orgueil national, composante incontournable de l'identité française (et Paris est sa banlieue se flatte à son tour d'avoir activement participé à cet effort d'éducation des médias ;-) Le million, c'est le nombre de voyageurs transportés de façon quotidienne par la ligne A du RER, une ou la ligne la plus chargée du monde. On a les records qu'on peut, faute de construire le réseau qu'il faut. Alors depuis le début de la semaine, on entend sur les radios et télés, et on peut lire partout dans les quotidiens que jeudi sera une journée noire pour un million d'usagers de cette ligne de RER. Mais quitte à comparer, un million de voyageurs transportés par cette ligne A du RER, c'est comme si toute la ville de Copenhague délaissait ses vélos et était transportée par la seule ligne A du RER en une journée ! Un métro ou des vélos ? A méditer en période de sommet et de réponse écologique à la crise environnementale.
à suivre...
Jean-Paul Chapon
21:10 Publié dans 1 - Grand-Paris et Paris-Métropole, 1.2 - Les transports à Paris intra-extra muros | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : paris, copenhague, sommet, environnement, rer a, grève, vélo, transports, grand-paris, paris-métropole
















