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07.02.2010

Le Grand-Paris absent ou au cœur de la campagne des régionales ?

Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, en charge des relations avec les collectivités, se plaint, tant sur Facebook que sur Twitter que le Grand-Paris soit « totalement absent de la campagne des élections régionales en Ile de France ». C’est vrai et c'est faux, même s’il est aussi amusant de voir Pierre Mansat, un des fondateurs de la Conférence métropolitaine et de Paris-Métropole, le syndicat mixte d’études qui lui a succédé et que les lecteurs de Paris est sa banlieue connaissent bien, utiliser le mot Grand-Paris, qu’il a tant combattu pour imposer Paris-Métropole mais surtout devenir un héraut de la gouvernance que la Conférence métropolitaine comme Paris-Métropole évitent soigneusement depuis le début ;-)

tract-ps.1265571654.jpg D’un certain point de vue pourtant, Pierre Mansat à tort, si comme Philippe Panerai, on pense que « la carte d’un Grand-Paris plus juste et plus solidaire sera le plan de ses transports en commun ». Expérience faite ce matin, distribution de tracts à l’appui sur le marché de Fontenay-sous-bois. L’UMP propose un tract entièrement consacré aux transports, et le PS un petit journal dont une rubrique est consacrée aux transports : point commun entre les deux, une carte des futurs réseaux de transports. Le thème transport est abordé par le Front de gauche qui à l’instar d’Europe-Ecologie propose une zone unique tarifaire pour les transports collectifs mais au prix de la zone 1-2 (65 € pour Europe-Ecologie) et entre autres propositions soutient Orbival. Le Modem n’a pas de place à consacrer aux transports, avec un portrait pleine page de son très photogénique candidat Alain Dolium, que l’on retrouve aussi au verso ;-) Enfin pas de rubrique transports sur le tract du Front National qui parle agressions, émeutes et guérillas urbaine, bandes ethniques et drapeau français, et ne mentionne les transports franciliens que comme cadre du « viol d’une jeune fille en avril 2009 entre Poissy et les Mureaux ». Quant à Europe Ecologie et aux Verts, ils brillaient ce matin par leur absence sur le marché de Fontenay, mais on y reviendra bientôt sur Paris est sa banlieue.

tract-transports-grand-pari.1265571625.jpg Ce matin, ce sont les tracts PS et UMP, et plus spécialement leurs cartes qui ont retenu mon attention. Tout d’abord parce que c’est rare, même si c’est une bonne chose. Je continue à penser que ces cartes, au-delà des simples lignes de transports qu’elles représentent donnent une réalité à l’idée du Grand-Paris et finissent par la rendre concrète et familière dans l’esprit du grand-public. Alors, sans surprise, le tract PS propose au milieu d’une fouillis assez illisible de projets de prolongements ou de modernisation le tracé d’Arc-Express, la version de rocade de banlieue à banlieue à laquelle Jean-Paul Huchon, le président PS de la région, a fini par se rallier. Le tract UMP de façon logique, mais tout de même assez surprenante, ose un mix entre le Grand-Huit de Christian Blanc, le projet de double boucle de 130km de métro automatique, et de bouts d’Arc-Express avec notamment Orbival, la portion Val-de-Marne d’Arc-Express. Surprenant, car on sait Valérie Pécresse, la candidate UMP, mal à l’aise avec le projet du secrétaire d’Etat à la région-capitale , projet qui divise la majorité, et reçoit même l’hostilité du MEDEF comme le rappelle le JDD aujourd’hui.

Mais Pierre Mansat a aussi raison, si l’on dit que la question de la gouvernance du Grand-Paris est absente de la campagne des régionales. Et c’est d’autant plus étonnant qu’en ce moment même le projet gouvernemental de réforme des collectivités territoriales vient d’être adopté en première lecture au Sénat. Mais en Ile-de-France, si on dénonce d’un côté ou feint d’approuver de l’autre la création des conseillers territoriaux, le débat sur le statut et les compétences futures des métropoles, et notamment celui de la métropole parisienne semblent très loin aujourd’hui de cette campagne électorale, comme si la question n’avait d’existence qu’en tant que débat politique à l’Assemblée ou au Sénat, comme terrain d’affrontement entre partis politiques, en dehors de toute réalité locale concrète. Etonnant, mais surtout désespérant….

à suivre…

Jean-Paul Chapon

23.12.2009

Grève du RER A, les mots pour rire des uns et les silences des autres, suite et presque fin...

14ème jour de grève du RER A, je crois. Quand on aime on ne compte plus, surtout quand on ne s’en aperçoit pas. Etonnante grève que celle de cette ligne, la grève passée sous silence, la grève dont les grévistes, les syndicats en l’occurrence, ne sont pas dénoncés par les uns ou par les autres puisque les rares prises de paroles consistent en un match entre les candidats UMP et PS aux régionales de 2010. D’une part, l’UMP qui tire à boulets rouges sur la région, le STIF et son président, Jean-Paul Huchon accusé de « passivité » par Rama Yade porte parole de Valérie Pécresse candidate aux régionales en Ile de France. Et en face un Jean-Paul Huchon, un peu seul au combat, qui fustige la RATP « qui ne sait pas gérer un conflit social » et dénonce, à juste titre « une stratégie du pourrissement » de la part d’un inflexible Pierre Mongin, le président de la RATP soutenu par le Gouvernement qui ne veut pas intervenir malgré la demande faite par ledit Huchon au premier ministre François Fillon de nommer un médiateur.

ligne-1-franklin-roosevelt.1261571607.jpg Franklin-Roosevelt-ligne 1 le 22 décembre 2009 quand les personnels RATP jouent les anciens portillons du métro

Quant au Président de la République, Nicolas Sarkozy, ému par le sort des voyageurs de l’Eurostar et du RER C, mais là il s’agit d’incidents causés par toutes sortes de neige et de vapeurs, il n’a pas vu qu’il y avait une grève sur le RER A, puisque comme on le sait bien aujourd’hui, quand il y a une grève on ne s’en rend plus compte… Pourtant les usagers de la ligne 1 ou de la 9, devenues lignes de repli, eux s’en sont bien rendus compte en voyant affluer les voyageurs de la ligne A, sans parler des bouchons en banlieue… Mais on ne s’en rend pas compte surtout quand on n’en parle pas, ou si peu. Et il aura tout de même fallu attendre plus de dix jours de grève pour que les médias commencent à souligner l’étonnant silence de celui qui il y a un peu plus d’un an déclarait à propos de son intérêt pour cette même ligne A « Vous trouvez qu’une ligne de RER fréquentée par 1,1 million de personnes n’est pas digne d’un président de la République ? » Mais voilà, reconnaître qu’il y a un problème serait reconnaître que le service minimum, avec son demi-service assuré aux heures de pointe et l’absence totale de trains aux autres moments de la journée, et le quasi black-out du week-end ne sont pas des réponses à la hauteur pour « une ligne de RER fréquentée par 1,1 million de personnes » et surtout pour l’économie au sens large d’une métropole de 11 millions d’habitants.

Mais comment résister devant le bénéfice politique politicien que peut rapporter une telle grève, que bien peu attribuent aujourd’hui aux grévistes - on voit comme l’argument sur le temps de conduite des conducteurs du RER A a du mal à prendre – une grève que les usagers rangent directement dans le catalogue déjà très riche de reproches à faire aux transports publics de l’agglomération, des transports qui ne fonctionnent pas ou alors très mal, que l’on soit en grève ou pas en grève. Donc mauvaise gestion des transports, et la gestion des transports,c’est la région, le STIF et le candidat PS Huchon. La boucle est bouclée et l’avantage électoral se dessine… Et du coup, dommage que l'on n'eai pas ressorti une autre réponse de Nicolas Sarkozy lors de la même interview donnée sur RTL en mai 2008 : "Ok ! Le président de la République il doit s’occuper de la principale ligne de transports en commun. J’ajoute que la politique que nous mettons en mettre avec F. Fillon c’est une politique qui donne la priorité aux transports en commun. Comment puis-je être crédible sur la priorité aux transports en commun et laisser des joutes politiques politiciennes qui prennent en otage une ligne de RER ?" Sans commentaires ;-)

rer-carte-le-parisien.1261567294.jpg

Pourtant, cette grève a au moins un intérêt, si j’ose dire. Celui de replacer les transports publics au cœur de la métropole. Parmi les critiques contre la région, une sort un peu du lot, celle de Hervé Mariton qui après avoir salué le service minimum, se pose la question des heures creuses : « Rien pendant les heures creuses ; ce n’est pas suffisant sur une ligne stratégique. Mais au moment de la mise en œuvre de la loi, la région Ile-de-France n’a pas voulu, et le gouvernement n’a pas osé entrer dans les détails qui auraient permis de « prioriser » des lignes. On nous a rétorqué que l’Ile-de-France est tellement maillée qu’on ne peut pas définir de priorités ; or on peut raisonnablement considérer que la ligne A justifie un niveau de service minimum supérieur à d’autres.” Bien sûr, on peut discuter de la définition de ces priorités, et il ne faudrait passer par pertes et profits le droit de grève. Mais il faut aussi prendre en compte le fonctionnement de la métropole. Pierre Mongin dit que la grève à coûté 5 millions à la RATP (à se demander s’il n’aurait pas eu intérêt à mieux négocier pour ne pas perdre ces 5 millions). On peut aussi se demander combien elle aura fait perdre plus globalement à l’économie de la région. Il suffit par exemple de regarder la carte du RER A avec les zones commerciales desservies publiée par le Parisien au début du conflit, à ce titre intéressante, et encore est-elle incomplète, puisqu’on peut par exemple ajouter un grand-magasin à Nation, un centre commercial à Val-de-Fontenay… Cette carte qui arrive aussi après le débat sur le projet de métro de Christian Blanc, le Grand-Huit du gouvernement, donne une autre vision du rôle des transports en communs dans une métropole, au-delà du seul et fondamental rôle de transports domicile-travail. Le week-end dernier, sans RER ou presque, sans bus et sans voiture à cause de la neige, faisait ressentir de façon généralisée ce que peut être l’enclavement actuel de certains quartiers de banlieue. Alors il faudra certainement tirer des enseignements de cette grève, de la manipulation politicienne dont elle fait l’objet, mais aussi de l’impact qu’elle a sur le quotidien des usagers, sur l’effet de loupe qu’elle projette sur la vie de la métropole et son organisation. Quel sens par exemple donner à « heure de pointe » et quel sens donner à ligne « prioritaire » ? Pendant toutes ces journées, j’ai pris ma voiture pour aller me garer à Vincennes, pour être sûr qu’en cas de retour hors « heure de pointe » je puisse utiliser la ligne 1 et rentrer chez moi, même si le bus ne circule pas. Du coup un PV par jour. Où sont les parkings relais dont on nous rebat les oreilles depuis des années, ces parkings sensés permettre aux banlieusards de laisser leur voiture et prendre les transports en commun ? Beaucoup de questions, non pas à débattre, mais auxquelles il faut répondre et qu’il faut résoudre de façon concrète.

A ce propos, il y avait jeudi dernier, le 17 décembre le Forum de Paris-Métropole. Pas beaucoup de succès médiatique, mais un bon succès d’estime en termes de fréquentation. Qu’en dire ? Malheureusement pas grand-chose, si ce n’est des débats de plus. Encore et encore. Et à la fin, une conclusion de Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris, en charge des relations Paris-Banlieue, « il faut comme tous les autres chantiers, ouvrir le chantier de la gouvernance… » Il est grand temps.

Jean-Paul Chapon

16.12.2009

Grève du RER A, les mots pour rire de la région et les (quasi) silences des autres

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Après une semaine de grève de RER A, grève apparemment reconduite aujourd’hui. Mon trajet quotidien aux « heures de pointe » via Auber me fait tomber sur une publicité du STIF et de la région Ile-de-France, qui prend une saveur toute particulière en cette période de grève avec un train sur deux aux heures de pointe, mais un trafic nul le reste de la journée, avec fermeture des gares en journée et le soir dès 20H00. Etrange logique, les transports ne seraient utiles qu’aux heures de pointe, tant pis pour les horaires décalés, notamment ceux qui finissent tard le soir, pour eux pas de service minimum. Etrange sensation entre le couvre-feu et l’isolement, comme ce week-end, où mes invités parisiens déclarent forfait, trop compliqué de venir à Fontenay et ensuite de rentrer. C’est l’occasion de voir à quel point notre vie, professionnelle, mais aussi sociale, on oserait sociétale est dépendante des transports dans une métropole comme Paris, le Grand-Paris. J’y reviendrai pour enfin parler du débat sur le projet du gouvernement Sarkozy, avec le Grand-Huit de Christian Blanc, la société du Grand-Paris et le débat à l’Assemblée.

Mais aujourd’hui, je préfère rester sur la grève et sur cette affiche. On comprend bien la colère de Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France et à ce titre du STIF, l’autorité organisatrice des transports, colère largement dirigée contre la RATP et son président Pierre Mongin, accusé de ne pas savoir gérer le conflit. Il faut dire que lancer un nouveau train (il s’agit de nouvelles rames, pas de nouvelles lignes, il ne faut pas rêver) en plein mouvement de grève, c’est pas de chance. Et le slogan choisi, « Davantage de trains à tout moment de la journée », ne pouvait plus mal tomber et fait franchement rire, un rire bien jaune. Vraiment pas de chance pour Huchon dont le bilan régional en termes de transports est certainement le point le plus faible de son bilan et l’angle d’attaque principal de ses rivaux, à commencer par la candidate UMP, Valérie Pécresse. Et l’avez-vous remarqué ou entendu ce (quasi) silence étonnant de la part du gouvernement et du président de la République, habituellement si prompts à dénoncer la prise en otage des voyageurs par les grévistes ? Rien, ou alors bien peu et même plus dirigé contre la région et sa gestion des transports que contre les syndicats de la RATP. Amusant, à se demander même à qui profite le crime ou la grève, et certainement le pourrissement. Car au bout du compte, ce qui reste, c’est l’impression négative sur les transports dans la région.

à suivre…

Jean-Paul Chapon

 
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